Sénégal: Myrène, chanteuse - «Je suis une artiste atypique»

16 Août 2020
interview

Myrène, artiste chanteuse sénégalo-française établie au Canada, nous confie le parcours et les lignes de sa carrière musicale. C'est l'histoire d'une jeune femme talentueuse, faite de plusieurs bois, forgées autant par ses parents et ses identités que par son cursus académique et ses aptitudes professionnelles.

Au-delà de l'artiste, vous êtes un personnage de pluralité : Sénégalo-française vivant au Canada, bilingue, professionnelle de la communication. Que vous apporte cette diversité dans votre art ?

Cette diversité culturelle dans laquelle j'évolue me rend très ouverte au monde de façon générale et est à l'image de mon ouverture d'esprit.

Dans mes échanges personnels, professionnels et musicaux, l'habitude de naviguer entre plusieurs cultures me permet de facilement collaborer avec les autres, peu importe leurs origines.

Je pense que plus on côtoie de cultures, plus il est facile de comprendre les autres. Par ailleurs, autant je suis très fière de mes origines, autant j'adore la diversité culturelle. Je trouve la monotonie culturelle très ennuyeuse.

Musicalement, cette pluralité me permet de m'exprimer à l'aise en plusieurs langues et plusieurs genres musicaux. J'adore autant les sonorités afro que le R&B, le hip hop, le rap, la trap music, et j'apprécie énormément les sonorités caribéennes.

Mon master en Communication et Marketing est un énorme atout qui fait de moi une artiste plutôt atypique.

Sans vouloir me vanter, depuis que j'ai décidé de faire de la musique, sérieusement, il y a plus d'un an, cette aptitude me donne une longueur d'avance que peu d'artistes indépendants ont, au stade auquel je suis.

Mon manager Amadou Seck et d'autres collaborateurs me disent souvent qu'il est facile de travailler avec moi car ma compréhension de nos activités en tant qu'équipe va au-delà de la musique. Cela nous fait avancer vite et bien.

De nos jours, la musique reste une activité qui requiert une formation si on souhaite se professionnaliser, et faire cela à temps plein. Le temps où les artistes, pour développer leur carrière, devaient se contenter de chanter, est révolu.

Se former au métier est indispensable. Peu importe l'équipe avec laquelle vous travaillez, l'expertise qui vous permet de comprendre le milieu et vos interlocuteurs, vous l'aurez toujours, et ne dépendrez de personne pour gérer certaines choses.

Comment se traduit la tradition sénégalaise, votre culture manjaque particulièrement, dans votre musique ?

La tradition sénégalaise et manjaque est toujours présente. Même quand la musique n'est pas typiquement sénégalaise ou manjaque, elle est facilement remarquable.

Dans mon dernier single «Est-ce que tu as mangé ?», bien que les sonorités soient plus afro que sénégalaises, il est évident que mon texte représente notre culture puisque je parle de thieb, de yassa, de mafé...

D'après les messages que j'ai reçus, cela a poussé des personnes à faire des recherches sur notre culture culinaire. Ça a été un grand plaisir.

Au-delà, le clip est réalisé à Dakar par Daty Niang, un réalisateur sénégalais qui a parfaitement su mettre en scène notre culture. Il est aussi très facile de voir que je suis une Sénégalaise typique, bien que je vive à l'extérieur. J'intègre toujours des symboles de chez nous dans mon image et dans ma musique.

Dans le clip «Mr Tombola», je chante en français. Il n'y a aucune sonorité sénégalaise dans la chanson, mais vous me voyez aux côtés d'un Baye Fall toute la durée de la chanson.

C'est un clin d'œil à mes origines, et les auditeurs non sénégalais sont aussi sensibles à ces symboles. C'est extrêmement important pour moi de mettre ma musique au service de mes racines et de mon pays.

Dans une autre chanson «Reign», qui est dans le genre trap music, d'un point de vue visuel, rien ne montre que je suis sénégalaise, mais j'ai inséré quelques mots en manjaque et wolof dans la chanson. Il faut toujours se rappeler d'où on vient, pour savoir où on va et pour aller plus loin.

Une fois qu'on est dans cet état d'esprit, plus on explore de chemins, mieux c'est. Peu importe le pays où je serai et le style que je m'emploierai, on trouvera toujours des symboles représentant mes racines. C'est mon identité intrinsèque.

Que vous évoque les Kilimanjaro Music Awards ?

Les Kilimandjaro Music Awards ont véritablement lancé ma carrière telle que vous la connaissez aujourd'hui. J'ai remporté deux belles victoires qui m'ont non seulement révélée au public canadien, mais aussi au public sénégalais.

