Cameroun: Une attaque-suicide de Boko Haram a frappé un camp de personnes déplacées

La situation déjà tendue dans les régions camerounaises anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’est aggravée, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme
communiqué de presse

New York — Des enfants ont apparemment été utilisés dans cette attaque, qui a tué 17 civils

Le groupe armé islamiste Boko Haram a apparemment utilisé des enfants pour commettre une attaque-suicide contre un camp de personnes déplacées dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Dans cette attaque, perpétrée dans la nuit du 1er au 2 août 2020 dans la localité de Nguetchéwé, au moins 17 civils ont été tués, dont 5 enfants et 6 femmes, et au moins 16 autres ont été blessés. Il n'y avait aucun objectif militaire évident dans le secteur.

« L'attaque-suicide nocturne de Boko Haram à Nguetchéwé semblait viser à faire un maximum de victimes parmi les civils », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l'Afrique à Human Rights Watch. « Le recours apparent à des enfants pour en faire des attaquants-suicide contre des personnes déplacées est un crime de guerre particulièrement répugnant. »

Du 5 au 15 août, Human Rights Watch s'est entretenu au téléphone avec 14 victimes et témoins de l'attaque de Nguetchéwé, ainsi qu'avec un agent de santé local, deux travailleurs humanitaires et trois activistes locaux. Le 12 août, Human Rights Watch a envoyé ses constatations par courriel à Cyrille Serge Atonfack Guemo, porte-parole de l'armée camerounaise, et demandé des réponses à des questions précises. Dans un courriel du 18 août, Atonfack Guemo a confirmé l'attaque, affirmant qu'elle avait été perpétrée par des « terroristes », et a fourni des informations sur la réponse des forces de sécurité.

Des témoins ont indiqué qu'entre 20 et 30 combattants, qu'ils ont reconnus comme appartenant à Boko Haram à la façon dont ils étaient vêtus et dont ils parlaient, étaient entrés à pied dans Nguetchéwé dans la soirée du 1er août, échappant à la détection des gendarmes locaux. Ils ont attaqué les gardes communautaires volontaires et les membres d'un comité de vigilance local. Les comités de vigilance ont été créés en 2014 par décret du gouvernement pour aider les forces de sécurité à lutter contre Boko Haram. Puis les combattants de Boko Haram ont attaqué le camp de personnes déplacées, tirant sur les résidents qui fuyaient et pillant les abris.

Des témoins ont affirmé avoir entendu deux fortes explosions consécutives alors qu'ils fuyaient. Ils ont déclaré présumer que ces explosions ont été causées par deux attaquants-suicide qui s'étaient mêlés aux groupes de civils qui fuyaient avant de déclencher leurs ceintures bourrées d'explosifs. Les déflagrations ont tué 12 civils.

Les informations disponibles auprès de témoins et de sources indépendantes indiquent que les attaquants-suicide étaient des enfants, mais Human Rights Watch n'a pas pu confirmer ce point.

« J'étais à mon domicile avec ma famille, quand nous avons entendu des coups de feu et des gens qui criaient 'Allahu Akbar!' », a déclaré à Human Rights Watch un habitant du site, âgé de 28 ans. « Nous avons vite compris que c'était une attaque de Boko Haram. Nous nous sommes tous précipités dehors et nous sommes enfuis. Mais les combattants ont tiré sur nous. Ils tiraient sans discernement sur toutes les personnes qui fuyaient. »

Le site de Nguetchéwé abrite plus de 1 500 personnes qui ont été déplacées au cours de ces quatre dernières années de divers secteurs de la région de l'Extrême-Nord, à cause des violences de Boko Haram et des opérations anti-insurrection des forces de sécurité camerounaises.

Au moment de l'attaque, entre 16 et 20 gendarmes du Groupement polyvalent d'intervention de la Gendarmerie nationale étaient de service à Nguetchéwé, mais aucun n'était stationné dans le quartier de Guirbala, où est situé le site de personnes déplacées.

« Nous travaillons jour et nuit avec très peu, voire pas du tout, de moyens de protection », a déclaré un membre des comités de vigilance âgé de 44 ans. « Nous avons peur et nous sommes fatigués. » Des habitants de Nguetchéwé ont déclaré qu'ils s'étaient portés volontaires pour aider les comités de vigilance à protéger la ville contre les attaques de Boko Haram, mais qu'ils n'avaient reçu aucune formation ni aucun équipement pour accomplir une tâche d'une telle dangerosité.

