Sénégal: Formation politique - Quand les partis faisaient école

12 Août 2020

Dans le cadre de la formation des militants, le Parti socialiste (Ps) et le Parti démocratique sénégalais (Pds), mais aussi la Gauche historique se sont fait remarquer. Toutefois, certains responsables lient le niveau du débat politique à la carence de la formation au sein des structures politiques.

Au Sénégal, en matière de formation des cadres et des militants, le Parti socialiste (Ps) est cité en exemple. D'après Cheikh Sadibou Sèye, son secrétaire permanent, le Ps s'est doté, dès 1976, d'une école du parti. Cette dernière était dirigée par Me Mbaye Jacques Diop qui en était le directeur des Études et des Programmes.

Elle s'appelait l'École des cadres du parti. En 1978, Mamadou Faye, alors secrétaire permanent et directeur de ladite école, a pris le relais de M. Diop. L'établissement avait changé de dénomination pour devenir l'École du parti afin de répondre aux exigences des masses.

M. Faye, témoigne M. Sèye, a conduit à la décentralisation de l'École du parti pour former les militants à la base, notamment à l'installation des antennes régionales du parti.

«Nous avions une antenne dans chaque région mais aussi des relais de formation au niveau de chaque département et de chaque coordination», rapporte M. Sèye qui était le responsable de la formation.

Quant à Cheikh Tidiane Dièye, il était le directeur des Études de l'École. Plus tard, M. Dièye sera remplacé par Saliou Mangane. En 2007, le Pr. Gorgui Ciss a pris le relais de Mamadou Faye à la tête de l'établissement.

Il était secrétaire à la formation et en même temps directeur de l'École du parti. M. Ciss laisse sa place à Alioune Ndoye lors du congrès de 2014.

Ce dernier est présentement le secrétaire national à l'Éducation et à la Formation permanente et directeur de l'École du Ps qui a son siège à la Maison du parti Léopold Sédar Senghor.

Partenariats

Dr Malick Dieng est, lui, le secrétaire national du Parti démocratique sénégalais (Pds) chargé de la formation et de l'idéologie mais aussi le directeur général de l'Institut libéral de formation supérieure Abdoulaye Wade qui a commencé à fonctionner depuis 2010.

Avant cet Institut, explique-t-il, le Pds avait une école de formation depuis sa création. Cette dernière était dirigée par Alassane Cissokho, précise-t-il.

L'Institut libéral de formation supérieure Abdoulaye Wade, qui est basé à la permanence nationale «Mamadou Lamine Badji» du Pds, dote les militants de connaissances leur permettant de faire face à l'évolution du monde. Dans ce monde, soutient Dr Dieng, ce sont les idées qui gouvernent.

À l'en croire, le niveau des débats politiques actuels reflète la carence de la formation dans les partis politiques. «Nous voulons surtout des débats d'idées», fait-il remarquer non sans estimer qu'avec la prolifération des partis politiques -près de 400- la formation laisse à désirer.

«Beaucoup d'écoles de parti ont disparu et c'est dommage, parce qu'elles jouaient le rôle de formateurs, d'encadrement des militants», soutient M. Dieng. Il est persuadé qu'un parti politique dépourvu de siège et de programme «ne peut pas former ses militants».

Avant le Ps et le Pds, la Gauche historique sénégalaise (Pai, Pit, Ld, Aj... ) misait aussi et surtout sur la formation, d'abord clandestine et ensuite régulière, de ses militants.

À propos de la formation, les partis politiques ont noué des partenariats avec d'autres structures à l'international. Ainsi, le Ps a collaboré avec la Fondation Friedrich Ebert, notamment entre 1982 à 1992.

Toutefois, explique Cheikh Sadibou Sèye, des structures comme la Fondation Jean Jaurès, la Fondation Friedrich Nauman ou le Ndi (États-Unis) élaborent des programmes auxquels elles associent des partis politiques dont le Ps.

Toujours dans le cadre de la formation, le Pds, rappelle Malick Dieng, a aussi noué des partenariats avec des structures comme l'Institut stratégique de Paris, la Fondation Friedrich Nauman, l'International libérale, le Réseau libéral africain, le Ndi, le Réseau libéral de Stockholm, etc.

Fortunes diverses dans l'impact sur les performances électorales

Beaucoup de partis politiques disposent d'écoles ou d'instituts de formation dédiés à leurs militants. Le contenu est certes intéressant, mais la mise en œuvre et le bilan de ces structures restent problématiques.

En politique, les écoles de parti sont d'un grand apport dans la formation militante. Leur rôle est important dans la consolidation de la démocratie. Si le contenu de la formation est alléchant, la pratique laisse cependant à désirer.

Créée en 2009, au lendemain de la naissance de l'Alliance pour la République (Apr), l'école du parti républicain dispose d'un Comité de réflexion scientifique. Il s'occupe de la formation permanente et intermittente. Son crédo, selon son directeur, Djibril War, est : «Un militant bien formé, un citoyen modèle».

Depuis sa création, l'école de l'Apr a eu à organiser des sessions de formation au profit des jeunes de la Convention des jeunesses républicaines (Cojer) et du Mouvement des élèves et étudiants républicains (Meer) un peu partout à travers le pays.

De son côté, l'école du Parti démocratique sénégalais (Pds), à sa création, en 1974, formait ses militants et ses cadres. En 2010, alors au pouvoir, le parti libéral a mis sur pied l'Institut libéral de formation supérieure dirigé par Dr Malick Dieng, secrétaire national du Pds chargé de la Formation et de l'Idéologie.

«La lame de fond de notre approche est basée sur le libéralisme social qui est une doctrine et une théorie validées par le Président Abdoulaye Wade depuis 1974», explique-t-il. À l'en croire, cette structure dispose d'un effectif de 250 pensionnaire.

À l'Alliance pour les forces du progrès (Afp), la formation militante occupe une place centrale surtout que l'enseignement n'est pas seulement idéologique, mais plutôt d'ordre général.

Dans le passé, soutient le Pr. Mouhamadou Maouloud Diakhaté, enseignant-chercheur à l'Ugb et directeur de l'École de l'Afp, «les partis (pouvoir comme de l'opposition) passaient beaucoup de temps à former leurs militants». Selon lui, l'information et la communication y occupaient une place centrale avec des journaux et revues.

Le directeur de l'École de l'Apr souligne que «les partis jouent un rôle prépondérant pour la consolidation et la promotion de la démocratie».

C'est la raison pour laquelle, explique Djibril War, «la formation s'approche de plus en plus de nos réalités socioculturelles et religieuses». Le Pr. Diakhaté abonde dans le même sens en déplorant la «face hideuse» de la scène politique.

«À la place des arguments, nous avons des invectives, des bravades. Celui qui parle le plus fort et le plus haut pense souvent qu'il a raison. Cela montre que les militants ne sont plus armés politiquement et idéologiquement», fustige-t-il.

À son avis, le constat est que la formation idéologique des militants a pris un sacré coup du fait de la «mort décrétée des idéologies et le virage libertaire» induit par l'avènement des Tic et des réseaux sociaux. «La formation politique a été dévouée», déplore l'universitaire.

Plus de: Le Soleil

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