Burkina Faso: Résultats Bac 2020 - «A nous le FONER !»

Voici venu le moment tant redouté par tous les candidats aux examens et concours : la proclamation des résultats. Les élèves de la classe de terminale ont passé cette dure épreuve le jeudi 13 août 2020 au Burkina.

« A nous le FONER », s'extasiait une candidate admise juchée à l'arrière d'une moto. Elle se voit déjà bénéficiaire du Fonds national pour l'éducation et la recherche (FONER), l'aide que l'Etat octroie aux étudiants non boursiers. Ambiance de cette journée pleine d'émotion au lycée Bogodogo de Ouagadougou.

Avant d'arriver à notre destination finale, une scène de liesse de candidates admises au baccalauréat retient l'attention des usagers de la rue des Ecoles.

Le regard de tous est tourné vers une jeune fille et sa camarade sur une moto. Debout derrière l'engin, l'une d'elles lâche cette phrase plus d'une fois : « A nous le FONER ! » Et elles s'éclipsent.

Le décor est planté, nous avons une idée de ce qui nous attend au lycée Bogodogo de Ouagadougou. Sur les lieux, le calme, qui règne dans la cour pleine d'élèves, de parents d'élèves, de petits et grands frères de candidats ou d'amis est saisissant.

Pour tromper le stress, les aspirants au premier diplôme universitaire pianotent leur téléphone. Au moindre bruit, ils lèvent la tête. Ils sont impatients, mais redoutent à la fois la célèbre phrase : « Candidats, approchez ».

Le comportement d'un groupe de garçons nous tape à l'œil. Ils sont du lycée Horizon international et passent le Bac série C. Leur calme nous laisse sans mots. Après la composition, Junior Natama, en bon scientifique, est soucieux du contenu de sa copie d'anglais.

« Dans l'ensemble, je ne me plains pas. C'est seulement mon rendu en anglais qui m'inquiète », affirme l'élève de 18 ans.

Même si on dit que les bonnes notes en classe ne garantissent pas la réussite au Bac, il faut reconnaître quand même qu'au regard des résultats en classe les chances de réussite de certains candidats sont élevées.

Au premier trimestre, le jeune Natama a eu 11/20 de moyenne. L'année scolaire ayant été marquée par une longue pause de deux mois, due à la pandémie de covid 19, ils n'ont eu que deux moyennes. Et ses notes ne faisaient que grimper.

De 11/20, il est passé à 12/20.A côté de lui, son camarade de classe, Jean Baptiste Idani. Lui, il a eu 12/20 de moyenne aux deux trimestres. Idani, tout comme son condisciple, n'est pas bavard, ce qu'il n'a pas pu nous cacher, c'est sa sérénité. « Je suis confiant ».

Il est 11h. La pression commence à monter. Le doute gagne du terrain. Les élèves se posent mille et une questions. Ils se lancent même dans des comparaisons. « Nous sommes là depuis 9h, dans les autres établissements, les résultats ont été proclamés depuis 10h. On ne va tout de même pas nous dire que nous avons tous échoué !

Qu'est-ce qui se passe dans notre centre d'examen ? », entend-on dans les rangs.11h-45mn, les membres du jury se mettent en place pour la proclamation. C'est la bousculade dans la cour du « bigBog »devenue très étroite pour la circonstance.

Chacun veut se trouver une bonne place parce qu'il n'y a pas de micro, il faut tendre l'oreille. Dans cette course au positionnement, nous perdons de vue nos scientifiques. Les nouvelles technologies aidant, nous avons pris le soin de noter leurs contacts mobiles.

Allah n'a pas été oublié

« Les candidats dont les noms suivent sont déclarés définitivement admis au Baccalauréat, session 2020 », dit à haute voix une dame. Les choses sérieuses vont commencer.Chacun retient son souffle. Quelques secondes après cette phrase, les premiers admis sont connus.

Le brouhaha commence. Les uns se plaignent de ne rien entendre, les autres crient et sautent de joie. Le nom de notre voisin ne figure pas sur la liste des admis au premier tour. Il a espéré avoir une seconde chance. Mais ses espoirs seront vains.

Il ne passera pas le second tour le lundi 17 août. « C'est far. (Ndlr : dans le jargon des jeunes, c'est pour dire qu'il a échoué) », lâche-t-il, désespéré en prenant la route de la sortie de l'établissement.

Nous n'avons pas eu besoin de joindre les deux lycéens du lycée Horizon international. Nous nous sommes retrouvés par hasard au même endroit. Le calme de Junior Natama est inquiétant. Nous hésitons avant d'aller vers lui.

Le sourire de sa cousine à côté de lui nous donne du courage. C'est cette dernière même qui nous informera qu'il est admis. Comme quoi, la joie des proches à pareille circonstance est souvent plus prononcée que celle des premiers concernés. Nous osons maintenant lui poser cette question : « Quel mention ? ».

« Mention bien », répond-il. Même un sourire, il n'a pas laissé voir. Son ami Jean Baptiste Idani a le téléphone plaqué à l'oreille. Nous lui demandons si c'est bon. « Ce n'est pas bon », rétorque-t-il .Nous n'en revenons pas.

Son camarade nous apporte la bonne nouvelle. Junior Natama nous fait savoir qu'il est admis, mais que c'est la mention Assez bien qu'il a eue qui ne le satisfait pas.

Sans commentaire. Le jeune Natama, son Bac série C avec la mention Bien, compte à la rentrée faire des études de télécommunications. Il veut devenir ingénieur dans ce domaine. Quant à Idani, sa mention Assez bien a créé la zizanie dans sa tête. Il se garde de se prononcer sur le futur.

Pendant que nous échangeons avec les deux élèves, une scène coupe notre entretien. Un jeune homme, sac au dos, vêtu d'un boubou, se retire de la foule.

Il se prosterne, le front au sol. Abdoulaye Kiendrébeogo rendait ainsi grâce à Allah pour son succès au Bac C, mention Assez bien. Cet élève de 19 ans du lycée Bogodogo compte s'inscrire en médecine. Il espère être retenu dans cette faculté.

Plus de: L'Observateur Paalga

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