Cote d'Ivoire: Présidence de la FIF - Ces erreurs qui ont plombé le processus

C'est un secret de polichinelle. Le processus électoral pour le renouvellement des organes dirigeants de la Fédération ivoirienne de football (FIF) est plongé dans une impasse terrible.

La Commission électorale (CE) n'ayant pas pu publier dans le délai requis par le code électoral la liste des candidatures retenues, le scrutin du 5 septembre 2020 est plus que jamais compromis.

Et la Côte d'Ivoire, comme l'ont été certains pays comme le Mali, la Guinée et le Cameroun, court inexorablement vers un comité normalisation.

Comment en est-on arrivé à cette situation de vide juridique ? Pourquoi le pays des Champions d'Afrique 2015 n'arrive-t-il pas à s'aligner sur les recommandations de la Fédération internationale, la FIFA ? Autant d'interrogations qui méritent d'être élucidées pour mieux cerner la nouvelle crise du ballon rond en Côte d'Ivoire.

La marche ratée de l'AGO de 2019 «La Commission est élue, en conformité avec les dispositions du présent code, par l'Assemblée générale pour un mandat de quatre ans, lors de la dernière Assemblée générale ordinaire précédent l'Assemblée générale élective du Comité exécutif de la Fédération ivoirienne de football (FIF)», décrit l'article 4, al.1 du code électoral.

Cela dit, la Commission électorale devrait être mise en place depuis l'Assemblée générale du 25 mai 2019 à Yamoussoukro. Mais pour des calculs non sportifs, la Fédération a royalement omis ce point de l'ordre du jour. Un fait décrié à haute voix par certains clubs.

Une montée de ton qui n'a nullement fait fléchir les décideurs de la Maison de verre qui, il faut le dire net, voulaient jouer la montre. Mais c'était sans compter avec les exigences de la FIFA reprises dans les dispositions de l'article 42, al.2 de ses statuts.

Elles stipulent que : «L'élection du président a obligatoirement lieu au plus tard le 30 juin suivant la fin de la quatrième année civile de son mandat». Elu en février 2016 pour un mandat de quatre ans, le mandat de Sidy Diallo est arrivé à expiration en février 2020.

Le 30 juin 2020 étant donc la date butoir pour organiser l'Assemblée générale élective. Alors que rien n'a été préparé en ce sens, le COMEX sortant est pris entre le marteau et l'enclume.

Face à l'urgence, des dates sont arrêtées mais c'était sans compter avec la situation sanitaire imposée par la COVID-19. Finalement, dans un souci de sauver la situation, tous les acteurs du ballon rond s'accordent pour la tenue de l'AGO de mise en place des organes électoraux, le 4 juillet 2020.

Une date bien au-delà de ce qu'exigent les statuts. Un contre-la-montre qui malheureusement risque de coûter cher à la Côte d'Ivoire depuis que la CE n'a pu publier les candidats retenus.

Une nouvelle donne qui rapproche de plus en plus le pays vers un comité de normalisation. Le deux poids, deux mesures de la discorde «Si on met de côté les textes, la FIFA nous tue. On nous suspend et on nous met sous comité de normalisation.

On ne peut pas se permettre, au niveau de la fédération, de violer les textes sauf décision contraire de l'Assemblée générale», a dit le garant de la stricte application des statuts et du code électoral, Jean Baptiste Sam Etiassé, le 12 août en conférence de presse.

Ajoutant que la «Commission a délibéré, le 6 août, mais des éléments extras sont intervenus pour que tous les candidats soient validés. Je ne vais pas cautionner la forfaiture». «René Diby (président de la CE) a signé la décision prise, le dimanche (9 août) par certains membres de la commission électorale. Mais moi, je ne signe pas.

Parce que cette décision ne respecte pas les textes», a-t-il alerté. Si on peut comprendre aisément cette sortie de celui qui «assure la logistique et les fonctions administratives» de la Commission conformément à l'article 5, al.3 du code électoral, c'est au niveau des multiples parrainages qu'il a du mal à convaincre.

