Burkina Faso: Patronymie et succession royale au Yatenga - Le regard du Dr Alli Ouédraogo

« L'importance de l'onomastique dans l'accès au pouvoir politique, « le Naam », au Yatenga du XVIe au XXIe siècle ». C'est un thème qui a fait l'objet d'une thèse de doctorat unique en histoire politique et sociale.

Ayant reçu l'auréole de la mention très honorable le 25 juillet 2020 à l'Université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou, ce travail de l'impétrant Alli Ouédraogo donne une clé de lecture de la succession royale au Yatenga, à la croisée des pouvoirs traditionnel et moderne.

L'onomastique, vous connaissez ? Pour tous ceux qui ne le savent pas, eh bien, c'est la science des noms de personnes et des lieux.

Le Dr Alli Ouédraogo, dans ce sujet, « L'importance de l'onomastique dans l'accès au pouvoir politique, « le Naam », au Yatenga du XVIe au XXIe siècle (de Naaba Yadéga à Naaba Kiiba) », a posé le problème de l'utilisation des identités, en particulier des patronymes, dans la gestion du pouvoir politique traditionnel dans le royaume du Yatenga.

La condition primordiale pour accéder au pouvoir est d'être de sang royal, c'est-à dire d'appartenir à la famille des Nakomsé, la famille princière.

Cependant, ce principe de succession, de Naaba Yadéga, père fondateur du royaume de Yatenga, à Naaba Kiiba, l'actuel roi, a connu de profondes mutations. L'impétrant a identifié 4 moments importants qui ont marqué l'histoire de cette royauté.

Tout d'abord, il y a la période XVe - XVIe siècle. A cette ère, être de la lignée des Nakomsé était primordial pour accéder au pouvoir. Mais certains des membres de cette famille ont été écartés du pouvoir après les compétitions au cours desquelles les vainqueurs leur ont imposé des patronymes.

Ensuite, vint l'époque du XVIIe au XVIIIe siècle, qui a connu de profondes mutations historiques initiées par Naaba Kango. Il a en effet favorisé l'installation de nombreux peuples qui, aujourd'hui, portent des noms de famille d'origine étrangère.

Ce souverain a intégré les autochtones et les nouveaux arrivants dans la gestion du pouvoir politique afin que le pouvoir soit véritablement celui de tout le nouveau peuple. Naaba Kango a touché aux fondements des structures dirigeantes, générant des conflits dans la gestion du pouvoir à partir des patronymes, des modes de succession.

Naaba Kango disparaît, laissant un royaume puissant mais fragilisé par la suite par des rivalités de succession et des disputes dynastiques.

Après, survint la période coloniale qui a introduit de nouveaux critères de succession royale qui prennent uniquement en compte l'intérêt du colonisateur. L'onomastique perd alors son importance dans le principe de succession au trône.

Notre ère, le XXIe siècle, engendre le quatrième âge de la royauté du Yatenga, marqué par le regain d'importance du principe d'être de la lignée des Nakomsé pour l'accession au pouvoir traditionnel.

La particularité introduite est que tous les Nakomsé, de vieilles tout comme de nouvelles souches, ont le droit d'accéder au pouvoir.

Les recherches du désormais docteur ont permis de comprendre comment, en instrumentalisant les patronymes, des souverains, même vaincus ou illégitimes, ont pu accéder au pouvoir politique et devenir de nos jours incontournables dans la gestion administrative moderne. L'autre mérite de sa thèse tient au fait qu'elle a montré les limites de notre démocratie.

Ainsi, parfois n'accèdent pas au pouvoir ceux qui en sont dignes par leurs compétences personnelles. L'on constate malencontreusement l'usage du patronyme dans la conquête du pouvoir politique moderne, ce qui fausse la logique et les principes de la démocratie.

Le travail du Dr Alli Ouédraogo nous invite à réajuster notre approche de la démocratie. Il plaide toutefois pour que cette dernière intègre bien la chefferie traditionnelle dans la gestion et le fonctionnement de la société pour une cohésion sociale effective et constante.

Il a également montré les éléments qui fondent l'identité du peuple yadega, qui fait partie du grand groupe moaaga du Moogo. Il a conclu en posant la problématique de l'avenir des noms traditionnels africains qui disparaissent au contact des cultures étrangères.

En rappel, la thèse a été dirigée par le Pr Maurice Bazemo de l'université Joseph Ki-Zerbo. Le jury a été présidé par le directeur de recherche du Centre national de recherche scientifique et technologique, le Pr Moustapha Gomgnibou, qui avait à ses côtés le Pr Aka Kouame de l'université Félix-Houphouët-Boigny de Cocody et le Pr Alain Sissao de l'Institut des sciences des sociétés.

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