Afrique: Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS à l'occasion du point presse sur la Covid-19 du 27 août 2020

Bonjour, bon après-midi et bonsoir.

Mardi a été un grand jour pour la santé mondiale - le jour de la certification de l'éradication du poliovirus sauvage en Afrique.

Cet effort remarquable a été initié par Rotary International dans les années 1980 et promu par Nelson Mandela en 1996 avec le lancement de la campagne « Bouter la polio hors d'Afrique ». À l'époque, la polio paralysait 75 000 enfants chaque année.

Bien qu'il ne soit malheureusement plus là pour le voir, nous avons réalisé le rêve de Madiba.

Cette réussite extraordinaire n'a été possible que grâce à la détermination des peuples et gouvernements africains et au partenariat étroit entre l'OMS, Rotary, la Fondation Bill et Melinda Gates, l'UNICEF, Gavi et les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis.

Je tiens également à remercier les nombreux donateurs qui ont investi pour faire de ce rêve une réalité, notamment l'Allemagne, l'Arabie saoudite, l'Australie, le Canada, les Émirats arabes unis, l'Espagne, les États-Unis d'Amérique, la France, l'Italie, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, la Russie et l'Union européenne.

Nos investissements n'ont pas seulement contribué à éradiquer la polio. Ils ont également contribué à renforcer les systèmes de santé, en mettant à disposition des infrastructures vitales et des agents de santé pour faire face à d'autres crises, telles qu'Ebola et la COVID-19.

L'éradication du poliovirus sauvage en Afrique est un tour de force qui illustre ce qu'il est possible de faire lorsque nous agissons ensemble, dans un esprit de solidarité.

Or la polio n'est pas encore éradiquée à l'échelle mondiale.

Il reste encore beaucoup à faire pour faire disparaître totalement la polio des deux derniers pays où elle perdure : l'Afghanistan et le Pakistan.

La polio n'est pas la seule maladie face à laquelle nous réalisons des progrès.

Hier, nous avons également célébré l'élimination de la maladie du sommeil en tant que problème de santé publique au Togo.

Je profite de cette occasion pour féliciter le peuple et le gouvernement du Togo et leurs partenaires pour cette prouesse.

La maladie du sommeil, ou trypanosomiase humaine africaine, est une maladie tropicale négligée propagée par la mouche tsé-tsé, qui est endémique dans 36 pays africains. Sans traitement, elle est mortelle.

Sept autres pays s'apprêtent à soumettre leur dossier pour montrer qu'ils ont eux aussi éliminé la maladie du sommeil en tant que problème de santé publique : le Bénin, le Cameroun, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Mali, l'Ouganda et le Rwanda.

Trois autres ont annoncé leur intention de le faire : le Burkina Faso, le Kenya et le Tchad.

Il s'agit d'une avancée incroyable contre une maladie qui était considérée comme impossible à éliminer il y a seulement 20 ans.

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Ce sont l'esprit de solidarité et les partenariats qui sous-tendent les efforts de lutte contre la polio et la maladie du sommeil dont nous avons besoin à l'échelle mondiale pour juguler la pandémie de COVID-19.

Alors que les activités reprennent, une recrudescence de la transmission commence à être signalée dans de nombreux endroits.

Cette recrudescence se manifeste en grande partie dans des groupes de cas liés à des rassemblements de personnes, en particulier dans des stades, des boîtes de nuit, des lieux de culte et des foules.

Il se peut que ce type de rassemblements amplifie des événements susceptibles d'être l'étincelle à l'origine d'un incendie de beaucoup plus grande ampleur.

Chaque pays, chaque communauté doit prendre ses propres décisions sur la façon d'organiser ces événements en toute sécurité, en fonction de son propre niveau de risque.

Dans certains cas, il peut s'avérer nécessaire d'annuler ou de reporter des événements pendant une courte période. Dans d'autres, il est possible d'organiser des événements en toute sécurité en faisant preuve de créativité, afin de réduire les risques au maximum.

Le pèlerinage du hajj, par exemple, s'est déroulé avec un nombre restreint de pèlerins qui ont dû respecter une distanciation physique.

Certaines manifestations sportives font le pari d'un nombre restreint de spectateurs.

Au cours des semaines et des mois à venir, des événements, des festivals et des célébrations de toutes sortes auront lieu.

Il est possible de les organiser en toute sécurité, en adoptant une approche fondée sur les risques consistant à prendre les mesures nécessaires pour assurer que les gens restent en bonne santé.