Plus particulièrement sur ceux de l'Africa Sports et de l'AMAFCI. Sam Etiassé a justifié la validation des parrainages octroyés à Sory Diabaté par Vagba Alexis et à Drogba Didier par Bahi Antoine par le fait que les deux sont signataires d'un protocole d'accord de l'Africa Sports qui implique une façon collégiale.

Ce qui n'est pas le cas des arbitres où le parrainage de Danon Roland à Drogba a été rejeté parce que le signataire n'étant pas le représentant légal de cette structure. Danon a agi, a-t-il soutenu, en qualité de président d'un comité de pilotage.

Lequel n'étant pas reconnu comme membre actif de la FIF. Le parrainage de Coulibaly Souleymane à Sory Diabaté a été, à l'opposé, autorisé. Et là, sans se tromper, on peut affirmer que la CE a failli. Bien que l'Africa se trouve dans une gestion collégiale, il n'a pas non plus deux présidents à sa tête.

Ce qui paraît raisonnable, c'est que le parrainage de l'Africa est signé à la fois par Vagba et Bahi. Des parrainages isolés ne devraient en aucun cas être acceptés.

Surtout que les textes de la FIFA desquels sont inspirés ceux de la FIF n'acceptent jamais un bicéphalisme à la tête d'un membre actif. Si donc la Commission a décidé de tordre le cou au droit à ce niveau, pourquoi ne le ferait-elle pas en ce qui concerne l'AMAFCI ?

De l'échec de la CE et la légalité des décisions de la FIF La situation constatée, le 11 août dernier, a contraint le Comité exécutif à faire usage de l'article 48 relatif au Comité d'urgence, en son alinéa 2, des Statuts de la FIF qui dit que : «Ce comité est chargé de régler toutes les affaires qui requièrent célérité, et dont l'urgence de la solution ne peut attendre la prochaine réunion du Comité exécutif».

Face à cette situation de non-droit, il fallait agir et réagir pour sauver le processus. D'où la décision du 12 août prononçant la dissolution de la CE.

Mais le COMEX le sait bien. Sa décision prendra toute sa force qu'en application de l'alinéa 4 de l'article 48 : «Toute décision prise dans ce cadre devra être confortée par le Comité exécutif à sa plus prochaine réunion». Mais le COMEX est dans une impossibilité de se réunir depuis le 30 juin.

La CE ayant failli, il revenait ainsi au Comité d'urgence de prendre une décision adéquate. Et ce pouvoir lui est conféré également par l'article 2, al.4 du code électoral : «Les instances internes élues de la Fédération ivoirienne de football continuent d'exercer leurs fonctions jusqu'à la finalisation de la procédure électorale».

Vu sous cet angle, on ne peut affirmer que les décisions prises par la FIF sont frappées du sceau de l'illégalité. Les aveux coupables de Diby La Commission électorale a perdu en crédibilité. Si les sorties du secrétaire général Sam Etiassé et du membre Soumahoro Mamadou ont permis de mesurer les dissensions, l'interview du président René Diby a fini de convaincre plus d'un.

«On a évoqué la cohésion sociale, on a évoqué l'atmosphère qui prévaut. C'est moi qui ai dit que compte tenu de la proximité des élections, de l'effervescence sociale, et de tout ce qu'on entend, il ne faut pas en rajouter.

Le sport étant un, facteur de paix, faisons en sorte qu'on aille à l'apaisement et à la cohésion sociale», a dit l'ancien ministre des Sports.

On peut lui accorder cela parce qu'en sa qualité de chef de village et responsable de bureau régional de la Chambre des rois et chefs de Côte d'Ivoire, il privilégie la voie de la conciliation,.., mais ici tout est balisé par les statuts et le code électoral.

Autre aveu de l'ancien président de la FIF, c'est sa partialité dans la conduite du processus électoral. Là où le point 7 des dispositions finales du code électoral recommande que : «Les membres de la commission doivent observer la stricte impartialité et probité dans l'accomplissement de leur tâche», René Diby et Soumahoro Mamadou ont été simplement dithyrambiques à l'endroit d'un candidat. Mettant ainsi à nu leur parti pris flagrant. Et par ricochet, leur incapacité à mener à un terme le processus électoral.

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