Madagascar: Civilisation - Tombouctou, la Ville aux 333 Saints

En ouvrant sa chronique hebdomadaire sur « Tombouctou la ville aux 333 Saints », Tom Andriamanoro veut deux choses. D'abord prouver que le Savoir et la Culture ne vont jamais à sens unique, du Nord au Sud. Ensuite présenter cette immense ville du Mali, appelée également « Perle Noire du désert », construite tout en terre.

PARTOUT où elle s'est implantée, la colonisation s'est toujours drapée dans une mission civilisatrice. Le 24 avril 1897, lors de l'inauguration de l'école Le Myre de Vilers dans la grande salle du rez-de-chaussée de Manjakamiadana, le général Gallieni fut accueilli par cette envolée dithyrambique : « Ce palais, qui incarnait autrefois la puissance d'un seul, éveillera désormais l'idée d'une autre puissance : celle de la Science qui répandra ses bienfaits sur tout le pays. Ceux qui verront de loin la masse imposante du Rova n'y verront plus le symbole d'une force mystérieuse et terrible, mais celui de la diffusion des lumières.»

N'en déplaise aux maquignons de l'Histoire, le Savoir et la Culture n'ont jamais été à sens unique, celui du Nord vers le Sud. Un seul exemple suffirait pour les contredire, celui de Tombouctou, dans la boucle formée par le fleuve Niger et surnommée « la bosse du chameau ». Idéalement située entre l'Afrique saharienne arabo-berbère et l'Afrique noire, Tombouctou connut un remarquable développement au XIVe siècle sous le roi Kanga Moussa, très riche grâce au commerce du sel et de l'or, mais aussi très pieux. Il fut à l'origine de la construction de la plus grande mosquée de la ville mythique, celle de Djinngiereber qui comporte vingt cinq lignes de piliers et peut accueillir dix mille fidèles. La tradition rapporte que l'architecte aurait reçu cent kilos d'or pour son travail...

Après avoir été dominée par les Touaregs, la ville se plaça sous la protection de l'empire Songhaï dans l'actuel Mali, et multiplia les échanges marchands au point de regorger au XVe siècle d'articles de luxe provenant de villes comme Venise, ou d'Orient. En Europe en pleine Renaissance, on parlait de Tombouctou comme de la « Perle noire du désert ». La richesse de la région fascinait les Européens grâce aux récits des grands voyageurs, comme le Marocain Ibn Battuta qui n'était pas avare de détails pour décrire la magnificence de la salle d'audience du roi. Un autre nom est indissociable de la renommée de Tombouctou, celui de Léon l'Africain.

Né dans une famille musulmane de Grenade en Andalousie en 1488, il dut quitter cette ville peu avant sa prise par les chrétiens. Réfugié au Maroc, il aurait accompagné son oncle lors d'une mission diplomatique auprès du roi du Songhaï. Capturé par des pirates siciliens au retour d'un pèlerinage à la Mecque, il fut livré au Pape Léon X qui apprécia son intelligence et le baptisa de son nom. On lui doit une description de l'Afrique qu'il a pu connaître, ainsi que la première évocation de Tombouctou qu'il présente comme une ville interdite aux chrétiens.

Kanga Moussa ne se contenta pas d'étaler sa richesse. Il se constitua une véritable cour d'érudits et de savants qu'il installa à Tombouctou. Sa politique de mécénat fut poursuivie par ses successeurs. Les savants maures chassés d'Espagne par les chrétiens, ainsi que les intellectuels marocains vinrent s'installer dans la boucle du Niger, alors que les échanges se multipliaient avec les grandes universités, comme celle du Caire ou de Damas. Devenu un Centre reconnu du savoir, Tombouctou vit le nombre de ses écoles se multiplier, au point d'accueillir près de vingt mille étudiants pour une population de quatre vingt mille habitants. L'enseignement, en langue arabe, portait en premier lieu sur les textes religieux sans pour autant faire l'impasse sur la littérature, la linguistique, la philosophie grecque, ou le droit. La médecine était aussi en bonne place, avec des incursions dans des domaines aussi délicats que la chirurgie des yeux.

Parmi les plus précieux trésors de Tombouctou figurent les manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle. Véritables mines de connaissance et de chefs-d'œuvre de calligraphie, ils se chiffrent par milliers et sont conservés dans un Centre de documentation et de recherche fondé en 1979. Tombouctou a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco en 1988. La décision d'en faire un patrimoine en péril fut perçue comme un affront et un défi par les Islamistes, lesquels entreprirent en 2012 de raser les monuments de la ville, et de détruire les manuscrits en prétextant de leur caractère « idolâtre et polythéiste » (sic). La catastrophe put être circonscrite, mais le mal était fait.

Tombouctou est une ville construite exclusivement en terre, selon la technique de l'adobe qui utilise des briques moulées et séchées, agencées autour de poutres. Les monuments sont, de ce fait, fragiles et doivent être consolidés à périodes régulières. Après avoir été un haut-lieu de l'érudition pendant des siècles, Tombouctou vit aujourd'hui du tourisme.

Plus de: L'Express de Madagascar

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