Des témoins ont indiqué que des gendarmes étaient intervenus après le début de l'attaque, mais qu'ils étaient trop peu nombreux pour s'opposer efficacement aux assaillants. Ces témoins ont ajouté que des renforts militaires du 42ème Bataillon d'infanterie motorisé (BIM) basé à Mozogo étaient arrivés après l'attaque, tôt dans la matinée du 2 août. Les militaires ont emmené les blessés dans des établissements médicaux proches. Atonfack Guemo a confirmé cette information, ajoutant que des militaires du Bataillon d'intervention rapide (BIR) avaient été aussi déployés à Nguetchéwé, en provenance de la base proche de Mayo Moskota, pour empêcher de nouvelles attaques dans la région.

Midjiyawa Bakary, gouverneur de la région camerounaise de l'Extrême-Nord, a déclaré aux médias qu'à la suite de l'attaque, les forces de sécurité avaient reçu des renforts qui ont été déployés à Nguetchéwé. Atonfack Guemo a indiqué que le détachement de gendarmerie basé à Nguetchéwé avait été renforcé et qu'un « poste de combat » était en cours d'installation dans le village de Mbaliouel, afin d'empêcher les combattants de Boko Haram d'entrer dans la ville.

L'attaque a provoqué le déplacement de plus de 1 500 personnes, qui étaient soit des habitants de Nguetchéwé, soit des résidents du site. Beaucoup se sont enfuies dans les forêts avoisinantes. Un grand nombre sont retournées au site, mais d'autres continuent de passer leurs nuits dans la forêt, craignant de nouvelles attaques. « Nous sommes terrorisés, nous vivons dans la peur, nous sommes pris de panique au moindre bruit », a déclaré une femme de 35 ans. « Nous avons peur de dormir au camp de déplacés à cause des risques de nouveaux raids de Boko Haram. »

L'attaque de Nguetchéwé a été largement condamnée, notamment par le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Le droit international humanitaire applicable au conflit armé avec Boko Haram interdit les attaques commises délibérément et sans discernement contre des civils et des biens civils. Les individus qui ordonnent ou commettent de telles attaques avec une intention criminelle se rendent responsables de crimes de guerre. Le recrutement et l'utilisation dans le cadre d'hostilités d'enfants âgés de moins de 15 ans constituent également des crimes de guerre. Le recrutement et l'utilisation dans le cadre d'hostilités d'enfants âgés de moins de 18 ans par des groupes armés non étatiques constituent également des violations du droit international.

« Attaquer des civils, notamment ceux qui ont déjà été forcés d'abandonner leur domicile, est au-delà du répréhensible », a affirmé Ilaria Allegrozzi. « Sécuriser Nguetchéwé est un pas dans la bonne direction, mais le gouvernement du Cameroun devrait adopter des mesures supplémentaires, y compris un déploiement plus rigoureux des forces de sécurité afin de mieux protéger des civils qui demeurent en grand danger. »

Boko Haram au Cameroun

Le groupe armé Boko Haram, dont le nom signifie approximativement « L'éducation occidentale est interdite », est basé dans le nord-est du Nigéria et a essaimé dans plusieurs pays voisins, dont le Tchad, le Niger et le nord du Cameroun. Depuis 2014, ce groupe a fait des ravages dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, commettant des attaques qui sont souvent menées sans discernement ou qui visent délibérément les civils. Ces attaques ont consisté en des attentats-suicide à la bombe dans des lieux publics où des foules se rassemblent, tels que marchés, mosquées, églises, écoles, camps pour personnes déplacées et gares routières; des enlèvements, notamment de femmes et de filles; et des pillages et destructions systématiques de biens civils. L'UNICEF, les organisations de défense des droits humains et les médias ont documenté le recours généralisé depuis 2015 au recrutement de force d'enfants et leur utilisation comme attaquants-suicide par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, y compris au Cameroun.

