Gambie: Le pays confronté au système des castes - La Commission Nationale des Droits de l'Homme exhorte le gouvernement à remédier à la situation

19 Août 2020

La Commission Nationale des Droits de l'Homme a vivement invité le gouvernement à adopter des mesures urgentes afin de remédier au problème du système des castes dont la région de Upper River ainsi que d'autres parties de la Gambie sont confrontées.

Dans une dépêche transmise à ce journal, la Commission Nationale des Droits de l'Homme a exprimé sa préoccupation suite aux évènements survenus dans le village de Garawol qui ont vu, selon certaines sources, l'expulsion et l'exil du village d'un jeune homme accusé d'avoir guidé les prières des fidèles le jour de la Tabaski.

Ci-dessous est la déclaration complète de la Commission.

« La Commission Nationale des Droits de l'Homme est extrêmement préoccupée par l'imposition d'une amende suivie de la condamnation à l'exil d'un individu dénommé Musa Trawally par le Chef du village de Garawol, dans la région de Upper River. Le jeune homme est accusé, selon un article apparu dans le journal Foroyaa du 11 Aout 2020 titré 'Un homme expulsé du village de Garawol pour avoir dirigé les prières de la supposée classe des esclaves', d'avoir guidé les prières des fidèles le jour de la Tabaski. La Commission exprime également son indignation et sa répugnation face aux violences et pratiques discriminatoires dont, selon nos sources, cette classe sociale fait l'objet dans les communautés Sarahuleh de la région. »

Des pratiques discriminatoires et des actes de violence survenus dans certaines communautés de la région de Upper River ont été portés à l'attention de la Commission. La Commission estime que ces pratiques discriminatoires et actes de violence portent atteinte au respect et à la dignité des personnes concernées qui sont communément appelées 'esclaves' par ceux qui s'estiment faire partie de la classe des 'nobles'. La Commission, créée dans le but de protéger et de sauvegarder les droits de tous les citoyens et résidents de la Gambie, condamne avec la plus grande fermeté ces graves violations des droits de l'Homme et actes discriminatoires dont sont victimes les personnes concernées. Les discriminations de toutes sortes, y compris celles basées sur le système des castes, n'ont aucune place dans une nation civilisée et certainement pas en Gambie car la Constitution de 1997 accorde à chaque citoyen et résident de la Gambie les mêmes droits et protections garantissant ainsi une vie digne et respectable.

Depuis Octobre 2019 et à ce jour, la Commission Nationale des Droits de l'Homme a entrepris deux missions d'investigation dans les communautés de Diabugu, Koina et Garawol. Ces missions ont non seulement découvert l'existence et la prépondérance du système des castes dans ces communautés, mais également le respect d'une pratique traditionnelle ancestrale qui oblige les 'esclaves' à l'exécution de taches pénibles et ardues et, voire, indignes et dégradantes au service de leurs 'maitres' ou 'nobles'. Les groupes affectés ont également dénoncé, dans certains cas extrêmes, de violentes attaques à l'encontre de certains de leurs membres. Suite à la mission d'investigation de 2019, la Commission Nationale des Droits de l'Homme a présenté ses conclusions dans son rapport annuel tout en proposant des solutions à moyen et long-terme au Comité des Droits de l'Homme de l'Assemblée Nationale, et ce, en vue de la résolution définitive de ce sujet dégradant.

La Commission Nationale des Droits de l'Homme demande au gouvernement la mise en place urgente d'un Comité de Réflexion comprenant divers partenaires dont le Ministère de la Justice, le Ministère des Ressources Foncières et des Gouvernements Régionaux, le Ministère de l'Intérieur, les représentants du Conseil Supérieur Islamique, du Comité des Droits de l'Homme de l'Assemblée Nationale et de la Commission Nationale des Droits de l'Homme, et ce, en vue non seulement de faire la lumière sur les récents évènements, mais aussi d'examiner, passer en revue et mettre en application les solutions proposées par la Commission Nationale des Droits de l'Homme au Comité des Droits de l'Homme de l'Assemblée Nationale.

La Commission Nationale des Droits de l'Homme réitère que la discrimination et les pratiques discriminatoires basées sur la tribu, la religion, la langue ou autres statuts sont illégales et inacceptables tout en exhortant les uns et les autres au respect mutuel et un traitement équitable pour tous en tant qu'êtres humains. La Commission Nationale des Droits de l'Homme exhorte également le gouvernement et toutes les autorités compétentes à prendre de manière prompte des mesures décisives et permanentes pour l'éradication du système des castes et toute autre pratique discriminatoire qui déshumanise certains citoyens en Gambie.

«La Commission Nationale des Droits de l'Homme réaffirme sa détermination à assurer la protection et la sauvegarde des droits de l'Homme ainsi que l'intégrité et la dignité de tous les concitoyens en Gambie. »

Plus de: The Point

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