Cela m'a surtout montré l'amour d'un public sénégalais qui soutient ses artistes peu importe le pays où ils se trouvent. Ça fait très chaud au cœur.

Les Sénégalais qui ont été informés de la campagne des Kilimandjaro Music Awards ont particulièrement voté en masse pour me permettre de remporter le trophée de la Meilleure chanson afro urbaine en 2019, bien que les autres communautés au Canada, en France et dans d'autres pays d'Afrique m'aient beaucoup soutenue.

Vous n'imaginez même pas, après ma dernière victoire en novembre 2019, ce que cela fait de rentrer au Sénégal avec un beau trophée quelques semaines après.

Voir de grands médias te féliciter et te dire que par cette victoire, je suis devenue une ambassadrice du Sénégal au Canada et fais la fierté du pays, c'est génial. Rien ne vaut l'amour et la reconnaissance de ton pays d'origine.

Vous avez une musique très chromatique. Votre expression artistique est également particulière. D'où tenez-vous toutes ces influences ?

Niveau style musical, je suis influencée par les différents styles de musique africaine qui ont bercés mon enfance et par la culture afro-américaine.

Mon expression artistique n'est qu'en réalité une expression de ma personnalité et de la personne que je suis.

Pour le sourire, c'est très simple. Les personnes qui me connaissent savent que je suis de nature joyeuse. Ce sont aussi les gènes peut-être.

Mon défunt père, M. Albert Gomis, a toujours eu le rire et le sourire très facile. Il en était même marquant. La corrélation est évidente.

Pour l'aisance aussi, honnêtement, mes parents sont les personnes les plus confiantes que je connaisse. Ce sont des modèles et cela a forcément son effet de façon générale.

Aussi, il ne faut aussi pas oublier que certes, je suis sérieusement lancée dans ma carrière solo depuis 2019, mais la musique est vraiment une seconde nature pour moi.

À peine 20 ans, j'avais déjà une centaine de scènes à mon actif avec Diva, le groupe féminin de soul R&B avec lequel j'ai fait mes débuts en France.

Notre formation et notre management étaient très exigeants ; ça donne des repères qui te permettent de plus faire facilement certaines choses à vie.

Pour le style vestimentaire, ma mère a toujours été une «Drama queen» lorsqu'il s'agit de style vestimentaire (Rires).

Elle m'a toujours encouragée à avoir un style vestimentaire particulier et expressif, aligné à ma personnalité. Aujourd'hui encore, c'est elle, la meilleure styliste, qui me coache. Merci à elle.

Je me rappelle, je n'avais même pas 15 ans, ma fratrie et moi avions, tour à tour, droit à une belle partie de son humble salaire pour acheter un billet pour Paris, et choisir les habits que l'on voulait, sans aucune supervision de sa part.

Par contre, gare à toi si tu revenais avec une chose qui ne t'allait pas (rires). Forcément, avoir si jeune la possibilité d'expérimenter les styles que tu veux, ça aide, surtout lorsque tu es artiste.

Elle n'avait pas plus les moyens qu'une autre personne, mais c'était sa façon de nous apprendre à quel point la présentation n'était pas à négliger.

Pour la chorégraphie, je travaille avec Tiken, l'un des meilleurs chorégraphes et directeur artistique dans le milieu de la musique caribéenne.

Il est très difficile de se rater avec lui. C'est un génie. Son coaching est extrêmement efficace, il pourrait même faire danser des pommes et des oranges sur scène, on y verrait que du feu (Rires). C'est un magicien.

Comment avez-vous atterri au Canada ? Ce pays est pour vous un terminus ou juste une étape avant une conquête sénégalaise ?

C'était clairement une étape nécessaire car c'est ici que ma carrière a décollé, mais la conquête sénégalaise est belle est bien à l'ordre du jour. Je pense que je garderai toujours des attaches au Canada, c'est vraiment un pays génial.

Mais habituez-vous à bientôt me voir partout au Sénégal, tout le temps, à chaque coin de rue (Rires). Il y a 12 mois dans l'année, je passerai clairement, prochainement, plusieurs mois consécutifs au Sénégal par an. C'est au Sénégal, certainement, que je voudrais finir mes jours.

Quels sont vos projets artistiques et vos activités ?

Dès septembre, je serai de retour en France pour tourner mon prochain clip, si Dieu le veut. J'ai la sortie de mes prochains singles qui vont s’enchaîner à partir de la rentrée.

J'assure une grosse première partie, celle de Kizz Daniel, en Gambie, le 11 octobre 2020. Et je serai au Sénégal dès fin septembre pour assurer ma promotion et me ressourcer.

Plus de: Le Soleil

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