L'attaque à Nguetchéwé s'inscrit dans le contexte d'une augmentation spectaculaire des incidents violents dans la région de l'Extrême-Nord depuis le début de l'année, avec des incidents presque quotidiens incluant des meurtres, des enlèvements, des vols et des destructions de biens, attribués à Boko Haram. La consultation par Human Rights Watch des médias locaux et internationaux, ainsi que de rapports d'organisations non gouvernementales, indique que depuis janvier, ce groupe armé a commis plus de 200 attaques et raids, tuant au moins 146 civils. Le gouvernement camerounais a indiqué que depuis janvier, 22 attaques de Boko Haram ont eu lieu dans le seul district nordiste de Mozogo, où est situé Nguetchéwé.

Les violences commises par Boko Haram au Cameroun ont forcé plus de 322 000 personnes à s'enfuir de leurs domiciles depuis 2014. Les personnes déplacées à l'intérieur des frontières vivent sur des sites de réinstallation prétendument spontanés ou avec des familles d'accueil. Un membre du personnel de l'ONU a déclaré à Human Rights Watch que 129 de ces sites de relogement spontanés de personnes déplacées existent dans toute la région de l'Extrême-Nord, dont beaucoup ne sont pas protégés. Le Cameroun abrite également environ 116 000 réfugiés qui ont fui des attaques de Boko Haram au Nigéria.

Pour faire face à la menace constituée par Boko Haram, le gouvernement camerounais a déployé des milliers de membres des forces de sécurité dans l'Extrême-Nord. Il a également eu recours dans cette région à plus de 14000 membres de comités de vigilance qui fournissent des renseignements aux forces de sécurité, servent de guides et protègent des villages contre les attaques. Une insurrection séparatiste dans les régions anglophones du Cameroun et des menaces posées dans l'est par des groupes rebelles basés en République centrafricaine aggravent les difficultés dans l'Extrême-Nord.

Boko Haram s'en est pris à plusieurs reprises à la localité de Nguetchéwé depuis le début du conflit en 2014, y compris par des attaques-suicide à la bombe. Le 18 janvier 2016, cinq personnes ont été tuées dans un attentat-suicide perpétré par Boko Haram dans une mosquée à Nguetchéwé. Le 10 février 2016, deux femmes utilisées par Boko Haram comme kamikaze se sont mêlées à une cérémonie funèbre à Nguetchéwé et ont déclenché leur ceinture d'explosifs, tuant six personnes et en blessant plus de 30.

Récits de témoins de l'attaque de Nguetchéwé

Tirs sur le poste de sécurité du comité de vigilance

Avant de ravager le site de personnes déplacées après minuit le 1er août, les combattants de Boko Haram ont attaqué un poste de sécurité situé à Gokoro, un quartier de Nguetchéwé, tirant sur les membres du comité de vigilance et les volontaires de la communauté qui étaient de garde.

« Les assaillants ne sont pas venus par le chemin habituel », a déclaré un membre du comité de vigilance, âgé de 38 ans: « Ils ont contourné un poste de vigilance situé à la périphérie de la ville et ont attaqué le poste de Gokoro, qui est contrôlé à la fois par les membres du comité de vigilance et par des bénévoles de la communauté. J'y étais et ils ont ouvert le feu sur nous. Donc nous nous sommes enfuis pour rester en vie. Nous ne pouvions pas les arrêter, mais nous avons sonné l'alarme et appelé les gendarmes. »

Un autre vigile, âgé de 44 ans, a déclaré: « Ils sont venus en grand nombre. Je n'ai pas pu les compter à cause de l'obscurité et parce que nous nous sommes tous enfuis. Mais ils ont abattu l'un de nous, un homme qui s'appelait Gatama. Ils l'ont d'abord frappé avec une machette, puis ils l'ont abattu et l'ont jeté dans une petite rivière. Nous avons retrouvé son corps le lendemain matin. »

Attaque du site de déplacés

Les résidents du site de déplacés de Nguetchéwé ont décrit l'attaque perpétrée par Boko Haram aux premières heures du 2 août. Les combattants ont pénétré sur le site et ont ouvert le feu sans discernement sur les gens qui essayaient désespérément de fuir.

Un homme de 70 ans, qui vivait dans le site de Nguetchéwé depuis plus de trois ans après avoir fui les violences dans son village d'origine, Talassari, a déclaré:

Je dormais. Soudain, j'ai entendu des coups de feu. Je suis immédiatement sorti de la maison et j'ai vu de nombreux combattants de Boko Haram à l'extérieur. Ils hurlaient: « Allahu Akbar! » Ils tiraient dans toutes les directions. Alors que je m'enfuyais, ils ont tiré sur moi et j'ai reçu une balle dans le ventre. Je me suis retrouvé sur le sol, une douleur inexplicable dans tout le corps. Je saignais abondamment et j'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital adventiste à Koza.

