Madagascar: L'homicide de 22 détenus est une terrible atteinte au droit à la vie

communiqué de presse

En réaction aux informations selon lesquelles les forces malgaches de sécurité ont tué 22 détenus qui étaient en train de s'évader de la prison de Farafangana, dans le sud-est du pays, Deprose Muchena, directeur régional pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe à Amnesty International, a déclaré :

« Ceci est une terrible atteinte au droit à la vie, qui montre que le gouvernement malgache continue à négliger l'existence des détenu·e·s. Nous avons signalé à de nombreuses reprises aux autorités que les conditions de détention sordides à Madagascar, exacerbées par la surpopulation et le manque de ressources, auraient des conséquences tragiques. Cet événement devrait servir d'électrochoc et inciter le gouvernement à s'attaquer de toute urgence à la crise du système carcéral dans le pays.

« Les autorités doivent immédiatement diligenter une enquête indépendante sur la mort de ces détenus, et traduire en justice les responsables présumés de ce recours injustifié à une force meurtrière. Il faut ordonner aux forces de sécurité de cesser immédiatement d'employer illégalement la force létale.

« Malgré les promesses faites par le président Andry Rajoelina l'an dernier, la surpopulation continue à sévir et le nombre de placements en détention provisoire reste excessif dans les prisons de Madagascar. Les conditions se sont encore dégradées depuis le début de la pandémie de COVID-19, et les détenu·e·s ne peuvent plus recevoir la visite de leurs proches ni de leurs avocat·e·s. Ils vivent par ailleurs dans la hantise de tomber malades et de ne pas pouvoir recevoir les soins dont ils ont besoin. »

Complément d'information

Dimanche 23 août, les forces de sécurité ont tué 20 détenus après que ceux-ci se sont évadés de la prison de Farafangana (sud-est de Madagascar) vers midi. Deux autres détenus ont succombé à leurs blessures le 24 août, et plusieurs autres sont toujours hospitalisés après avoir été grièvement blessés. En tout, 88 détenus se sont échappés. Selon des informations relayées par les médias, les détenus ont formé deux groupes dont un a attaqué les gardiens en leur jetant des pierres, tandis que l'autre s'est frayé un chemin de sortie par les toilettes.

D'après certaines sources locales, les détenus se sont évadés afin de protester contre leur maintien prolongé en détention provisoire, ainsi que contre le recours à la détention provisoire pour des infractions mineures telles que le « vol d'une brosse à dents », les conditions de détention sordides, en particulier la grave surpopulation, et la corruption généralisée qui les oblige à verser des pots-de-vin à divers acteurs au sein du système carcéral.

Des détenus se seraient aussi emparés du pistolet d'un gardien, qui a été retrouvé depuis lors. Outre les 20 prisonniers qui ont été tués sur le champ, une vingtaine d'autres ont été arrêtés, notamment huit qui ont été grièvement blessés et envoyés à l'hôpital, d'après des informations relayés par les médias.

Le secrétaire d'État à la Gendarmerie a déclaré que les défunts avaient « succombé sous les feux des forces de sécurité venues en renfort parce qu[e les prisonniers] ont fait de la résistance lors de la poursuite avec l'arme qu'ils avaient volée et des jets de pierre. »

Nadège Patricia Razafindrakala, directrice de l'administration pénitentiaire de la région, a déclaré à RFI que « certains détenus ont fui en pirogue. Quand on a essayé de tirer, ils ont disparu [...] La petite pirogue a coulé. » Quelques heures après les événements, des photos des corps sans vie de ces détenus ont été partagées sur les réseaux sociaux, choquant de nombreux utilisateurs. Nadège Patricia Razafindrakala a signalé que les détenus n'ont pas reçu de visites de leurs proches depuis le début de la pandémie, ce qui pourrait expliquer en partie cette évasion. Selon sa page Facebook, le ministère de la Justice a demandé à la directrice de l'administration pénitentiaire de la région de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour régler la situation.

Des délégués d'Amnesty International qui se sont rendus dans la prison de Farafangana en 2017 et en 2018 ont constaté que les infrastructures étaient insuffisantes et les conditions de détention inhumaines, comme par exemple la grave surpopulation. L'organisation a par ailleurs recueilli des informations sur le recours excessif à la détention provisoire dans cette prison, dans son rapport intitulé Madagascar: Punis parce qu'ils sont pauvres: Le recours injustifié, excessif et prolongé à la détention préventive à Madagascar. En mai 2020, on recensait 453 détenus dans la prison, alors qu'elle est officiellement censée en accueillir 260 au maximum.

Plus de: AI London

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