Madagascar: Bras de fer entre la mairie de Tana et la radio de Ravalomanana

Marc Ravalomanana

C'est un bras de fer entre la Mairie d'Antananarivo et la chaine de télévision et de radio MBS (Malagasy Broadcasting System) de l'ancien président et opposant Marc Ravalomanana. Le maire, Naina Andriantsitohaina, soutien du régime, a décidé de résilier le contrat de bail emphytéotique de 50 ans avec cette société dont les locaux sont situés sur un terrain appartenant à la commune d'Antananarivo.

Une décision dans le but de faire fermer ce média critique du pouvoir estime l'ancien chef d'État. Une reprise d'un terrain utile pour la commune, a répondu le maire de la capitale.

Le préavis de résiliation du contrat de bail donne six mois à la MBS pour quitter le terrain appartenant à la Commune urbaine d'Antananarivo. Un terrain sur lequel Marc Ravalomanana a fait construire les locaux de sa station, situés entre un bâtiment de la police municipale et la direction des Travaux publics. La décision du maire a excédé l'ancien chef de l'État, propriétaire de la chaîne, l'une des seules à critiqué ouvertement le pouvoir. « Fermez si vous osez, monsieur le maire, et nous verrons après ! » a tonné Marc Ravalomanana lors d'une conférence de presse. « Faites attention, vous ne connaissez rien à la politique », a t-il lancé à l'endroit de Naina Andriantsitohaina, ex-ministre des Affaires étrangères et à la tête de la mairie depuis sept mois.

« Reprise pour usage personnel », indique le préavis signé par ce dernier. « C'est d'abord un terrain dont la commune a besoin et qui aujourd'hui ne lui rapporte rien puisque sur vingt ans de location, seulement quatre ans de loyer ont été payés par la société. Il a dit que je n'y connaissais rien en politique et que lui était très bon. Je lui accorde bien cela. Par contre, je sais compter. La commune perd de l'argent et un espace important », explique le maire joint au téléphone.

Un coup politique, accuse l'avocat de la MBS

Ce contrat entre la commune d'Antananarivo et le média de l'ancien président a été conclu en 2000 lorsque Marc Ravalomanana était encore maire de la capitale pour un loyer annuel de 2 millions d'ariary (450 euros). « Cette décision ne signifie pas que l'on veut fermer la chaîne. Je n'en ai ni le pouvoir, ni l'envie. Il n'y a aucune connotation politique. Je viens moi-même des médias et cela me paraît complètement impensable de vouloir fermer une chaîne pour ces raisons », insiste Naina Andriantsitohaina.

Une station qui a vu ses locaux incendiés et pillés lors de la crise politique de 2009 et qui a rouvert il y a seulement deux ans, fait remarquer l'avocat de la société Maitre Eloi Ratefimahefamijoro. « Les employés de la MBS n'ont pas ménagé leurs efforts pour faire redémarrer cette société et à peine rouverte, on sort ce préavis de résiliation. Si n'est pas politique, de quel genre de décision s'agit-il ? Je pense que l'objectif dans tout ça c'est de viser une entreprise qui appartient au leader de l'opposition », poursuit-il.

L'affaire entre les mains de la justice

D'autres terrains appartenant à la commune sont aussi visés par des procédures de reprise pour usage personnel, rétorque encore la mairie.

Le camp Ravalomanana a porté l'affaire auprès du tribunal administratif. « Nous avons déposé une demande de sursis à exécution de cette décision de résiliation de bail et une demande d'annulation », précise Maitre Ratefimahefamijoro. Selon lui, la décision signée par le maire n'est pas conforme. « Lors de la signature du contrat, il y a eu une autorisation du conseil municipal et pour la rupture, il s'agit d'une décision unilatérale du maire. Ce n'est pas normal. Par ailleurs, si la société ne payait pas son loyer, pourquoi le maire n'a pas motivé sa décision par rapport à cela ? », s'interroge t-il.

La mairie elle aussi prévoit de porter le dossier devant la justice. « La résolution du conseil municipal lors de la signature du contrat - et la justice en décidera - est à mon avis entachée de nullité parce que c'est le propriétaire de la compagnie (NDLR : Marc Ravalomanana) qui était maire de la ville à l'époque qui signe ce contrat avec son gérant. Donc il y a un vrai souci de déontologie, surtout au vu du prix du loyer qui a été fixé. D'autre part, si le contrat de bail n'est pas respecté, il n'y a pas besoin de revenir devant le conseil municipal », se défend Naina Andriantsitohaina.

Plus de: RFI

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.