Sénégal: Baba Dramé, directeur de la DEEC, sur la continuité des activités - «C'est une information qu'il va falloir vérifier»

interview

Le Directeur de l'environnement et des établissements classés (Deec), Baba Dramé, interpelé sur la poursuite des activités de la société Senchim, malgré l'ordre de fermeture définitive de l'usine, soutient n'avoir pas des informations qui l'attestent.

Toutefois, il a indiqué que des vérifications seront faites. Revenant sur la destruction des 500 tonnes de déchets, il a dit que la procédure est en cours et qu'il faut des préalables à respecter. Entretien !

La Senchim ne respecterait pas la décision de fermeture totale et définitive. Les habitants disent constater la continuité d'activités avec des rotations de camions en partance de l'usine. Qu'est que vous en dites ?

C'est une information que vous me donnez qu'il va falloir vérifier. Nous allons prendre la peine de faire la vérification auprès des autorités des Industries chimiques du Sénégal (Ics) pour savoir de quoi s'agit-il réellement.

Si c'est pour des activités, je dois préciser que l'arrêté qui a été rendu par les autorités, c'est pour la fermeture. Normalement, on ne devrait pas avoir des activités là-bas.

La Senchim a aussi réfectionné un de ses hangars. Etiez-vous au courant ?

Ce sont des informations que vous me donnez (rires). Nous allons vérifier pour savoir de quoi s'agit-il.

Et pourtant le maire de Thiaroye sur Mer a sorti une sommation pour mettre en garde l'entreprise ?

En tant qu'autorité locale, il peut le faire. S'il y a des constructions dans une circonscription qui relève d'une autorité locale, c'est lui normalement qui doit délivrer les autorisations de construire. Certainement, c'est dans ce cadre qu'il a donné la sommation.

Mais, comme c'est des informations que nous venons de recevoir, nous allons faire les vérifications nécessaires auprès des autorités de Senchim pour savoir de quoi s'agit-il concrètement.

Nous, ce qui nous lie actuellement, c'est l'arrêté qui a été rendu pour demander l'arrêt des activités sur le site.

Apparemment, le ministère de l'Environnement n'est pas trop présent sur les lieux, pour le suivi. Le collectif soutient n'avoir des informations venant du ministère qu'à travers la presse. Que répondez-vous ?

Le ministère de l'Environnement est présent partout. On ne fait pas de surveillance quotidienne, mais les services en charge de l'environnement font le travail régulièrement. On ne peut pas mettre pas un agent devant l'usine, mais nous faisons le suivi régulier des installations.

Il y a de ces informations aussi, on ne les diffuse pas comme on le fait régulièrement dans la presse. On les porte à l'attention de l'autorité. Mais, l'activité est suivie, en relation avec les autorités de Senchim.

N'est-il pas urgent de mettre une pression sur l'entreprise pour une cessation définitive de ses activités ?

Pour nous, l'usine est fermée. C'est vous qui nous apprenez qu'il y a toujours des activités sur le site. Nous, ce qui nous lie actuellement, c'est l'arrêté qui a été rendu pour que la Senchim ne développe plus des activités sur le site.

Si, comme vous le dites, après vos vérifications, il s'avère que la Senchim n'a pas respecté la décision de fermeture. Des sanctions seraient-elles portées contre la Senchim ?

L'Etat va mettre en place des sanctions parce pour le Code de l'environnement, quand une installation classée est fermée, normalement elle ne doit pas être rouverte sans pour autant avoir une autorisation.

S'il est constaté, sur procès-verbal (c'est un travail des agents assermentés), qu'effectivement Senchim a violé la règlementation, à partir de ce moment, l'Etat prendra les dispositions qui s'imposent.

En visite sur le site en 2019, le ministre de l'Environnement et du Développement durable, Abdou Karim Sall, avait dit que 500 tonnes de déchets sont gardés dans l'usine et que des dispositions seront prises pour la destruction. Ou en est le dossier ?

L'Etat du Sénégal avait déjà pris des mesures de sauvegarde en 2016 pour fermer l'usine de la Senchim, suite à certaines difficultés qu'on a constatées de cohabitation avec les quartiers voisinant.

