Cameroun: ARTs et culture - La création en berne

Salles de spectacle fermées, concerts, festivals et autres événements annulés... Le monde artistique subit durement les affres du coronavirus.

Six mois que la Culture est dans un état comateux. On se croirait presque dans « Equilibrium », où l'humanité était interdite d'aspiration artistique, bref de rêve et de divertissement. Sauf qu'à la différence de ce film tout droit sorti de l'imagination d'un scénariste hollywoodien, ce n'est pas un système rigide qui prive ses citoyens de cet élément essentiel à leur épanouissement.

Dans la vraie vie, le coronavirus règne en ennemi aussi invisible que redoutable. Le secteur des arts et de la culture en fait particulièrement les frais. Les espaces culturels, qu'il s'agisse des salles de spectacle et de cinéma, des instituts et centres culturels, des musées, des cabarets... tournent plus qu'au ralenti, quand ils ne sont pas complètement fermés. La dernière fois qu'on a entendu des décibels s'échapper d'une grande salle est en passe de devenir une date historique.

A Yaoundé par exemple, les Instituts français et allemand, tout comme le Centre culturel camerounais, le Laboratoire de théâtre OTHNI, les salles Canal Olympia et Sita Bella, ont été forcés de stopper toute activité, avant de repartir ces dernières semaines mais de manière modérée, accueillant pour certains des spectacles sobres, au public restreint pour le respect des mesures barrières, ou en balançant la diffusion de ces événements en ligne. A Canal Olympia Douala Bessengue, les projections ont repris entre fin juin et début juillet.

« Toutes nos salles ont fermé aussi bien en France qu'au Cameroun, comme dans les autres pays africains où nous sommes installés. Ce n'est que récemment qu'on a rouvert à Douala, dans des conditions drastiques de distanciation sociale. A Yaoundé, la reprise ne saurait tarder, dès la fin des travaux effectués », signale un responsable de Canal Olympia. Comme tous les musées de la capitale, la Blackitude a également mis un coup de frein. Son espace réservé aux expositions et autres shows de spectacle vivant, a servi pour accueillir la résidence d'un groupe de danseurs en préparation de son spectacle.

Les festivals ont également essuyé la vague brûlante du coronavirus. Les mois de juin, juillet et août, traditionnellement affectés à ce type de manifestations, semblent bien calmes. Les Ecrans Noirs, l'un des événements les plus prestigieux du 7e art en Afrique, et sa montée des marches tant courues, ont été reportés en octobre-novembre prochain, au lieu de se tenir en juillet comme de coutume. Si les espaces et lieux d'expression artistique sont handicapés, les principaux acteurs du domaine sont particulièrement à plaindre.

Parlant des artistes, nombre d'entre eux ont dû annuler leurs représentations nationales et internationales. Ce n'est pas Lady Ponce qui va nous démentir. La star du bikutsi et les organisateurs de son spectacle prévu à l'Olympia le 12 avril 2020, ont été contraints de le reprogrammer l'année prochaine. Et elle n'est pas la seule à devoir se résigner face à la dure réalité des frontières fermées, des vols annulés et des déplacements impossibles. Une situation compliquée, surtout financièrement, pour ces hommes et femmes vivant de l'art.

Pas de spectacles, pas de travail, pas de rentrées pécuniaires. Alors chez les artistes, on se réorganise. Nombre d'entre eux ont mis à profit cette période pour se recentrer, et faire exploser leurs idées, en misant sur ce qu'on pourrait appeler des retraites artistiques. Fleury Ngamele, artiste plasticien et promoteur de l'espace culturel « Metamorphosis » situé au quartier Kondengui à Yaoundé, confie que la chanteuse Danielle Eog y a passé deux mois de résidence de création. Au final, on se rassure en se disant peut-être que le coronavirus a un double effet sur la culture : un côté pile dévastateur et une face utile, imposant le repos, la réflexion, la création. Quoiqu'il en soit, la culture a sévèrement été frappée et continue de l'être par la Covid-19. Il tarde aux artistes et aux consommateurs de leurs créations, de retrouver leur vie d'avant.

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