Ile Maurice: Jean Claude De l'Estrac - «Le PM a le devoir (... ) de dire à la nation comment il a personnellement géré la crise une fois informé des risques»

20 mai 2015 - 30ème conseil des ministres de la Commission de l'océan Indien (COI)
interview

Comment l'ancien secrétaire général de la Commission de l'océan indien (COI) réagit-il à la faiblesse de la coopération régionale face à la catastrophe qui menace un de ses membres ?

C'est effectivement une catastrophe écologique de grande envergure, la plus grave de notre histoire, et nos petits États, individuellement et même collectivement, n'ont pas tous les moyens d'urgence pour y faire face. Pour autant, la COI n'est pas restée inerte face aux deux enjeux de l'affaire Wakashio, la sécurité maritime d'une part et les risques de pollution de l'autre.

La COI n'a eu de cesse de souligner l'importance pour les États signataires des Accords de sécurité maritime de produire rapidement des protocoles d'intervention susceptible de faciliter une réponse collective. Elle a aidé à l'élaboration des plans nationaux de contingences ainsi que des cartes opérationnelles. Un exercice s'est déroulé l'année dernière qui a permis d'identifier les difficultés de terrain d'une action collective. Il faudrait que les États se focalisent davantage sur la question. Ils ont eu tendance, ces dernières années, de s'intéresser plutôt aux questions de piraterie et de trafic de drogue.

Pourtant, le risque de pollution est bien réel compte tenu de l'intensité du trafic dans nos eaux...

Absolument. La COI a d'ailleurs, avec le soutien de la Banque mondiale, initié deux projets de renforcement des capacités de prévention et de gestion des risques de déverse- ment d'hydrocarbures dans les eaux de l'India-nocéanie. Notre région offre l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde, plus de 2 000 vaisseaux sont présents chaque mois dans nos eaux. Il faut savoir que ce qui existe aujourd'hui dans les pays de la région en matière de plans de contingences est largement la contribution de la COI. Elle a même fourni des équipements et formé les administrateurs régionaux.

Mais il semblerait que tout cela n'a pas servi à grand-chose ?

Oui, c'est le senti- ment que l'on a. C'est pourquoi il faudra vite chercher à comprendre ce qui explique le dysfonctionnement. Il y a manifestement une hiérarchie de responsabilités, il faudra, le moment venu, les situer. La première responsabilité quand même est celle du capitaine du vraquier. Qu'avait-il à naviguer si près de nos côtes ? Mais ne nous faisons pas d'illusion : un éventuel procès en réclamation de dommages, et ils sont conséquents, durera des années.

En deuxième niveau de responsabilité, je ne sais si c'est le Port Authority, qui possède des remorqueurs, ou le commandement des Coast Guards qui est responsable de la surveillance des eaux territoriales. Si l'on se fie aux images satellites relayées par Forbes, un remorqueur n'a quitté Port-Louis que six jours après l'échouage du navire. À qui la faute ? Et à quoi servent les équipements des Coast Guards, dont le radar HAL Do 228 spécialement destiné à la surveillance maritime installé sur un avion de patrouille maritime.

Il faudra que tous les responsables des administrations rendent des comptes. Pour l'instant, c'est le bureau du PM, et le PM lui-même, qui prend tout le blâme des atermoiements de ses services.

Mais le Premier ministre (PM) est apparu bien absent au début de la crise. Est-ce normal ?

Bien sûr que non devant une catastrophe de cette dimension. Mais une question demeure : a-t-il été correctement et complètement informé de l'ampleur des risques dès l'échouage du navire ? Pour bien mesurer les responsabilités, il faudra commencer par connaître la chronologie des événements. Qui alerte qui ? Quand ? Qui décide quoi ? Quand ?

En tout cas, le PM a le devoir, dans la transparence et l'honnêteté, de dire à la nation, comment a-t-il, personnellement, géré la crise une fois informé des risques. Il ne l'a pas encore fait. La nation, elle, s'est mobilisée immédiatement dans un bel élan patriotique et solidaire. Elle attend de ses dirigeants la vérité, toute la vérité.

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