Ile Maurice: Marée noire - La route du fioul

Où vont les milliers de tonnes métriques d'hydrocarbures pompés du vraquier depuis le jeudi 6 août ? Presque une semaine après qu'une partie du fioul du vraquier a commencé à envahir le lagon, les opérations de pompage du reste devraient être terminées. Se pose maintenant la question du stockage de tout ce fioul, dont une partie est recyclée et l'autre enfouie notamment. Quels sont les risques pour l'environnement ?

Ce jour-là, rappelons-le, des brèches dans la coque du Wakashio ont été la source du déversement de fioul en mer. C'est à partir de cette catastrophe écologique que le pompage des hydrocarbures du vraquier, une propriété japonaise battant pavillon panaméen, a été activé.

Donc, au départ, le chef du gouvernement, en conférence de presse, a affirmé que le pays n'avait pas la capacité de stockage pour tout ce fioul. Par la suite, soit lundi, toujours face à la presse (NdlR, où reprécisons-le, l'express n'est pas convié), Pravind Jugnauth est revenu sur ses propos en déclarant que Taylor Smith a une capacité de stockage de 5 000 tonnes métriques, soit, plus que nécessaire, cette fois-ci.

L'express a donc approché Colin Taylor, Chief Executive Officer (CEO) de Taylor Smith, pour savoir notamment ce qu'il va advenir de ce fioul pompé avant d'être transporté au port à bord de barges comme Elise, Tresta Star, Gulf Star, ou encore en cubitainers par hélicoptère (ceux de Corail et de la police). Le CEO de Taylor Smith affirme avoir coordonné cette opération de pompage à travers la société «Oceanis Bunkering». «À 17 heures, hier, tout a été pompé. Samedi, c'était 530 tonnes métriques à travers la barge Elise, lundi, 560 tonnes métriques toujours par Elise et 1 000 tonnes par Indian Oil. Mardi, 430 tonnes métriques toujours par Indian Oil et hier mercredi, 300 tonnes métriques par Tristar.»

Colin Taylor se dit fier de son équipe, à savoir, une quinzaine de personnes, qui a accompli avec succès cette mission. «La deuxième étape, c'est de transporter tous les tanks à Port-Louis dans l'enceinte portuaire, près des installations de Taylor Smith.»

Le CEO indique que tout ce fioul est toujours la propriété de l'assureur du vraquier et qu'il fera une offre pour le racheter. Si son offre est acceptée, Taylor Smith enverra alors les hydrocarbures au recyclage chez trois entreprises spécialisées dans le domaine à Maurice pour être ensuite réutilisés.

D'autre part, il ne faut pas oublier que 1 000 tonnes métriques de fioul du Wakashio ont fini dans la mer, dans les mangroves, sur les plages et rochers le long du littoral sud-est. Cela, du site du naufrage à Pointe-d'Esny jusqu'à QuatreSoeurs en passant par Mahébourg, Rivière-des-Créoles, Vieux-Grand-Port, Bois-des-Amourettes, Anse-Jonchée, Bambous-Virieux, Pointe-du-Diable...

Sur ces différents sites, nous avons constaté que plusieurs opérateurs sont actifs dans la récupération de la marée noire. Parmi, la société grecque Polyeco et Virgin Oil qui a une raffinerie à Montagne-Blanche. Également présents sur le terrain à Mahébourg, Atics et Sotravic, qui devrait nous envoyer un communiqué.

À Bois-des Amourettes, les citernes de D. Seeven, qui opère dans le secteur du tout-à-l'égout, se relayent au quotidien pour le transport du mazout pompé de la mer. Vikash Dreepaul, chauffeur d'une de ces citernes que nous avons rencontré sur place, hier, s'est vu confier cette mission impromptue, vendredi. Hier, la citerne de son camion s'est remplie en trois heures. Il soutient que les opérations de transport du fioul pollué sont coordonnées par le ministère de l'Environnement. «Nous faisons un à deux voyages par jour. Comme c'est principalement une marée noire remplie de débris qui est pompée, la cargaison est transportée à Mare-Chicose.»

Megh Pillay : «correctement enfoui, le fioul pollué sera biodégradé dans trois à quatre ans»

Pour avoir dirigé la State Trading Corporation, qui importe des produits pétroliers, Megh Pillay en connaît un rayon dans ce domaine. Il affirme que, partant du principe qu'il ne faut rien gaspiller, les protocoles prévoient le recyclage des hydrocarbures récupérés pendant le nettoyage de la mer et du littoral. «Ces huiles lourdes sont des sous-produits du raffinage du pétrole et sont utilisées dans la marine car elles ne coûtent pas cher. Maintenant qu'elles sont mélangées à des débris, du sable et de la terre, elles pourraient toujours être utilisées comme source d'énergie, comme 'furnace oil' pour alimenter certains fourneaux. Reste à savoir si les moyens requis pour un tel recyclage ne dépassent pas sa valeur commerciale comparative à un moment où le cours du pétrole vacille très bas, entre 30 et 45 dollars le baril», fait-il valoir. Il ajoute qu'il est parfois préférable d'enterrer ces hydrocarbures profondément sur un lit de quelques mètres de déchets ménagers avec de la chaux dans des sites où il n'existe pas de risque de lessivage dans les nappes phréatiques. «lls y seront complètement biodégradés dans trois à quatre ans. Et les frais de l'exercice, y compris l'utilisation de ces lieux seront à la charge de l'armateur qui a déjà causé trop de mal pour qu'on se donne la peine de lui minimiser la casse.»

