Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS au point de presse sur la Covid-19 - 13 août 2020

Bonjour, bon après-midi et bonsoir.

Six mois se sont maintenant écoulés depuis que l'OMS a déclaré que l'épidémie de COVID-19 était une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), notre plus haut niveau d'alerte.

À l'époque, le 30 janvier, on dénombrait seulement 100 cas en dehors de la Chine et aucun décès n'avait été enregistré.

Depuis, le nombre de cas a augmenté de façon exponentielle et chaque pays du monde a été touché.

Le fonctionnement des services de santé essentiels a été gravement perturbé et la pandémie a eu de profondes répercussions en matière politique et économique et sur la vie quotidienne des gens.

Tout le monde se pose la question : comment revenir à une situation « normale » ?

Aujourd'hui, je voudrais parler non pas des moyens de revenir en arrière, mais plutôt de la façon d'aller de l'avant.

Or, la meilleure façon d'aller de l'avant, c'est d'avancer ensemble.

Début janvier, aux prémices de l'épidémie, l'OMS a activé ses réseaux techniques mondiaux pour recueillir toutes les informations disponibles sur ce virus.

Dans la première quinzaine de janvier, le génome du virus à l'origine de la COVID-19 a été cartographié en Chine et mis à disposition de l'ensemble des pays du monde et le premier protocole de test PCR a été mis en ligne sur le site Web de l'OMS.

Cela a permis de mettre au point les premiers produits de diagnostic et de lancer la recherche vaccinale ; peu après, des millions de tests, d'EPI et de fournitures étaient acheminés à travers le monde.

Puis, en février, nous avons organisé une réunion sur le schéma directeur OMS en matière de recherche-développement, ce qui a permis à des scientifiques et des chercheurs du monde entier de se réunir pour déterminer les priorités de la recherche.

Un document d'orientation a été établi sur la mise au point et la distribution équitable des produits de diagnostic, des traitements et des vaccins.

En février et en mars également, de nombreux pays ont montré qu'il n'est jamais trop tard pour supprimer la COVID-19 en se fondant sur une approche complète.

Cette approche englobe la détection active des cas et l'isolement, la recherche des contacts et la quarantaine, et un dépistage et des soins cliniques appropriés.

Cela a clairement illustré qu'il est possible de briser les chaînes de transmission en associant plusieurs techniques traditionnelles de santé publique.

À mesure que la pandémie gagnait du terrain, les pays ont dû unir leurs efforts comme jamais auparavant pour mettre au point de nouveaux vaccins, produits de diagnostic et traitements et préparer le terrain afin de garantir qu'ils bénéficient à tous, partout.

Et puis en avril, l'OMS a réuni les dirigeants mondiaux et lancé le Dispositif pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19, l'Accélérateur ACT.

En seulement trois mois, l'Accélérateur ACT a déjà produit des résultats.

Faisons le point sur la situation actuelle.

Le portefeuille COVAX comprend déjà neuf vaccins candidats actuellement en phase 2 ou 3 et il est en constante expansion, alors même qu'il est le plus vaste au monde.

Des pays représentant près de 70 % de la population mondiale ont rejoint le Mécanisme COVAX pour un accès mondial aux vaccins ou ont fait part de leur intérêt pour le faire.

Concernant les traitements, le premier médicament éprouvé contre les formes graves de COVID-19, la dexaméthasone, a été annoncé en juin, grâce à l'appui du volet pour l'accélération des traitements, et son utilisation est en train d'être généralisée.

Concernant les produits de diagnostic, plus de 50 tests sont en cours d'évaluation et de nouvelles données voient le jour sur les tests de détection rapide des antigènes, un outil qui pourrait changer la donne.

L'Accélérateur ACT est le seul cadre mondial pour garantir une allocation juste et équitable des outils de lutte contre la COVID-19.

Mais il doit être financé si l'on veut qu'il porte ses fruits.

D'après le FMI, la pandémie coûte chaque mois 375 milliards USD à l'économie mondiale et les pertes cumulées pour celle-ci devraient atteindre plus de 12 000 milliards USD sur deux ans.

Le monde a d'ores et déjà dépensé des milliers de milliards de dollars pour gérer les conséquences à court terme de la pandémie.

À eux seuls, les pays du G20 ont mobilisé plus de 10 000 milliards USD en mesures de relance budgétaire pour traiter et atténuer les conséquences de la pandémie.

Ce montant est déjà plus de 3,5 fois supérieur aux sommes réunies au niveau mondial pour l'ensemble des mesures prises face à la crise financière mondiale.

Au premier abord, l'Accélérateur ACT est simplement une initiative de recherche-développement ; mais en réalité, c'est le meilleur plan de relance économique dans lequel le monde peut investir.

Le coût du financement de l'Accélérateur ACT ne représente qu'une petite partie des plans de relance budgétaires qu'il faudrait continuer de mettre en œuvre si les économies continuaient de se contracter.

