Burkina Faso: Lassina Ouedraogo - « Croyez-moi, Blaise Compaoré n'ira pas au Togo; il va rentrer au pays »

Blaise Compaoré ex président du Burkina Faso
interview

Le 8 août dernier, le mouvement « Action Concorde » avait prévu un meeting à la Maison du peuple de Ouagadougou. Objectif : lancer un appel à Blaise Compaoré et aux autres exilés politiques de rentrer au pays. Cette rencontre a été finalement transformée en conférence presse et pour cause : elle a été empêchée. Lassina Ouédraogo, coordonnateur de « Action Concorde », revient sur cet « incident ».

Votre AG a été, dit-on, autorisée par la mairie et au final, elle a été empêchée. Pourquoi ?

« Action Concorde » est un mouvement citoyen qui œuvre pour la réconciliation nationale et le retour des exilés politiques. Dans le cadre de ses activités, « Action concorde » a initié une assemblée générale qui devait se tenir le 8 août 2020 à la Maison du peuple de Ouagadougou.

Pour réussir l'évènement, « Action Concorde » s'est entourée de toutes les précautions afin que son activité se tienne en toute légalité, conformément aux règles en vigueur. C'est ainsi que des démarches ont été entreprises auprès des autorités compétentes, notamment la mairie centrale pour obtenir toutes les autorisations y afférentes.

Dans un courrier adressé aux organisateurs en date du 30 juillet 2020, la mairie donnait autorisation d'occuper la salle de la Maison du peuple, avec la mention que les frais de location de la salle doivent être payés 72 heures avant l'activité.

Munie de cette autorisation, le 3 août, le comité d'organisation s'est acquitté du paiement des frais y afférents. Le même jour, le coordonnateur déposait à la Direction générale de la Police nationale, une demande avec pour objet : disposition sécuritaire pour une assemblée générale.

Le 7 Août, dans la mi-journée, le coordonnateur de « Action concorde » reçoit un coup de fil de la police, lui demandant de prendre des dispositions afin qu'elle puisse venir sur les lieux de l’événement pour faire une évaluation des besoins, qui garantirait le succès sécuritaire de la manifestation.

Du point fait par la police, il ressortait que 26 agents de police et 30 barrières étaient indispensables pour une sécurisation optimum de notre manifestation.

Accord a été obtenu avec les représentants de la police pour que le paiement de la facture du service des 26 hommes, soit fait le 8 août 2020, jour de la manifestation. A notre grande surprise, le 7 août 2020, aux environs de 22h, le coordonnateur reçoit un coup de fil de la police.

D'abord, de l'agent qui avait conduit la mission de reconnaissance du dispositif sécuritaire, puis un autre (commandant X), nous informant que notre activité du 8 août était interdite. Nous avons cherché à mieux comprendre.

Nous avons demandé à la police s'il y a un document qui atteste de cette interdiction et les motifs y afférents.

A la suite des deux coups de fil de la police, nous avons recueilli l'avis et la conduite à tenir auprès de notre conseil.

C'est sur ces mauvaises nouvelles que nous nous sommes donné rendez-vous le 8 août où nous constaterons effectivement que la police a mis sa menace à exécution, en interdisant l'accès à la Maison du peuple aux milliers de Burkinabè qui étaient sortis pour la paix et la réconciliation.

Cette interdiction nous a contraints à improviser une conférence de presse pour prendre l'opinion publique nationale et internationale à témoin des dérives dans lesquelles s'enfonce notre pays en matière de liberté d'expression et d'opinion.

Jusqu'aujourd'hui, aucun document ne nous a été remis, notifiant les motifs de l'interdiction de notre activité. Pourquoi ont-ils annulé notre activité ?

Nous ne saurions vous le dire puisque jusqu'à l'heure où nous vous parlons, ni la mairie ni la police ne nous ont notifié les motifs de l'annulation de notre Assemblée générale.

Mais il n'est pas exclu que ce soit l'envergure de la mobilisation et l'objectif de l'évènement qui aient fait peur et motivé l'interdiction. Parce que je ne trahis pas un secret de la volonté affichée des Burkinabè d'aller à la réconciliation.

Et comme cette réconciliation ne peut se faire sans Blaise Compaoré dont nous réclamons le retour à travers cette assemblée générale, nous pouvons croire que c'est le nom de Blaise Compaoré et son retour qui dérangent.

Nous attendions, à cette assemblée générale, près de dix mille participants venus de divers horizons et notamment Ouagadougou.