Une femme de 32 ans qui vivait à Nguetchéwé depuis un an après avoir quitté son village d'origine, Mebori, à cause des violences, a ainsi décrit l'attaque:

Il était tard dans la nuit quand j'ai été réveillée par des coups de feu. J'étais effrayée. J'ai quitté mon abri et couru dehors. Les combattants de Boko Haram tiraient dans tous les sens, les balles volaient partout. J'en ai reçu une pendant que je courais. Un homme de Boko Haram m'a atteinte à la main droite. Je n'ai pas cessé de courir et je me suis efforcée de ne pas crier ou pleurer. Alors que je continuais à courir dans un champ de millet, j'ai entendu une très forte explosion. C'était terrifiant. Je me suis allongée sur le sol et peu après, j'ai entendu une seconde explosion. Je ne me souviens pas de grand-chose après cela. Des gendarmes m'ont secourue et le lendemain matin, les militaires m'ont emmenée à l'hôpital de Koza.

Le site a alors été secoué par deux explosions qui se sont avérées des attaques-suicide à la bombe. Un membre du comité de vigilance, qui vivait sur le site pour personnes déplacées de Nguetchéwé depuis 2017, a été blessé par la première explosion:

L'explosion était forte. J'ai vu des étincelles, un peu comme des éclairs dans le ciel, et le bruit était plus fort que celui d'une roquette. Je me suis inspecté et j'ai réalisé que j'étais couvert de sang. Je ne me souviens de rien après cela. Je me suis réveillé à l'hôpital adventiste de Koza. Le personnel médical me soignait. J'ai eu des blessures au pied droit, au ventre et à la tête.

Un résident de Nguetchéwé, âgé de 38 ans, a déclaré: « J'étais à quelques mètres de la première explosion. Je ne sais pas comment je suis encore en vie. La première explosion a tué huit personnes. La seconde, moins de trois minutes plus tard, en a tué quatre. J'ai compté les cadavres et j'ai aidé à secourir les blessés. »

Un homme de 28 ans a déclaré qu'il avait perdu deux membres de sa famille dans la première explosion:

J'ai entendu les coups de feu et je me suis enfui. Alors que je courais au milieu d'un champ de millet, j'ai entendu une très forte explosion. J'ai eu de la chance car je n'ai été que légèrement blessé. Mais ma femme et ma fille de 15 mois ont été plus gravement blessées, respectivement à la tête et aux mains. J'ai aussi perdu deux cousines, une âgée de 23 ans et l'autre de 12 ans.

Le lendemain de l'attaque, dans la matinée, des militaires du 42ème BIM ont emmené cet homme, sa femme et sa fille à l'hôpital régional de Maroua.

Un agriculteur de 52 ans a déclaré avoir perdu quatre membres de sa famille dans l'attaque. « J'habite à Mozogo et dès que j'ai été informé de l'attaque, tôt dans la matinée du 2 août, je me suis précipité à Nguetchéwé parce que j'ai de la famille là-bas », a-t-il dit. « J'étais effondré quand j'ai appris que les membres de ma famille avaient été tués. J'ai identifié les corps de ma belle-mère, de ma belle-sœur et d'une de ses bébés jumelles, ainsi que d'un autre enfant. L'autre jumelle était encore en vie. Elle a été emmenée à l'hôpital mais elle est morte de ses blessures le 9 août. »

Cet agriculteur a ajouté qu'alors qu'il retournait sur sa moto à Mozogo, à sept kilomètres de Nguetchéwé, des hommes de Boko Haram lui ont tiré une balle dans le dos.

J'ai vu deux membres de Boko Haram devant moi. J'ai ralenti. J'ai regardé derrière moi. J'en ai vu d'autres derrière moi. Je ne pouvais pas faire demi-tour. Donc j'ai décidé de foncer tout droit et c'est alors qu'ils m'ont tiré dans le dos. J'ai réussi à continuer mon chemin jusqu'à Mozogo malgré la douleur et le fait que je saignais. Une fois à Mozogo, j'ai été emmené à l'hôpital. Plus tard, j'ai été transféré à l'hôpital de Mokolo, où j'ai passé deux jours, puis finalement à l'hôpital régional de Maroua. Le médecin m'a dit que j'avais eu de la chance car la balle n'avait pas perforé mes poumons.