Ce qui est public sur Polyeco

Kostas Chatzatoglou. Retenez bien ce nom. Il est le «Country Manager» de Polyeco S. A, entreprise grecque installée à Maurice en janvier 2016, qui opère à La Chaumière, Bambous. Toujours selon les infos disponibles sur son site Internet, son président exécutif est Athanasios Polychronopoulos. En scrutant la base de données du «Registrar of Companies», il faut noter qu'aucun actionnaire n'est inscrit dans le fichier de Polyeco S. A. Le seul nom qui s'affiche est celui de Konstantinos Chatzatoglou comme l'agent autorisé. Autre constat : le chiffre d'affaires de l'entreprise est également absent du fichier en ligne, qui indique uniquement que le bilan financier pour l'année se clôturant au 31 décembre 2017 a été approuvé le 8 juin 2018. D'autre part, sur son site Internet, Polyeco écrit posséder de nombreuses années d'expérience, de spécialisation et de savoir-faire dans la gestion des déchets et qu'il développe un projet international sur la gestion des installations d'élimination de déchets dangereux à Maurice. L'on retient surtout qu'après deux projets de réhabilitation environnementale au pays, Polyeco a décroché en 2018, suivant un appel d'offres international, un méga contrat du gouvernement.

Le projet avec un budget d'environ 7 millions d'euros (Rs 330 millions environ) comprend l'organisation d'une installation de stockage de déchets dangereux et la création d'un laboratoire spécialisé dans le contrôle de la qualité pour l'analyse des déchets dangereux à Maurice, en coopération avec le ministère de l'Environnement avec la participation de nombreuses entreprises du monde entier. Les déchets dangereux seront analysés, collectés et reconditionnés dans des emballages dûment certifiés et exportés selon des normes de sécurité strictes vers des installations spécialement agréées en Europe pour y être gérés, traités et stockés dans des conditions de sécurité environnementale. Le 3 mai 2018, l'entreprise a organisé un atelier de sensibilisation en cas de marée noire, à l'intention de 25 représentants de diverses parties prenantes dont le personnel opérationnel des ports, des installations de manutention des produits pétroliers, le personnel offshore, les agences environnementales, des représentants de compagnies pétrolières et des garde-côtes, entre autres.

L'objectif de l'atelier était de les familiariser avec la planification préalable à une marée noire, le déploiement et l'utilisation des équipements pour les opérations de nettoyage de la marée noire et les procédures de santé et de sécurité. L'orateur au nom de Polyeco S.A. était M. Nikos Daskalakis, directeur du département de lutte contre les déversements d'hydrocarbures au niveau mon- dial. Sollicitée sur sa participation dans l'opération Wakashio, Polyeco, par le biais d'une représentante en Grèce, nous a fait savoir, avec toute sa bonne volonté, que les réponses à nos questions dépendent du client de l'entreprise.

Un médecin affirme avoir vu des équipements sur la plage dix heures avant l'échouement

C'est dans sa salle de consultation que les enquêteurs du Central Criminal Investigation Department ont recueilli le témoignage de ce médecin, le mercredi 12 août. Affirmant avoir appelé les garde-côtes dix heures avant l'échouement du MV Wakashio sur les récifs de Pointe-d'Esny, le Dr Kovila ArmoogumParsuramen a raconté avec détails ce qu'elle a vu le samedi 25 juillet, en présence de son avocat, Hisham Oozeer. «Je loue un campement tout près de la plage de Pointed'Esny et ce samedi-là, j'ai vu qu'il y avait un gilet de sauvetage, un petit canapé bleu utilisé dans des bateaux et une ceinture qui s'étaient échoués sur la plage. Du coup, j'ai appelé les gardecôtes de la région mais mon appel est resté sans réponse. J'ai dû contacter le quartier général», a-t-elle raconté à la police. Elle a précisé avoir gardé la ceinture au cas où elle serait accusée d'avoir donné une fausse alerte. «Je sais que les garde-côtes se sont rendus sur place par la suite et au bout de quelques minutes, les pièces à conviction avaient disparu», poursuit le Dr Armoogum-Parsuramen. Elle a toutefois remis la ceinture qu'elle avait en sa possession à la police. Son avocat pense que ces équipements échoués sur la plage proviendraient du vraquier MV Wakashio, qui s'est encastré sur les récifs une dizaine d'heures plus tard.

Pravind Jugnauth sur la BBC : naufrage, experts, météo et... covid-19

La vidéo a fait le buzz sur le net dès hier matin, la preuve en image (attention, humour). L'intervention de Pravind Jugnauth, interrogé par une journaliste de la BBC, provoque des remous. Tout comme le naufrage du «Wakashio», sujet sur lequel le Premier ministre a été interrogé. À la question de savoir ce qu'il répondait à ceux qui critiquent la gestion de la situation, il a répondu que le gouvernement s'en est remis aux «experts»... Il a également évoqué la météo et le Covid-19. Voyez plutôt sur lexpress.mu.

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