Tanzanie: RSF dénonce de nouvelles mesures qui renforcent le contrôle de l'Etat sur les médias

communiqué de presse

Alors que les autorités tanzaniennes ont publié de nouveaux règlements aux implications majeures pour la presse nationale et étrangère, Reporters sans frontières (RSF) dénonce une nouvelle dérive autoritaire contre les médias, à quelques mois des élections présidentielles d'octobre.

L'offensive lancée contre la presse indépendante et les voix dissidentes s'intensifie en Tanzanie. L'Autorité de régulation des médias (Tanzania Communications Regulation Authority, TCRA) a annoncé, le 10 août, de nouvelles mesures visant à accroître le contrôle de l'Etat sur les médias locaux et étrangers.

En vertu de ces nouvelles règles amendant la loi de 2018 sur les communications électroniques et postales, les médias tanzaniens ont désormais interdiction de diffuser tout contenu étranger sur leur plateforme sans autorisation préalable du gouvernement.

La mesure affecte notamment les radios tanzaniennes qui reprennent sur leurs antennes des programmes de grands diffuseurs, tels que la BBC, Voice of America (VoA) ou encore RFI.

Elle contraint par ailleurs les journalistes et correspondants étrangers qui travaillent avec les médias locaux à être accompagnés par un responsable de l'État partout où ils vont, pendant toute la durée de leur reportage.

Quelques jours auparavant, la TCRA avait reproché à la station privée locale Radio Free Africa (RFA) d'avoir diffusé une interview de la BBC du candidat de l'opposition à la présidentielle, Tundu Lissu, dans laquelle il affirmait que le gouvernement l'avait empêché d'assister aux funérailles de l'ancien président Benjamin Mkapa, le 29 juillet dernier. RFA a reçu un avertissement sévère et été mise en demeure pour trois mois pour "violation des règles de diffusion", après que l'Autorité de régulation s'est plainte du manque d'équilibre de l'entretien. Trois autres stations de radio (Radio One Stereo, Abood FM Radio et CG FM) ont également reçu un avertissement sévère et mises sous observation par la TCRA.

« Cette mesure est un coup dur pour la presse tanzanienne et pour le pluralisme de l'information, déplore la rédactrice en chef adjointe de RSF, Catherine Monnet.

A seulement trois mois de l'élection présidentielle, c'est toute une partie des programmes très prisés des citoyens tanzaniens, qui vont faire l'objet d'un contrôle accru et qui vont être limités, à un moment crucial de la vie démocratique du pays, où il est au contraire essentiel de permettre à tous d'accéder à une information plurielle, indépendante et critique."

L'Institut des médias d'Afrique australe, une organisation locale de défense de la liberté de la presse, s'est aussi inquiété de cette "tendance inquiétante qui se développe en Tanzanie, où la liberté des médias est en déclin continu, les autorités élaborant des réglementations arbitraires pour restreindre les opérations de la presse".

Selon l'Institut partenaire de RSF, l'objectif est "probablement" de donner un avantage au président sortant, John Magufuli, lors des prochaines élections, "mais cela nuira également de façon irréparable aux références démocratiques de la Tanzanie".

Parallèlement à ces mesures, les autorités avaient introduit, le mois dernier, de nouvelles restrictions sur les contenus en ligne en ciblant les utilisateurs d'applications telles que WhatsApp, Facebook, Twitter, Instagram et YouTube.

Il est désormais illégal de publier des messages qui "ridiculisent, abusent ou portent atteinte à la réputation, au prestige ou au statut" de la Tanzanie sur les réseaux sociaux. Entrée en vigueur le 17 juillet, la nouvelle loi interdit également de publier du contenu sur la pandémie de Covid-19 sans l'approbation d'un responsable de l'État.

Depuis 2016, la Tanzanie a perdu 53 places au Classement mondial de la liberté de la presse établi chaque année par RSF. Aucun autre État n'a connu une telle dégradation de sa situation ces dernières années. Le pays occupe actuellement la 118e place sur 180 pays.

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