Trois résidents de Nguetchéwé, ainsi que trois autres sources indépendantes, ont affirmé leur conviction que les deux attaquants-suicide étaient des enfants - une fille et un garçon - venus de l'extérieur du site pour personnes déplacées. Les résidents ont affirmé que lorsqu'ils ont aidé, avec les membres des familles des victimes, à identifier les corps des personnes tuées, ils ont reconnu tout le monde, sauf un garçon et une fille dont les têtes avaient disparu et qui, selon eux, n'étaient pas des habitants de Nguetchéwé, ni du camp pour personnes déplacées.

Le membre du comité de vigilance et un homme de 32 ans ont affirmé avoir vu la fillette présumée kamikaze avant qu'elle ne déclenche son gilet explosif. L'homme de 32 ans a déclaré:

Je m'enfuyais en compagnie d'un groupe de personnes quand j'ai vu une fillette étendue sur le sol, qui se plaignait de douleurs. Nous nous sommes approchés d'elle. Nous pensions qu'elle avait été blessée. Nous lui avons dit de se lever et de s'enfuir avec nous, mais elle a refusé. Alors nous avons continué de courir et quelques secondes plus tard, nous avons entendu la première forte explosion. Nous pensons qu'elle était l'attaquante-suicide. Elle devait avoir à peu près 14 ans.

Pendant et après les explosions, les hommes de Boko Haram sont entrés dans les huttes sur le site pour personnes déplacées et ont pillé de la nourriture et du bétail.

« Ils ont pénétré dans des dizaines d'abris et ont pris tout ce qu'ils pouvaient trouver », a déclaré un résident âgé de 40 ans. « Ils ont volé jusqu'à 10 moutons et chèvres, des vêtements et de la nourriture. Les résidents étaient déjà très démunis avant l'attaque. Beaucoup avaient fui leurs villes et villages en abandonnant tout à cause des violences. Maintenant, ils n'ont plus rien. »

Sécurité inadéquate au site pour personnes déplacées de Nguetchéwé

Des résidents et d'autres personnes ont estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de forces de sécurité gouvernementales à Nguetchéwé et sur le site pour déplacés au moment de l'attaque.

« Le site pour personnes déplacées avait été laissé presque sans défense », a déclaré un déplacé âgé de 27 ans. « Il y a environ 10 gardes bénévoles et membres du comité de vigilance de service à proximité du site. Mais il n'y avait aucune présence des forces de sécurité. Cette attaque récente a démontré clairement qu'on ne peut pas laisser des civils se défendre seuls face à des combattants de Boko Haram lourdement armés. Nous nous réjouissons du déploiement de renforts de gendarmerie à Nguetchéwé [depuis l'attaque] et nous espérons qu'ils resteront. »

Un électricien de 29 ans, habitant de Nguetchéwé, a déclaré:

Nous avons besoin de davantage de forces de sécurité à Nguetchéwé. Nous avons besoin de nous sentir en sûreté. Maintenant nous avons peur. Les volontaires et les vigiles ne peuvent pas, à eux seuls, assurer notre sécurité. Ils ne sont pas armés et tout ce qu'ils peuvent faire, c'est lancer l'alerte, s'ils ne sont pas tués. Il faut qu'ils soient soutenus par les forces gouvernementales.

Un activiste local a déclaré:

Il y avait environ 16 gendarmes à Nguetchewe quand l'attaque s'est produite. C'était tout à fait insuffisant pour protéger les gens contre Boko Haram, dont les hommes sont toujours lourdement armes et utilisent des stratégies très brutales pour attaquer les civils. Boko Haram a une bonne connaissance de la région et du territoire. Ils savent par ou entrer et s'échapper. Ils ont recours à des attaquants-suicide, qui sont souvent des enfants ou des femmes, afin qu'ils ne soient pas détectés. Si les autorités ne déploient pas davantage de forces de sécurité dans notre secteur, elles manqueront à leur responsabilité fondamentale, qui est de protéger leur peuple. Elles devraient empêcher Boko Haram de prendre de nouveau pour cible les civiles et protéger les communautés déplacées contre de nouvelles attaques.

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