Centrafrique: Instabilité politique en RCA 60 ans après l'indépendance

photo d'illustration

Le 13 août 1960, la République centraficaine accédait à l'indépendance. Une libération au goût amer soixante ans après, tant le pays reste marqué l'instabilité politique.

Colonie française jadis connue sous le nom d'Oubangui-Chari, la République centrafricaine, proclamée en 1958, accédait à l'indépendance le 13 août 1960. Mais ce pays est resté étroitement lié à la France par des accords de coopération militaire, administrative et économique, comme la plupart des autres colonies françaises d'Afrique subsaharienne. Avec comme corolaires, des coups d'Etat, la dictature et une grande instabilité politique.

Soixante ans après certains parlent même d'une indépendance "contre-nature" car mal préparée dès le départ, ou encore taillée sur mesure selon le vœu du colonisateur. "L'accession à l'indépendance a été quelque chose de déjà truqué, de déjà plombé", estime le professeur Bernard Simiti, enseignant-chercheur au Centre universitaire de recherche et de documentation en histoire à l'université de Bangui.

"Au moment d'accorder les indépendances, les colonies se sont faites piéger en acceptant des accords de coopération avec la France", insiste-t-il. Et de citer les accords de coopération politique, militaire, économique ou encore culturelle. "Il faut aussi savoir que la France, sans ses colonies, ne pèse pas dans le monde".

Persistance des conflits

Certains font même le lien entre l'indépendance obtenue et la persistance des conflits en RCA depuis 60 ans. "Les choix politiques qui ont été opérés, l'entrechoc des intérêts, voilà ce qui explique l'instabilité", tranche Anicet Guiyama-Massogo, philosophe et politologue. "L'armée a été mise à contribution pour, soi-disant, redresser la situation. C'était le cas du coup d'Etat de Bokassa qui, en son temps, voulait faire face à la dérive dans la gestion de David Dacko, estimant que l'heure de la justice avait sonné et qu'il fallait que l'armée prenne le pouvoir".

Anicet Guiyama-Massogo explique que beaucoup regrettent aujourd'hui la disparition de Bokassa, estimant que c'est lui qui a posé les fondements de l'Etat centrafricain. "C'est lui qui a créé l'armée, mais ces actes positifs qui ont été posés ont tout de suite été contrebalancés par des actes négatifs, à savoir la dictature, la privation des libertés, le dépeçage de l'armée, etc..."

Indépendance en en trompe l'oeil ?

Anicet Guiyama-Massogo estime même que la RCA n'a jamais joui d'une indépendance à proprement parler. "L'indépendance pour la RCA n'a été qu'une sorte de chimère, comme une utopie parce que, au jour où nous sommes, on constatera que la RCA est un Etat failli, à savoir un Etat qui n'a pas le contrôle sur l'intégrité de son territoire, qui n'a pas le contrôle sur les leviers de la gestion du pouvoir et qui est obligé de faire avec les forces internationales."

Ces conflits hérités de l'époque des indépendances expliqueraient aujourd'hui la déstabilisation de l'Afrique francophone, selon le professeur Bernard Simiti : "Tous les jeunes leaders africains qui prônaient le nationalisme ont été éliminés. Tout se passe comme si c'est la France qui choisissait les leaders", dit-il, prenant comme exemples le Niger ou encore le Mali. "Cela crée une instabilité politique. Les chefs d'Etat devraient être au service de la métropole, la France", conclut-il.

En 1960, 17 pays d'Afrique subsaharienne, dont 14 anciennes colonies françaises, obtiennent leur indépendance. À cette occasion la DW vous propose une série de reportages et d'articles, à la radio, lors des émissions de 7h et 17hTU, mais aussi ici.

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