Afrique: L'ONU contrainte de réduire son aide à des millions de réfugiés en Afrique de l'Est

Des personnes vivant dans le camp de déplacés de Melia, au lac Tchad, recevant des vivres du PAM. La plupart des déplacés viennent des îles du lac Tchad, qui ont été abandonnées en raison de l'insécurité.
26 Août 2020

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a été forcé de revoir à la baisse son assistance à des millions de réfugiés à cause d'un manque de financement et d'un épuisement des ressources liés à la pandémie de Covid-19.

« De graves problèmes de faim et de malnutrition menacent des millions de réfugiés en Afrique de l'Est qui dépendent de l'aide des Nations Unies pour survivre, car l'impact socio-économique de la pandémie de Covid-19 réduit le financement vital des donateurs », annonce ce mercredi l'Agence onusienne.

Le PAM a déjà été contraint de réduire de 10 à 30 % les transferts de nourriture ou d'argent pour plus de 2,7 millions de réfugiés en Éthiopie, en Ouganda, au Kenya, au Soudan du Sud et à Djibouti. Il sera contraint de procéder à des coupes plus importantes dans les mois à venir, à moins que des fonds supplémentaires ne soient reçus à temps.

Le PAM redoute que cette réduction des rations destinées aux réfugiés, puisse inciter les communautés de réfugiés à se déplacer à l'intérieur des pays d'accueil ou même au-delà des frontières. Car elles sont de plus en plus désespérées de satisfaire leurs besoins fondamentaux. De tels mouvements ne pourraient pas survenir à un pire moment - avec la propagation du coronavirus. En attendant, le PAM félicite les gouvernements de la région de continuer à accueillir des réfugiés et de maintenir largement les frontières ouvertes.

Les enfants risquent de plus en plus de souffrir de malnutrition

D'une manière générale, les réfugiés sont pleinement touchés à la fois par l'impact socio-économique de la pandémie de Covid-19 et par la maladie elle-même. « Les femmes, les enfants et les personnes âgées les plus vulnérables risquent de plus en plus de souffrir de malnutrition », détaille le PAM. « Ce qui peut à son tour avoir un impact sur leur système immunitaire et augmenter leur risque d'être infectés par la maladie, un cercle vicieux tragique en pleine pandémie ».

« Les réfugiés sont particulièrement vulnérables à la propagation de Covid-19 parce qu'ils sont entassés dans des camps où les abris, les services de santé et l'accès à l'eau potable et à l'assainissement sont faibles ou inadéquats », a déclaré le directeur régional du PAM pour l'Afrique de l'Est, Michael Dunford. « La Covid-19 n'ayant pas encore atteint son maximum en Afrique de l'Est, nous ne pouvons pas tourner le dos aux personnes contraintes de fuir et coincées dans des camps éloignés », a ajouté M. Dunford.

Comme pour aggraver leur sort, beaucoup ont déjà perdu les rares occasions de gagner de l'argent en raison du ralentissement économique causé par les restrictions de Covid-19. Les restrictions liées au nouveau coronavirus ont également entraîné la fermeture d'écoles dans les camps de réfugiés.

Ce qui signifie que les enfants ont manqué des repas scolaires essentiels en Éthiopie, au Kenya, au Sud-Soudan, au Rwanda et en Ouganda. Dans tous ces pays, sauf au Rwanda, le manque de financement a empêché le PAM de fournir des rations à emporter aux enfants réfugiés pour les aider à étudier à la maison et à rester nourris.

De plus, l'Agence onusienne note que la fermeture prolongée d'écoles peut entraîner « une augmentation des grossesses d'adolescentes, des abus sexuels et des mariages précoces. Cela conduit également à des violences domestiques, au travail des enfants et à l'abandon scolaire. Elle menace aussi d'éroder les gains durement acquis au fil des ans pour améliorer l'accès à une scolarité de qualité pour les réfugiés dans les camps.

Le PAM a besoin de 323 millions de dollars pour aider les réfugiés dans la région

Les femmes et les jeunes filles réfugiées sont également exposées à un risque accru de violence sexiste, d'exploitation et d'abus sexuels, en plus du recours aux relations sexuelles contre rémunération pour survivre. « Malheureusement, ce sont les plus pauvres et les plus défavorisés qui souffrent le plus », a fait valoir M. Dunford. « Mais nous ne pouvons tout simplement pas laisser cela se produire. Covid-19 ne peut pas être une excuse pour que le monde tourne le dos aux réfugiés en ces temps terribles ».

Face à cette urgence humanitaire, le PAM a besoin de 323 millions de dollars pour aider les réfugiés dans la région au cours des six prochains mois, soit 22 % de plus que pendant la même période l'année précédente. La situation est si grave pour les réfugiés que l'Agence onusienne lance un appel à la fois aux donateurs traditionnels et aux nouveaux donateurs potentiels, tels que les institutions financières internationales (IFI), pour qu'ils interviennent et aident les réfugiés - précisément parce que leur vulnérabilité n'a fait qu'augmenter avec la Covid-19.

Des donateurs tels que la Banque mondiale ont fait un pas en avant pour soutenir les gouvernements de la région afin d'aider les personnes pauvres vivant dans des établissements informels des zones urbaines après que des millions d'entre elles aient perdu leurs moyens de subsistance en raison des ralentissements économiques déclenchés par les restrictions de la pandémie de Covid-19.

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