Congo-Kinshasa: Forum du Centre Interdiocésain - L'électrologue Bisambu non partant

26 Août 2020

Le Forum organisé au Centre Interdiocésain par l'Université de Liège et brutalement suspendu hier mardi a tout l'air d'un mort-né. Les dirigeants du Cap pour le Changement (CACH) et du Front Commun pour le Congo (FCC) ont refusé d'y participer mais aussi la société civile. L'électrologue Gérard BISAMBU s'est également déclaré non partant. Voici pourquoi.

«En réfléchissant sur les assises du consensus électoral organisées par l'Université de Liège, je voudrais me recroqueviller dans mon défaut d'argumentateur scientifico-technique hors de tout subjectivisme, en notant qu'il y a quand même des préoccupations pertinentes relatives à ce forum dont je m'oblige la complicité en les taisant. D'abord, j'aimerais recadrer qu'il n'y a pas crise de consensus quant à la réforme électorale congolaise.

La quasi-totalité des acteurs adhérent à la réforme du système électoral et tiennent à s'y engager. Seulement il y a une confusion sciemment créée qui fait, à ce jour, la crainte des acteurs. C'est la désignation des animateurs de la CENI confrontée irrationnellement à l'obligation technico-opérationnel de la réforme. Les deux n'étant guère en rapport de dualité. La désignation des animateurs de la CENI, particulièrement le fait que ce fut Malonda, cette pauvre expertise qui a écopé le malheur de victimisation innocente qui tiendrait simplement à l'égoïsme de certains acteurs socio-politiques.

Si, en lieu et place de Ronsard Malonda il était désigné un autre candidat estimé crédible à leur manière et suivant la mesure taillée à leur bon goût, la réforme du système électoral ne ferait pas autant l'objet de l'agenda des débats politiques et sociaux que maintenant, jusqu'à entamer l'harmonie des Institutions de la République. Cette effervescence frise le populisme idéologique comme stratégie du basculement des institutions. Il y a à faire attention! Ensuite et ce qui serait dangereux, l'on ne peut aucunement, après 60 ans d'indépendance et trois cycles des élections estimées démocratiques, tolérer que le système électoral du pays soit repensé selon une approche exogène de légitimation interne.

Qu'il soit initié ailleurs sans les Congolais et pour les Congolais. Et l'Abbe José Mpundu aura eu décidément raison lorsqu'il affirmait que nos élections sont la légitimation d'un pouvoir choisi de l'extérieur par l'Occident capitaliste et validé à l'intérieur par des mécanismes moins transparents. En lisant la note d'orientation dudit forum, on peut retenir qu'il sera levé des options relatives au système électoral qui seront recommandables à être légalisées à travers une loi électorale révisée ( la majorité et proportionnelle dans leurs différentes variantes) et à la loi organique de la CENI réformée. Ceci est grave! L'option sur le système électoral est un enjeu politique et citoyen important qui devrait se décider en toute souveraineté, sans influence extérieure et selon l'intérêt majeur des nationaux. Il y a là un risque imminent de positionnement qui ne dit pas son nom. Mais surtout les élections risqueraient d'être gagnées d'avance par la partie qui réussira à influencer davantage le système de vote à son profit.

Tenez : il n'y a pas de système électoral parfait. Tout système répond toujours à des intérêts de ses commanditaires souvent politiques. En sus, aucun pays n'a de leçon à donner à un autre tant les standards électoraux internationaux sont des transcendantaux éthiques imposés comme la règle d'action de tous. Aussi l'on ne doit pas oublier le fait de l'existence des préalables spécifiques à chaque contexte qui régentent toujours le processus de la réforme juste et inclusive.

En définitive, les Congolais devraient se garder de perdre certains acquis importants engrangés au cours du processus électoral 2018, principalement celui de la souveraineté électorale. Nos élections ont été audacieusement organisées sur fonds propres. Et du côté de la société civile, pour la première fois, cet acteur important a réussi à organiser des missions d'observation électorale crédibles et efficaces autonomes. Ce qui se fait ce jour est un grave recul démocratique, une auto-négation de notre propre maturité démocratique en tant que Nation. Bien sûr qu'il y a eu des ratés mais il ne peut être toléré que ces acquis soient totalement oblitérés. Somme toute, nous faisons inexorablement face à la quête d'occupation de l'espace démocratique et de la confiscation de la souveraineté congolaise».

Plus de: Le Phare

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.