Ces mesures devraient faire l'objet d'explications claires et régulières.

L'être humain est un être social. Il est naturel et normal de vouloir se réunir pour toutes sortes de raisons.

Il existe de nombreuses façons d'être physiquement séparés, tout en restant socialement connectés.

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L'absence d'interaction sociale due à la pandémie a eu de graves répercussions sur la santé mentale de nombreuses personnes.

La COVID-19 a nui à la santé mentale de millions de personnes, engendrant de l'anxiété et de la peur et perturbant les services de santé mentale.

Les personnes hébergées dans des établissements de soins de longue durée, comme les maisons de retraite et les hôpitaux psychiatriques, présentent un risque accru de contracter une infection.

Des professionnels de la santé mentale ont été infectés par le virus ; et certains services de santé mentale ont été fermés pour être transformés en service de traitement des personnes atteintes de COVID-19.

Le problème de la santé mentale était déjà négligé à l'échelle mondiale auparavant.

Près d'un milliard de personnes sont atteintes de troubles mentaux, 3 millions meurent chaque année de la consommation nocive d'alcool et une personne décède toutes les 40 secondes par suicide.

Et pourtant, relativement peu de gens ont accès à des services de santé mentale de qualité.

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, plus de 75 % des personnes atteintes de troubles mentaux, neurologiques et liés aux toxicomanies ne reçoivent aucun traitement.

La stigmatisation, la discrimination, les lois punitives et les violations des droits de l'homme sont encore très répandues.

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale 2020, l'OMS, en collaboration avec ses organisations partenaires, United for Global Mental Health et la Fédération mondiale pour la santé mentale, lance un appel pour une augmentation massive des investissements dans le domaine de la santé mentale.

Lors de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, l'OMS organisera pour la première fois un événement mondial de sensibilisation en ligne sur la santé mentale.

Au cours de cet événement - le Grand événement pour la santé mentale - je serai accompagné, pour mettre en avant ce que chacun de nous peut faire pour améliorer notre santé mentale, d'experts et de grands noms du monde de la musique et du sport qui évoqueront leur histoire personnelle. Chacun d'entre nous a une histoire à raconter sur la santé mentale.

Seront également avec nous des dirigeants mondiaux qui expliqueront pourquoi ils investissent dans l'amélioration de la santé mentale des personnes dont ils servent les intérêts.

Nous mettrons également en avant le travail incroyable accompli et ce qu'il reste à faire pour s'assurer que des soins de santé mentale de qualité sont dispensés à tous ceux qui en ont besoin.

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Le mois dernier, j'ai annoncé la création du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie (GIPR) chargé d'évaluer l'action engagée au niveau mondial face à la pandémie de COVID-19.

La pandémie a été une épreuve décisive pour de nombreux pays et organisations, ainsi que pour le Règlement sanitaire international, instrument juridique élaboré d'un commun accord par les pays qui régit la préparation et la riposte en cas d'urgence sanitaire.

Avant la pandémie déjà, j'avais souligné comment des situations d'urgence telles que l'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo avaient montré qu'il pourrait être nécessaire de réviser certains éléments du Règlement sanitaire international, en particulier la nature binaire du mécanisme de déclaration des urgences de santé publique de portée internationale.

Le Règlement sanitaire international prévoit la création d'un comité d'examen chargé d'évaluer son fonctionnement et de recommander des amendements.

Plus tôt dans la journée, j'ai informé les États Membres de l'OMS que j'avais l'intention de créer un comité d'examen du RSI dont l'objectif sera de me donner un avis sur la nécessité potentielle de modifier le RSI afin de garantir que ce puissant outil de droit international soit aussi efficace que possible.

Ce comité sera composé d'experts indépendants qui examineront divers aspects du RSI.

Bien que son mandat soit spécifique au RSI, le comité communiquera avec le Groupe indépendant de préparation et d'intervention en cas de pandémie et avec le Comité consultatif indépendant de surveillance du Programme des urgences sanitaires de l'OMS, afin d'échanger des informations et de partager des conclusions.

En fonction des progrès réalisés, le comité présentera à l'Assemblée mondiale de la Santé un rapport intermédiaire lors de sa reprise en novembre et un rapport complet à l'occasion de sa session de mai de l'année prochaine.

L'OMS est déterminée à mettre fin à la pandémie et à collaborer avec tous les pays pour en tirer des enseignements et pour faire en sorte qu'ensemble, nous bâtissions le monde plus sain, plus sûr et plus juste que nous appelons de nos voeux.

Je vous remercie.

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