Avant de devoir dépenser encore 10 000 milliards USD pour faire face aux conséquences de la prochaine vague, nous estimons que le monde devra consacrer au moins 100 milliards USD aux nouveaux outils, en particulier pour la mise au point de nouveaux vaccins.

Il va tout d'abord falloir mobiliser immédiatement 31,3 milliards de dollars pour l'Accélérateur ACT.

L'Accélérateur ACT est la seule initiative mondiale déjà opérationnelle qui réunit toutes les capacités mondiales en matière de R-D, de fabrication, de réglementation, d'achat et d'approvisionnement, pour l'ensemble des outils nécessaires afin de mettre un terme à la pandémie.

Choisir des gagnants est un pari coûteux et risqué.

L'Accélérateur ACT permet aux gouvernements de mutualiser les risques et de partager les fruits de l'action.

En particulier, la mise au point des vaccins est un processus long, complexe, risqué et coûteux.

La grande majorité d'entre eux ne dépassent pas les premières étapes de développement.

Or, le monde a besoin de plusieurs vaccins candidats de différents types pour optimiser les chances d'en trouver un qui fonctionne.

Quand on aura trouvé un vaccin efficace, la demande sera supérieure à l'offre.

Cet excédent de demande et la concurrence pour l'accès aux sources d'approvisionnement engendre d'ores et déjà un nationalisme vaccinal et des risques de gonflement des prix.

C'est là un type de défaillance du marché que seuls la solidarité mondiale, l'investissement public et la mobilisation peuvent corriger.

Cependant, l'aide au développement traditionnelle ne suffira pas à combler le déficit de financement de l'Accélérateur ACT.

La meilleure solution pour chacun est d'y associer des financements complémentaires issus des plans de relance.

Ce financement mixte est le meilleur choix qui s'offre à nous aujourd'hui car c'est le moyen le plus rapide de mettre un terme à la pandémie et de favoriser une reprise mondiale dynamique.

Nous vivons dans une économie mondialisée et les pays dépendent les uns des autres pour les biens et les services, le transport et l'approvisionnement.

Si nous ne nous débarrassons pas du virus partout où il peut être, nous ne pourrons reconstruire les économies nulle part.

Le véritable atout de l'Accélérateur ACT et des activités qui s'y rapportent est que les investissements de relance et le déploiement coordonné à l'échelle mondiale de nouveaux vaccins, tests de dépistage et traitements auraient un effet multiplicateur majeur sur nos économies.

Plus vite nous enrayerons la pandémie, plus vite nous pourrons assurer un redressement réel de secteurs internationaux interdépendants tels que les voyages, le commerce et le tourisme.

Il y a de l'espoir.

Si nous déployons les outils dont nous disposons aujourd'hui et si nous investissons collectivement dans de nouveaux outils grâce à l'Accélérateur ACT, nous pourrons sortir de cette pandémie.

Ensemble ! Ensemble ! Ensemble dans la solidarité.

Ces deux dernières années, en collaboration avec le gouvernement de la République démocratique du Congo, les populations, les agents de santé et les partenaires locaux et internationaux, nous avons vaincu ensemble l'une des épidémies de maladie à virus Ebola les plus graves que le monde n'ait jamais connu.

Cependant, alors même que sévit la COVID-19, la flambée dans la province de l'Équateur suit une évolution inquiétante.

À ce jour, 86 cas de maladie à virus Ebola y ont été dénombrés.

Le pays, le gouvernement et les partenaires rencontrent des difficultés logistiques majeures pour mener des enquêtes rapides et mettre en place des moyens de riposte dans les zones très isolées et difficiles d'accès.

L'épidémie s'est propagée dans un très vaste espace : on trouve des cas dans des zones distantes de plus de 250 kilomètres et nombre de régions ne sont accessibles que par hélicoptère ou bateau.

En ce moment même, environ 100 membres du personnel de l'OMS sont présents sur le terrain où ils travaillent avec le Ministère de la santé, des organismes des Nations Unies, des ONG et les communautés.

Nous avons immédiatement débloqué 2,5 millions USD du Fonds de réserve OMS pour les situations d'urgence et de notre fonds régional d'action d'urgence pour soutenir les premières activités de riposte.

Pour endiguer l'épidémie et y mettre un terme, l'OMS et ses partenaires ont besoin de fonds supplémentaires.

Nous travaillons actuellement avec les provinces alentour et les pays voisins pour renforcer la préparation, comme nous l'avons fait lors de la précédente épidémie d'Ebola dans l'est de la RDC.

Comme l'expérience nous l'a montré, ce n'est pas seulement la sécurité sanitaire de certains pays qui est en jeu, mais bien la sécurité sanitaire mondiale.

Que soit pour la COVID-19, pour la maladie à virus Ebola ou pour d'autres épidémies à fort impact, nous devons être prêts, en état l'alerte maximale, si nous voulons pouvoir riposter rapidement.

Et le meilleur moyen d'augmenter nos chances de succès est bien toujours d'agir ensemble.

Je vous remercie.

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