Ile Maurice: Naufrage du «MV Wakashio» / Vinod Ramdonee - «Faites votre travail et laissez-nous faire le nôtre»

À 13h, hier, son live sur Facebook avait reçu 150 000 vues. Un live où cet homme de 26 ans a déversé sa colère à la suite d'un cumul de plusieurs incidents liés au fait que des politiciens font une apparition éclair sur la côte sud-est, polluée par la fuite de fioul émanant du MV Wakashio, et font, estime-t-il, de la politique sur le dos de ceux qui se dévouent corps et âme pour enlever les dépôts d'hydrocarbures et d'huile lourde qui souillent désormais les plages de cette partie de l'île. Rencontre avec un jeune qui n'hésite pas à livrer le fond de sa pensée.

Il s'appelle Vinod Ramdonee et habite Vieux Grand-Port. S'il détient un diplôme en Graphic design ou s'il s'est spécialisé en cuisine italienne, c'est la fabrication d'instruments de musique qui le passionne, et il en a fait son métier. Il confie qu'il va souvent en montagne et nettoie là où les promeneurs ont laissé derrière eux des déchets. C'est dans ce même esprit que depuis jeudi dernier, il a rejoint les membres des organisations non-gouvernementales (ONG) et les autres volontaires qui s'escriment à contenir l'invasion du fioul dans le lagon du sud-est. Après Mahébourg, Vinod Ramdonee a regagné son village de Boisdes-Amourettes pour continuer son action de nettoyage comme un bon citoyen et patriote qu'il estime être. «Les autorités y étaient, mais il n'y avait pas beaucoup de volontaires. De lwil ti pe desann. J'ai travaillé main dans la main avec les autorités, et je leur ai fourni des équipements que nous donnaient les ONG, car ils n'en avaient pas. Ce sont des humains, on ne pouvait pas les laisser être en contact avec ces produits pétroliers sans aucune protection. Le gouvernement aurait dû leur fournir des équipements», dit-il, agacé.

«... Nou pa bann saritab»

Puis, il y a eu des députés, qui sont venus leur offrir du pain. Un geste qu'il a accueilli favorablement, certes, mais Vinod Ramdonee déplore la façon dont cette distribution de pains s'est faite. Car, ces députés voulaient se faire photographier avec les volontaires à qui ils offraient à manger. «C'est écœurant qu'ils fassent cela pour soigner leur image. Nou pa bann saritab», déplore-t-il. Et d'ajouter que c'est à partir de là qu'une colère l'a animé.

Il y a ensuite eu l'épisode où leur demande d'aide aux autorités a été refusée. «On avait besoin d'argent pour approvisionner les bateaux en carburant et nous rendre en mer. Mais les autorités ont fait la sourde oreille. J'ai dû mettre la main à la poche. Enn syndik osi inn donn nou larzan», raconte-il. Pendant ce temps, alors que le Premier ministre (PM), Pravind Jugnauth, ne cessait de mettre en avant les conseils «des experts», «ce sont les skippers, qui nous ont indiqué où placer les booms».

Le jour de la visite du chef du gouvernement à Bois-des-Amourettes, soit jeudi, Vinod Ramdonee affirme que des pêcheurs ont débarqué sur les lieux alors que les jours d'avant, ils avaient brillé par leur absence et que leur aide à ce moment-là, n'aurait pas été de trop.

Face à ces jours où le gouvernement ne prenait aucune action ou ne le faisait qu'à demi, il voulait installer un panneau portant le message suivant: «I love my country, I'm ashamed of my government.» Sauf qu'il n'a pas eu le temps de le faire. Et le jour où il a réussi à l'installer, c'était le jour de la visite du Premier ministre dans son village. Et comme, il le raconte dans sa vidéo, il a été menacé et a même failli être giflé. «On fait arrêter tout le travail de nettoyage rien que pour qu'une personne visite les lieux. Il aurait été préférable qu'il reste chez lui et qu'il nous laisse faire le travail. Depuis le début, les politiciens sont en train de cultiver la haine des gens», estime Vinod Ramdonee. Suite aux échanges acrimonieux avec «les hommes de Pravind Jugnauth», il a préféré quitter les lieux avant l'arrivée du principal concerné. «J'allais lui dire ses quatre vérités, voire le maltraiter. Mo ti sofe. C'est incompréhensible que ses hommes se soient comportés ainsi avec moi. De retour à la maison, je me suis calmé et j'ai fait ce live», relate-il.

Vinod Ramdonee confie qu'il n'a pas de couleur politique. «Je vais voter à l'occasion des élections car c'est mon droit civique. C'est tout», affirme-t-il. Il ajoute qu'il est une personne de nature calme et «ki kontan res dans so kwin.» Il dit ne pas s'être attardé sur les commentaires postés à la suite de la mise en ligne de sa vidéo sur sa page Facebook. Par contre, il dit avoir reçu plusieurs appels de la part de personnalités évoluant dans les milieux politiques, sociaux et légaux, ainsi que «des révolutionnaires». On lui a dit qu'il risque de se faire arrêter pour ce live. «Si li arrive, li arrive. Tout ce que je veux dire aux autorités c'est 'faites votre travail et laissez-nous faire le nôtre'. Cela aurait été l'idéal», souligne-t-il.

Plus de: L'Express

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