Ile Maurice: Reprise des écoles - Elèves et parents déboussolés pendant quatre jours

Les écoles situées sur la côte sudest et à proximité du vraquier ont repris aujourd'hui après avoir chômé quatre jours.

Qu'ont fait les élèves pendant tout ce temps ? Bien que certains enseignants aient essayé d'effectuer un suivi en ligne, très peu d'élèves y ont adhéré, faute de connectivité et de motivation. Alors que la rentrée scolaire s'attelait au rattrapage post-confinement, ce nouvel arrêt risque de perturber davantage les élèves et de bousculer le calendrier de leurs programmes d'études.

«Mo zanfan inn res lakaz mem. Lékol pann dir nanyé seki bizin avek fermtir. Mo garson so skolarité pou afekté», confiait, mardi, Mohamed, 32 ans. Son fils de cinq ans, en préprimaire à l'école de Rivière-des Créoles, était reconfiné à la maison depuis vendredi. Son épouse a essayé de l'encadrer. Mais la structure scolaire n'est pas la même. De plus, l'odeur liée au déversement de l'huile lourde par le navire était de plus en plus incommodante. Il pensait que la situation risquait de s'empirer si le MV Wakashio se scindait. «Lakantité délo inn vinn a ter ek ler bato-la kasé, pou anpiré».

Comme lui, d'autres parents ont été confrontés à ces problèmes face à la fermeture de 12 établissements du primaire et secondaire à Mahébourg, Vieux GrandPort, Bambous-Virieux, Bois des-Amourettes entre autres. À l'exemple de Giralda, 41 ans, qui a dû emmener son fils de sept ans, au travail et partout où elle allait. «Je ne pouvais pas le laisser seul à la maison. Cette odeur est si forte qu'elle donne des migraines. Les enseignants n'ont même pas eu le temps de préparer des devoirs pour les élèves durant la fermeture. Où que j'aille, je lui ai donné des petits travaux pour l'occuper», explique-t-elle. Quelques milliers d'élèves ont été concernés par cette situation. En effet, d'après Clive Anseline, chargé de communication du Service Diocésain de l'Éducation Catholique, les écoles de Notre Dame du Grand Pouvoir, Mahébourg RCA et Ste Cécile comprennent entre 650 à 700 élèves. Du côté du collège Hamilton, la population estudiantine s'élève à 1 200. Nous avons demandé les chiffres exacts ainsi que des déclarations au ministère de l'Éducation mais en vain.

Qu'est-t-il advenu des élèves repartis à la case maison ? Selon Munsoo Kurrimbaccus, enseignant au collège Hamilton, un mot d'ordre a été donné pour favoriser l'enseignement en ligne durant la fermeture. «Nous avons donné des devoirs aux étudiants par WhatsApp. Hélas, cette méthode a fonctionné pour certains d'entre eux uniquement. D'autres ne se sont même pas connectés.» Sur dix, seulement trois ont répondu positivement à ce mode alternatif. De plus, ces derniers n'ont pas envoyé leurs travaux en ligne mais les soumettront seulement aujourd'hui.

Basheer Taleb, président de la Fédération de l'Union des Managers des collèges privés, souligne que les responsables des établissements concernés n'ont pas reçu des directives pour les cours en ligne car la fermeture était temporaire. «Mais là, je pense que le ministère de l'Éducation aurait dû avoir fait une estimation pour déterminer combien de jours la fermeture allait durer, en consultant les experts, entre autres. Il aurait fallu mobiliser ces institutions pour l'online teaching même si la fermeture n'a du- ré que quatre jours.»

Au niveau des institutions scolaires du SeDEC dans le Sud, un encadrement à distance et bénévole a été assuré par les enseignants, confirme Clive Anseline. Cependant, les moyens ont fait défaut. «Tout le monde n'a pas les ressources pour communiquer avec les élèves et continuer les cours de rattrapage à la maison.» Effectivement, plusieurs familles sont dépourvues d'Inter- net. «La plupart des parents exercent comme pêcheurs ou travaillent dans l'hôtellerie. Avec le Covid-19 et le Wakashio, cela a engendré plus de pression.» Un constat partagé par Basheer Taleb en termes de difficultés de connectivité des enfants.

Cette fermeture survenue après des mois de confinement et d'un rattrapage accéléré avec la rentrée en juillet, ne va-t-elle pas rajouter au retard scolaire ? «Il y aura certainement une déstabilisation chez les enfants ; d'où la nécessité de faire un constat et de s'organiser en conséquence», estime Basheer Taleb. Clive Anseline abonde dans le même sens. «Certainement, cela se produira mais tout dépend de ce que les enfants ont fait entre-temps à la maison. Nous avons encouragé les parents à s'impliquer dans le suivi. Et avec le site du Mauritius Institute of Education ainsi que la plateforme du Shared Learning du SeDEC, ils ont eu la possibilité de continuer jusqu'à la reprise des classes.» Pour sa part, Annand Seewoosungkur, secrétaire de l'Association des maîtres d'école, soutient que la plu- part des élèves pourront se réadapter, ayant leurs livres de classe et ayant bénéficé d'un soutien parental durant la non-opération des établissements.

Néanmoins, certaines catégories estudiantines ont été davantage affectées par le risque de déscolarisation, avancent nos interlocuteurs. Selon Annand Seewoosungkur, les «slow learners», ainsi que les quelques élèves sujets à des difficultés d'apprentissage ont pu être plus vulnérables pendant la fermeture. Quant à Basheer Taleb, il mentionne surtout les classes supérieures à partir de Grade 10. «Les élèves les plus grands ont été pénalisés car, avec la reprise, on a commencé avec un nouveau programme et un nouvel élan avec les examens du second trimestre en tête. Ces jours chômés ont bousillé tout cela, d'autant qu'ils savaient que dans d'autres écoles, le travail se poursuivait.» D'après le secrétaire de l'Association des maîtres d'école, la proactivité chez les responsables d'établissements scolaires et les enseignants est impérative. «Il fallait établir un plan B surtout pour les élèves des Grades 4 à 6 qui prendront bientôt part aux examens. C'est important d'assurer la continuité.»

Plus de: L'Express

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