Sénégal: Chronologie de l'insensé

13 Août 2020

Quand le virus qui nous turlupine en ce moment est apparu en Chine avec son flot de récits délayés, il n'était qu'une lointaine épouvante asiatique comme on en a connu dans le passé. Certains en ont très vite fait une malédiction divine contre les Chinois face au funeste sort réservé aux Ouïghours. Les chaumières ont arrêté, depuis, de raconter cette légende bien qu'elles demeurent sensibles à cette tragédie humaine en cours.

Et puis, ce coquin de microbe a poursuivi sa parade dans ses habits de deuil, de supplice et de ruine pour se propager dans les quatre coins du monde, n'épargnant ni gueux, ni rupin. Ni athée ni dévot. Les discours les plus aventureux s'épuisent alors à nager dans les incertitudes de la métaphysique. Les uns appellent à la repentance de nos péchés, les autres préconisent de donner à la nature le répit nécessaire à la reconquête de sa majestueuse dignité.

Tout ceci s'est avéré un pieux mensonge dans lequel nous nous sommes installés pour n'avoir rien à faire, pour ne pas être bourrelés de remords. Les cartésiens, eux, s'échinent à trouver une issue heureuse à l'humanité après que ce «machin itinérant» les a fait tourner en bourrique.

Les palabres révèlent tous les matins l'oiseau rare, de nouveaux discoureurs. Nous le disions dans une tribune au début de cette pandémie mais rien ne semble avoir changé : «Nous affrontons un grand péril étonnamment plein de cocasserie.

Les « espiègleries » du coronavirus nous font tourner en bourrique. L'émoi collectif, qu'il a créé, fait que la parole de l'orfèvre arpente les mêmes allées de sens et de dignité que celle de n'importe quel toqué en quête d'exutoire de son égotisme exaspérant. Croyez-moi, c'est encore plus asphyxiant que le virus ! C'est toxique.

Les experts du néant, « néo-pluridisciplinaristes », exacerbent les angoisses alors que cette pandémie nous offre une occasion historique de nous parer de toutes les vertus du silence. S'égosiller à rendre des oracles en ces temps incertains, c'est certainement être dans l'ignorance de sa propre invalidité. C'est tirer des plans sur la comète, s'ériger en héros le matin et se couvrir de ridicule le soir».

Ensuite, comme si le virus ne nous avait pas fait prendre conscience de notre insignifiance, chacun, dans sa petite parcelle de pouvoir (et d'ignorance), répand les germes de son égo «tuméfié». Les «héros» éphémères et hérauts de l'apocalypse et de la bonne nouvelle assurent le show «coronisé». Raoult le Marseillais, moins exubérant, a désormais ses affidés.

Les «peuples opprimés» ont leur gourou. Le souvenir de l'amère hydroxychloroquine, angoisse des mômes d'une époque reculée, pâlit. Les soupçons naissent. Ils pèsent sur Big Pharma et les nantis de la planète qui espèrent trouver un remède pour eux et les «miséreux» qui narguent la mort. Le masque devient un marqueur de la conscience du danger, de la responsabilité individuelle et collective avant d'apparaître comme un signe de soumission ou de rejet au fil des contradictions. Et des soupirs de lassitude. Les conspirationnistes ont du grain à moudre.

Aujourd'hui plus qu'hier. Les méchants, qui ont engendré le virus, sont partout ! Et peut-être bien qu'il n'existe même pas ! L'impopularité du politique n'aidant pas, tout semble fichu. Il devient moins audible.

Toutes les décisions, justes qu'elles soient, paraissent inappropriées. Les visées ambitieuses à contresens de certains hommes politiques en Afrique, les loufoqueries des deux grands plaisantins d'Amérique du Nord et du Sud, le silence assourdissant de l'Asie (comme rongée par le sentiment de culpabilité), les chamailles entre puissances du monde, la conjoncture économique défavorable un peu partout produisent des interférences alors que l'horreur suffisait à la peine des peuples et tenait leur attention en éveil.

N'oublions pas là où ça pique un roupillon ! L'Afrique, outrée et vexée par le ton alarmiste de l'Organisation mondiale de la Santé qui y prédisait l'hécatombe, ne veut pas être le laboratoire du monde.

Une Afrique orgueilleuse et rouspéteuse qui, pourtant, s'enthousiasme du «vaccin russe». Peut-être que le soleil viendra à son secours comme le prédisaient les oracles. Avec l'Artemisia, les espérances se sont très vite effondrées. Le virus continue sa funeste et silencieuse parade. Il a fait mal à l'Europe qui ne veut plus s'encombrer de l'autre virus : l'Africain, l'incommodant migrant. Le «restez chez vous», comme la torpeur et l'angoisse, s'internationalise.

Plus de: Le Soleil

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