Cameroun: « Le sport va se réadapter »

interview

Franck Ghislain Onguene, instructeur-consultant CAF en marketing du sport.

Comment imaginez-vous désormais le monde du sport avec le coronavirus ?

Le sport de demain va totalement changer. Il va surtout se réadapter. C'est d'ailleurs l'une des particularités de l'activité sportive. Par exemple, les Jeux olympiques antiques avaient pour particularité de réunir les grandes cités du monde et lorsqu'il y avait sport, on arrêtait les guerres. C'est ce qu'on appelait généralement la « trêve olympique ». Et le monde a su s'adapter à cela. Depuis lors, le monde a traversé de beaucoup d'épreuves, notamment les deux guerres mondiales. Sur le plan économique, le sport a traversé la crise de 1929 et celle de 2008, qui a réussi à faire tomber de grandes entreprises, de grandes banques. C'est après cette dernière que le sport a atteint ce qu'on appelle aujourd'hui l'inflation du marché des transferts. Certains transferts officiels franchissaient désormais la barre de 100 millions d'euros. Récemment, un record a été battu avec le transfert du Nigérian Victor Osimhen de Lille pour Naples à 80 millions d'euros en pleine crise sanitaire du coronavirus. Globalement, le sport de demain ne sera plus le même. Mais, il va s'adapter à la réalité. Le sport étant populaire, on suppose qu'il perdra de son essence avec la restriction du nombre de spectateurs et l'existence des mesures barrières...

Le sport fera face aux mesures barrières pendant au moins deux ans, compte tenu de l'ampleur de la pandémie. Perdra- t-il son essence ?

Oui, parce qu'il va devoir muter. Non, parce qu'avant même le coronavirus, le sport était déjà en train de passer à une autre dimension, celle du sport-tech. Il s'agit de l'adaptation de la technologie dans le sport. Cette technologie inclut trois éléments fondamentaux à savoir la réalité virtuelle, la réalité augmentée et l'intelligence artificielle. Ces éléments permettent aujourd'hui au sport de pouvoir résoudre un certain nombre de problèmes.

Lesquels ?

En regardant les grands championnats en ce moment par exemple, vous vous rendez compte que les gens ne sont pas au stade, mais assistent en direct au match. Ces images sont retransmises aux joueurs qui vivent cette chaleur-là. Ce sont des prouesses réalisées aujourd'hui par la technologie. A côté de cela, quand on parle de réalité augmentée, nous avons les hologrammes qui permettent de simuler la présence des spectateurs au stade. Ces éléments vont se multiplier. Même si ce sera très difficile d'y arriver en Afrique. Des organisations comme la CAF pourraient, dans une certaine mesure, avec l'appui de certains partenaires, se doter de ce type de technologie. Mais, pour les championnats locaux en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, Asie du Sud-Est, ce ne sera pas évident. Pour ce qui est de la technologie technique pure, il y avait déjà la question liée à la VAR. Le sport est donc entré dans une ère technologique. Il y aura un changement de cadence, et véritablement pas une perte de l'essence du sport en lui-même.

A cette allure, assistera-t- on à la mort du sport busi- ness ?

Je ne pense pas. Le sport business a toujours réussi à tirer son épingle du jeu. C'est l'une des activités dont la croissance n'a jamais souffert de rien. On est parti de 4%, il y a une décennie, pour atteindre 11% dans certaines zones du monde. Par contre, les rentrées liées au sport sont réparties ainsi qu'il suit : 75% viennent des droits télévisés (organisations sportives), 10% des droits marketing et commerciaux (sponsoring, publicité), 10% de la billetterie (accès au stade). Dans certaines zones, la billetterie peut même aller jusqu'à 5% et 5% généré par le merchandising (vente des produits dérivés comme les maillots et autres équipements). En Afrique, la billetterie ne représente pratiquement rien de ce que génèrent les organisations sportives. Pour la Fécafoot par exemple, dans son bilan financier, la billetterie sera toujours à 0 la plupart des temps.

Le sport de haut niveau n'est-il pas en danger dans ces conditions ?

Il est en danger forcément puisqu'il s'agit d'une question sanitaire. L'essence même du sport est la respiration. Le sportif de haut niveau ne peut pas s'encombrer de masques. Sauf s'ils sont adaptés à la circonstance. Mais généralement, il ne peut pas s'encombrer, parce qu'il doit expirer et inspirer, et cela nécessite énormément en termes de souffle, d'oxygène et se débarrasser des gaz toxiques. Ce sera très difficile. Le sport de haut niveau peut être touché du point de vue athlétique, mais du point de vue économique, il n'y a pas de mal à se faire.

Pour ce qui est du football, le spectacle sera-t-il toujours au rendez-vous ? Il faudrait pouvoir travailler à cela. Multiplier des stratégies, des mécanismes qui permettraient aux spectateurs d'être protégés bien que venant au stade. Cela est déjà arrivé avec la pandémie d'Ebola lors la Coupe d'Afrique des Nations de football en 2015. Le gouvernement équato-guinéen avait mis des mesures bar- rières qui permettraient au spectateur d'aller au stade et d'être protégé. Il faudrait, pour les différentes parties prenantes, réfléchir sur comment le spectateur peut être pro- tégé et participer activement au spectacle.

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