Cote d'Ivoire: Marche et contre-marche - Attention, danger !

analyse

Le mercure socio-politique ne fait que monter en Côte d'Ivoire et ce, depuis que le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) a décidé de rempiler pour un troisième mandat suite à la disparition de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly (AGC). Aux sorties des leaders de l'opposition politique ivoirienne dont la dernière en date est celle de Simone Gbagbo, ont succédé des manifestations de rues qui, pour l'instant, étaient encore spontanées et sporadiques.

Mais un nouveau cap risque d'être franchi, ce 13 août, avec l'appel formel de l'opposition à l'endroit de « toute la jeunesse ivoirienne » à « occuper les rues dans toutes les villes, tous les campements, villages » du pays pour exiger le respect de la Constitution. Face à cette levée de boucliers, la coalition au pouvoir n'est pas restée les bras croisés en attendant que les tensions politiques s'apaisent.

En effet, la jeunesse du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) a aussi décidé, pour ce même jour, d'organiser une grande marche sur toute l'étendue du territoire national avec pour mot d'ordre : « Tous en blanc pour dire OUI à la candidature du PRADO ».

La pression se trouve plus du côté du président Ouattara

Ce jeudi est donc le jour de tous les dangers au pays de l'Eléphant ; tant les risques de débordements et même d'affrontements sont élevés dans ce pays dont la scène politique ressemble, à bien des égards, à un volcan aux éruptions meurtrières.

Le danger est d'autant plus réel que ces manifs qui sont les premières à être véritablement structurées, sonnent, à la fois, comme des tests de mobilisation et des actions d'intimidation à l'endroit de l'adversaire et comportent, de ce fait, un trop plein de zèle qui peut s'exprimer dans des actes de défiance de l'autorité de l'Etat et provoquer des troubles à l'ordre public.

Et la question que l'on peut se poser est la suivante : jusqu'où ira ce bras-de-fer qui vient ainsi d'être engagé entre ADO et tous ceux qui avaient nourri l'espoir de lui succéder après qu'il a annoncé, en première intention, sa volonté de laisser la place à une nouvelle génération de leaders politiques en Côte d'Ivoire ?

En attendant de voir qui sera le vainqueur de ce bras de fer, l'on peut se risquer à dire que la pression se trouve plus du côté du président Ouattara. On sait, en effet, que « les anciens tisons, comme dit le proverbe, s'allument vite » et cela est particulièrement vrai pour la Côte d'Ivoire dont l'actualité est rythmée par les découvertes récurrentes de caches d'armes et plus récemment par des attaques de groupes terroristes qui piaffent d'envie d'y installer leurs bases.

Face à ce risque d'explosion, l'on peut se demander si ADO qui dit avoir pris sa décision après une réflexion bien mûrie, s'est posé les bonnes questions : qu'est-ce que la Côte d'Ivoire gagne ou perd avec son projet de troisième mandat ? Qu'est-ce qu'il peut encore apporter à la Côte d'Ivoire qu'il n'ait pas encore fait ? Mais comme on le sait, les « laudations » fort intéressées des courtisans et le péché mignon qu'ont les chefs d'Etat africains de lier leur sort à celui de leurs pays respectifs, n'ont sans doute pas permis au président ivoirien de pousser la réflexion jusqu'à ce stade.

Quelles pistes de sortie si la crise venait à s'aggraver ?

Probablement à défaut de l'avoir fait, le président ADO est tombé dans des pièges que lui-même s'est tendus. Le premier est celui de la Constitution qu'il a modifiée pour sauter le verrou de la limite d'âge qui l'aurait empêché de succomber à la tentation de briguer un troisième mandat qui, dans le contexte actuel de démocratisation sur le continent, semble de trop.

Le second piège est celui que le sort lui a réservé lorsqu'il a désigné son dauphin Amadou Gon Coulibaly qui a été prématurément fauché par la maladie. Et le troisième piège est celui du fonctionnement biaisé de son parti, le RHDP, cette machine de guerre qui, en temps normal, n'aurait pas pu manquer de candidat qui soit en mesure de relever honorablement le défi après le décès de AGC.

Mais l'heure n'est plus aux regrets et la question qui urge est la suivante : quelles pourraient être les pistes de sortie si la crise venait à s'aggraver ? Cette question, le président ADO ne devrait pas être le seul à se la poser.

Elle intéresse aussi la communauté internationale qui s'est beaucoup investie pour le retour de la paix après les années de braise, et pour la reconstruction économique de la Côte d'Ivoire.

Elle intéresse aussi particulièrement les pays de la sous-région dont les ressortissants surabondent en Eburnie et dont les économies, déjà durement éprouvées par la pandémie de la Covid-19, sont à la remorque de la locomotive ivoirienne.

C'est donc le moment d'agir pour prévenir les risques et éviter d'agir sur le tard en sapeurs-pompiers. Cela dit, peut-être que toutes ces réflexions apocalyptiques, ne seront qu'une petite tempête dans un verre d'eau. Car, les Ivoiriens semblent avoir beaucoup appris de leurs erreurs passées qu'ils n'oseraient pas franchir, une seconde fois, la ligne rouge qui précipiterait leur pays dans le chaos. Mais il n'en demeure pas moins que cela reste, pour l'instant, une intention de prière et comme le dit le dicton : « aide-toi et le Ciel t'aidera ».

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