Tunisie: «Le nom du père » de Marwa Manai au Théâtre de plein air de Hammamet - Récit d'une bouleversante descente aux abîmes

17 Août 2020

«Le nom du père » est une pièce traversée par des émotions terriblement douloureuses et qui décrit avec une esthétique épurée la souffrance de l'humanité, confrontée à l'absurde qui n'en finit pas de la surprendre à chaque détour de son histoire.

C'est avec le théâtre et plus précisément avec une production du Théâtre national tunisien que Sahriyet été 2020 à Hammamet se poursuivent dans la convivialité et la joie des retrouvailles culturelles en offrant à leur public des créations récentes et de qualité artistique remarquable. Au programme du samedi 5 août 2020, « Le nom du père », une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Marwa Manai et interprétée par Mariem Ben Youssef, Zeineb Henchiri, Med Adib El Hamdi, Med Slim Dhib et Abdelhamid Naouara.

«Le nom du père» est un huis clos frôlant l'absurdité beckettienne avec des personnages énigmatiques balayés par des émotions intenses, oscillant entre les désirs les plus absolus et leur impuissance à changer leur vécu, tributaire du hasard et de circonstances dont ils ne détiennent pas les clés du changement.

On est loin de Godot, mais pas loin de son univers d'absurdité, avec au centre un flot de questionnements sur l'existence humaine et le devenir toujours incertain de l'Homme. Sur une scène quasi obscure, au centre de laquelle trône une table circulaire, des personnages obscurs, malgré le semblant d'affection qu'ils éprouvent lors de leur rencontre, se lancent dans une confrontation irrésistible, sans raisons palpables, se déchirent, se fracassent, se repoussent, dans une dynamique croissante du début jusqu'à la fin de leurs retrouvailles.

Il est question de pouvoir, celui du père évidement, mais aussi le Pouvoir absolu incarné par l'absente présence d'un ordre profondément ancré dans le subconscient de chacun d'entre eux. « Le nom du père » est une descente dans les abymes toujours obscurs de la condition humaine, frêle et précaire, malmenée par la peur, les désirs et les désenchantements.

Cette pièce est un livre ouvert, un palimpseste où les traces du passé sont rebelles et s'obstinent à ne jamais disparaître pour libérer des personnages aveuglés par la vie. En procédant à l'autopsie d'une famille, cette pièce invite à une réflexion profonde sur l'Homme, toujours incapable de s'interroger sur lui-même dans une dynamique d'introspection, incapable d'aller vers l'Autre, pour s'affranchir de lui-même et de ses chimères. Elle est aussi une tentative de réflexion sociale plus élargie avec, comme thématique centrale, l'ordre et le pouvoir représentés dans cette pièce par le père présent-absent et qui se révèle, après son départ, une personne imparfaite dès lors qu'il a gardé, de son vivant, secrète, la question de l'existence d'un autre enfant, pour ne la révéler qu'à travers son testament post mortem.

Mais la dramaturgie, le jeu des comédiens et la richesse et la complexité du texte confèrent à cette pièce une multitude de lectures, d'autant plus qu'elle s'inscrit dans un cadre spatio- temporel indéfini.

« Le nom du père » est une pièce traversée par des émotions terriblement douloureuses et qui décrit avec une esthétique épurée la souffrance de l'humanité, confrontée à l'absurde qui n'en finit pas de la surprendre à chaque détour de son histoire.

La pièce déroule l'histoire de deux frères et deux sœurs qui se retrouvent sept ans après leur départ de chez eux. La raison: lire le testament laissé par leur défunt père. Le rituel doit suivre ses instructions: pas un mot ne sera lu avant que toute la famille ne se réunisse dans le foyer ancestral et dîner ensemble en convivialité. Ils sont déchirés entre écouter les derniers mots de leur père et retrouver leur nouvelle vie, quand un invité mystérieux frappe à leur porte.

Le dîner est retardé. Les secrets refont surface, les questions se multiplient et la tension s'accumule. Le dîner est retardé. Ils se rendent vite compte qu'ils sont pris au piège du labyrinthe de leurs souvenirs, incapables de se libérer. Ils essaient de fuir les images cinglantes que la maison réveille. Sont-ils condamnés? La pièce n'offre pas de réponse, mais suggère plusieurs possibilités.

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