Mauritanie: Audition de l'ancien président mauritanien pour crimes économiques - Saura-t-on jamais la vérité ?

Mohamed Ould Abdel Aziz

Homme fort de la Mauritanie, il y a peu, l'ancien chef de l'Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, se retrouve pris dans les rets de la Justice. En effet, convoqué le 17 août dernier dans les locaux de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), l'ancien président a été longuement entendu par les agents de la police en charge de la répression des crimes économiques.

L'homme est soupçonné de cas de corruption et de détournements de biens publics entre 2008 et 2019 comme l'a révélé un rapport d'enquête parlementaire sur sa gestion.

Soupçonné d'avoir pris des libertés dans la gestion de la manne pétrolière, son nom est aussi cité dans plusieurs affaires pour le moins ténébreuses dont, entre autres, l'attribution d'un marché de construction d'un terminal de conteneurs au port de Nouakchott, la vente de domaines de l'Etat, notamment une île à des ressortissants libanais, la liquidation d'une société publique qui assurait l'approvisionnement en denrées alimentaires ou encore les activités d'une société chinoise de pêche, Pully Hong Dong.

Cette action de la Justice mauritanienne a une importante valeur pédagogique

C'est donc peu de dire que l'ancien président se retrouve dans de beaux draps puisque ses sales draps présumés sont étalés sur la place publique, une année seulement après qu'il a cédé le pouvoir.

Même si cette audition n'est que le début d'une longue procédure qui devrait se terminer devant la Haute Cour de Justice, seule juridiction habilitée à connaître des affaires concernant les anciens chefs d'Etat et les ministres aux termes de la nouvelle loi votée, il y a peu, par le parlement mauritanien, l'on peut déjà se féliciter de ce premier pas de la Justice.

Car, la reddition des comptes est un label de la bonne gouvernance et constitue l'une des exigences de l'Etat de droit. Et l'on peut d'autant plus se réjouir que nul n'est épargné par ce devoir de redevabilité dans la gestion des affaires publiques.

Même pas Mohamed Ould Abdel Aziz qui s'est fait une place dans le panthéon mauritanien en se pliant aux exigences de l'alternance démocratique et surtout pas lui qui, dès son arrivée au pouvoir, avait érigé la lutte contre la corruption comme une priorité.

Cette action de la Justice mauritanienne est d'autant plus à saluer qu'elle a une importante valeur pédagogique, en particulier pour tous les chefs d'Etat en exercice, à commencer par le président Mohamed Ould Ghazouani qui doit savoir tirer leçon des démêlés judiciaires de son ex-mentor pour faire de la bonne gouvernance, son leitmotiv.

Le cas Mohamed Ould Abdel Aziz qui ressemble, à bien des égards, à celui du truculent Jacob Zuma en Afrique du Sud, devrait servir d'avertissement sans frais à tous les présidents africains qui confondent allègrement les poches de leurs vestes avec le Trésor public.

Toutefois, si l'on doit saluer l'action de la Justice mauritanienne et féliciter au passage l'Union pour la République (UPR), parti dont est issu Mohamed Ould Abdel Aziz et qui est majoritaire au Parlement, pour n'avoir pas étouffé l'affaire dans l'œuf, l'on peut tout de même déplorer le manque d'élégance quant à la convocation de l'ancien président.

La manière de faire offre à Abdel Aziz des arguments pour crier à la cabale politique

En effet, aux dires de son avocat, son client aurait reçu la convocation vers 16 h pour 17h30 ; ce qui constitue, à ses yeux, un délai non raisonnable et n'est pas conforme au droit applicable en Mauritanie. Et pire, Abdel Aziz aurait été auditionné sans l'assistance de son conseil.

Ces manquements manifestes aux règlements en vigueur en Mauritanie, peuvent donner l'impression d'une hâte suspecte que d'aucuns pourraient interpréter comme une volonté des tenants actuels du pouvoir, d'abattre à tout prix l'ex-président.

Dans tous les cas, ce modus operandi de la Justice mauritanienne peut nuire à sa propre image et l'on peut, à juste titre, se demander si les dés ne sont pas pipés dès l'entame de la procédure.

En tout cas, cette manière de faire offre à Abdel Aziz des arguments pour crier à la cabale politique et à la chasse aux sorcières déclenchées par sa propre famille politique avec des forts relents de vengeance.

Cela dit, l'on peut se demander si cette audition de l'ancien chef d'Etat, n'est pas une simple manière de divertir l'opinion.

On sait, en effet, que selon la procédure, les résultats des enquêtes que mènent les officiers de police judiciaire, seront transmis à la Haute Cour de Justice qui peut décider de la nécessité ou pas de poursuites contre l'ex-président.

Or, la loi autorise ce dernier à ne pas y répondre. Et quand on sait que l'homme freinait des quatre fers pour répondre aux précédentes convocations qui lui étaient parvenues, l'on peut craindre la suite qui sera réservée à cette affaire.

L'on peut donc dire que la procédure est viciée, dès le départ, pour assurer l'impunité à Mohamed Ould Abdel Aziz. Mais c'est déjà cela de gagné, que l'ex-homme fort de Nouackchott n'ait pas le sommeil tranquille et qu'il soit sur le point d'être rattrapé par son passé.

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