Qui, selon vous, est derrière tout cela ?

Il nous sera difficile, précisément ici, de vous dire qui est derrière tout cela. Mais nous savons que des partis et non des moindres ont fait des pieds et des mains pour faire capoter l'activité.

Quelle suite comptez-vous donner à cette affaire ?

Nous avons attiré l'attention du Chef de file de l'opposition à travers une lettre de protestation, sur le recul de la démocratie en cours dans notre pays. Cet acte des pouvoirs publics cagoulés, est une atteinte grave aux libertés individuelles et collectives de manifester.

Il démontre, si besoin est, que le pouvoir n'a rien à foutre de la réconciliation entre les Burkinabè, qui est pourtant gage de la paix et du vivre- ensemble. « Action concorde » est un mouvement citoyen et n'a de lien avec aucune chapelle politique.

Elle réaffirme son indépendance et tient à affirmer, ici et maintenant, qu'elle ne reculera devant rien dans sa quête de la paix et de la réconciliation nationale véritable, qui ne peut se faire sans le retour de tous les exilés politiques.

Nous protestons avec la dernière énergie contre le déni de nos droits de manifester par des autorités cagoulées de ce pays.

Nous affirmons que ni les menaces, ni les intimidations, encore moins les sabotages ne nous feront dévier de notre objectif qui est de travailler au retour de tous les exilés avec à leur tête le Président Blaise Compaoré, pour une réconciliation nationale véritable.

Avez-vous les nouvelles de Blaise Compaoré ?

Pas spécialement, mais nous pensons que de telles activités pourrons le rassurer que le peuple burkinabè ne l'a pas oublié. C'est pourquoi nous avons voulu la faire à la Maison du peuple qui, pour nous, est un symbole historique.

Il se susurre que votre mentor Blaise Compaoré veut quitter la Côte d'Ivoire pour le Togo. Vrai ou faux ?

Tout d'abord, il faut que vous sachiez que Blaise Compaoré n'est pas notre mentor parce que les mots ont leur sens. Et la place de Blaise Compaoré, c'est au Burkina.

Comme l'a dit Alpha Blondy, grand artiste musicien, « si Blaise est parti en 2014, c'est pour éviter un bain de sang à son pays... » Nous estimons que les choses se sont calmées et qu'il est temps pour lui de rentrer au pays pour y vivre et assumer son destin.

Nous avons estimé simplement qu'ayant été un chef d'Etat qui a consacré sa vie pour ce pays pendant plus de 30 ans, il est indécent de vouloir passer par échecs tous ce qu'il a fait pour ce pays. C'est comme si pendant ces 30 ans, il n'a fait que du mal à ce pays.

Tout ce que ses adversaires veulent que l'on retienne de lui et nous pensons que c'est malhonnête, c'est dictature, assassinats, corruption, etc. Attendez, vous croyez en ça ? Soyons honnêtes ! Tout n'a pas été qu'échec sous son régime. Croyez-moi, Blaise Compaoré n'ira pas au Togo; il va rentrer au pays.

Il se dit que votre mouvement est suscité et financé par des personnalités de l'ancien régime. Qu'en dites-vous ?

Nous disons que si vous entendez par personnalités de l'ancien régime tous ceux qui ont travaillé avec Blaise Compaoré, alors Roch Marc Christian Kaboré nous a financés, Simon Compaoré nous a financés, Bala Sakandé nous a financés etc.

Rassurez-vous, aucune personnalité de l'ancien régime n'est de près ni de loin mêlée à nos activités. Mais si elles veulent nous rejoindre, si elles partagent les mêmes idéaux que sont la paix et la réconciliation véritable avec le retour de tous les exilés dont bien sûr Blaise Compaoré, elles sont les bienvenues.

Pour tout vous dire, même si le Balai citoyen veut nous rejoindre pour qu'on aille à une réconciliation nationale, nous sommes certains que Blaise Compaoré, homme de paix qu'il est, sera d'avis avec nous.

Pour terminer, je voudrais, au nom de toute la coordination, remercier les devanciers dans le combat de la lutte pour le retour des exilés politiques et la réconciliation.

Je tiens également à remercier le journal « le Pays » pour sa présence à notre conférence de presse et pour cette tribune qui nous est offerte pour nous adresser à vos lecteurs.

Je voudrais rassurer tous les sympathisants de la réconciliation nationale et le retour des exilés politiques, que la lutte ne s'arrêtera pas tant qu'on n'aboutira pas à une vraie réconciliation.

Plus de: Le Pays

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