Dans le courant de 2019, le ministre de l'Environnement a effectué deux visites au niveau du site. Une première en mai et une deuxième au mois d'août.

Lors de la première visite il y a eu un certains nombres de recommandations qui ont été formulées. La première, c'était de voir dans quelle mesure on peut reconditionner les fûts qui étaient stockés au niveau de l'usine de Senchim.

La deuxième mesure était de voir comment on pouvait collaborer avec les cimenteries qui sont implantés au Sénégal pour détruire ces produits.

La troisième était de voir dans quelle mesure les produits qui ne pouvaient pas être détruits au Sénégal, peuvent être envoyés dans des pays qui disposent de la technologie pour les détruire. Ce sont des opérations qu'on a eu à faire dans le passée.

On a eu à exporter des produits en Allemagne pour les détruire. Actuellement, nous sommes en contact permanant avec les autorités de Senchim pour faire ce travail, sur recommandation du ministre. D'abord le reconditionnement de certains produits a déjà été réalisé.

La Senchim a pu mettre dans des conteneurs étanches certains fûts qui présentaient des signes de rouille.

Le contact avec les cimenteries a été établi, mais il se trouve qu'il y a un certains nombres de dispositions préalables qui doivent être prises pour pouvoir détruire ces produits au niveau des cimenteries.

Pourquoi avoir attendu tout ce temps ?

Je n'ai pas géré le dossier au début. Je suis arrivé en fin 2019. Ce qui s'est passé entretemps, je ne peux pas me prononcer là-dessus. Ce que je sais est que la destruction des produits chimiques, ce n'est pas quelque chose de très aisée.

Ce sont des produits chimiques qu'on utilise dans le cadre de la lutte contre les êtres nuisibles en agriculture. Ça contient des substances chimiques qui sont dangereuses. Pour leur destruction, il faut des conditions.

C'est pourquoi je vous ai dit qu'au début des années 2000, le Sénégal était dans l'obligation d'exporter ces produits en Allemagne.

Le Sénégal est signataire d'un certain nombre de Convention notamment celle de Stockholm, celle de Rotterdam sur les mouvements transfrontalier des produits chimiques dangereux.

Si on doit exporter des produits vers d'autres pays pour pouvoir les détruire, il faut un certain nombre de préalables et des moyens. La première fois, nous avons été accompagnés par les Pays-Bas pour faire tout le transport et la destruction en Allemagne. Pour le moment, les conditions ne sont pas encore réunies.

Nous sommes en train d'y travailler d'arrache-pied avec Senchim, mais la première étape était de sécuriser, faire en sorte que ces produits soient conservés dans des conditions idéales pour éviter que les populations continuent de subir la pollution liée à ces produits.

Ça a été fait. Ce qui reste maintenant, c'est leur destruction. Il y a un retraitement des produits chimiques qui doit être fait pour que les cimenteries puissent l'accepter et faire leur travail de destruction. Ce ne sont pas des produits simples.

Ce sont des produits chimiques dangereux. Et pour pouvoir les détruire dans une cimenterie, il faut des études à faire. Il faut analyser pour connaître les teneurs de tel ou tel autre produit avant de les mettre dans le processus de destruction dans ces cimenteries.

Les fours que les cimenteries utilisent ce sont des équipements qui coûtent excessivement chers. On ne peut pas prendre des produits qui ont des teneurs très fortes en soufre ou chlore, les mettre dans des machines sans pour autant s'assurer que toutes les conditions sont réunies pour pouvoir faire la destruction.

Peut-on envisager une délocalisation de l'usine ?

Il peut arriver que la Senchim arrête définitivement la production de ses produits phytosanitaires. Si toutefois, il va falloir choisir un autre site.

Et cela nécessite tout une procédure d'autorisation avec les études d'impacts sur l'environnement et la procédure d'autorisation des installations classées et tirer les leçons de tout ce qui s'est passée.

Le problème, aujourd'hui, c'est que ces types d'installations ne peuvent pas cohabiter avec les populations

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.