Sénégal: Dr Ababacar Mbaye - «Poursuivons la restauration des voies naturelles d'écoulement»

31 Août 2020
interview

Le directeur de l'Assainissement, Dr Ababacar Mbaye, passe à la loupe les causes des inondations dans les grandes villes du Sénégal, notamment à Dakar et à Kaolack. Il pointe du doigt l'obstruction des voies naturelles d'écoulement, l'occupation des bas-fonds. Le docteur en environnement préconise la restauration des voies naturelles d'eau et la poursuite de la construction d'ouvrages.

Vous venez d'élaborer un document qui propose des solutions contre les inondations. Pouvez-vous nous faire l'économie de ces solutions ?

Le document qui a été élaboré est une contribution dans le cadre de la gestion des inondations à Dakar. Au Sénégal, nous avons les Niayes qui constituent une bande inondable qui n'a pas été aménagée. Par manque d'attention, des personnes y ont construit des habitations après des lotissements. C'est ainsi que des zones inondables, voire inondées, ont été remblayées pour être transformées en parcelles à usage d'habitations durant les années de sécheresse. Actuellement, nous sommes « aux années de retour des pluies » qui entrainent des inondations dans les bas-fonds depuis les années 2005.

Face à cette problématique, l'Etat a mis en place le Plan décennal de lutte contre les inondations (2012-2022). Ce plan a permis la construction des ouvrages à Guédiawaye (Wakhinane Nimzatt, Médina Gounass. Il y a aussi le Projet de gestion des eaux pluviales (Progep), avec l'Adm, qui a réalisé des ouvrages structurants pour régler ce problème d'inondations. L'Etat est un acteur principal. Mais, il y a d'autres acteurs tels que les collectivités territoriales, les Ong et même les populations qui tentent d'apporter des solutions. L'Etat a fourni des efforts en délocalisant les populations pour les reloger. A mon humble avis, nous devons passer à un autre niveau en poursuivant la restauration des voies naturelles d'écoulement des eaux dans la zone des Niayes où il faudra créer une rivière naturelle. C'est la solution qui a été utilisée au Japon. Mais, il faudra du temps, des années, pour avoir des résultats. Cela coûtera de l'argent, car il faudra casser certains bâtiments. Il faudra beaucoup d'investissements. Il faut des aménagements et la restauration des voies d'écoulement dans la bande qui va de Guédiawaye à la Patte D'oie en passant par Pikine, Yeumbeul-Nord, Yeumbeul-Sud. Cette réhabilitation atténuera de manière considérable les inondations.

Est-ce que la restauration des voies naturelles est suffisante pour vaincre les inondations ?

Je crois que c'est la restauration des voies naturelles d'eau qui peut régler définitivement les problèmes d'inondation dans la zone des Niayes. Cette solution doit être combinée avec la construction d'ouvrages de drainage et stockage. La construction des ouvrages demande de l'argent. En plus, il faudra d'autres ressources financières pour entretenir ces infrastructures. Réaliser des ouvrages est une chose, les exploiter en est une autre. L'Office national de l'assainissement du Sénégal (Onas), qui les exploite, a de sérieux problèmes pour recevoir des subventions de l'Etat. Il faut trouver d'autres alternatives.

La redevance dont on parle par rapport aux eaux pluviales ne peut pas compenser toutes les charges d'exploitation de ces ouvrages. Nous devons avoir une projection à long terme pour régler les problèmes des inondations. Nous devons prendre l'exemple de Nigata, un fleuve artificiel qui se trouve au Japon. Nous avions effectué une mission de benchmarking dans le cadre de la lutte contre l'érosion côtière. Nous en avions profité pour aller au nord du Japon pour nous inspirer de l'exemple de ce fleuve artificiel. C'est un bel exemple en matière de résolution des problèmes des inondations. Mais, il a fallu 22 ans pour avoir des résultats dans ce pays. Nous devons faire des investissements pour régler les problèmes des inondations pour les générations futures.

L'autre facteur, ce sont les failles de l'aménagement de l'espace urbain...

Nous avons mené une réflexion à l'interne. C'est une contribution de tous les collègues. Le sens d'écoulement des eaux de pluie à partir du chemin de fer qui constitue la ligne de crête des eaux de pluies est connu depuis les années 2010. Malheureusement, à partir de la RN1, il y avait neuf voies de passage qui ont été obstruées lors de la réfection de la RN1. La conséquence : les eaux sont bloquées dans les quartiers de Tivaouane, Diacksao, Guinaw-Rail et Diamaguene. Cette obstruction est à l'origine des inondations dans ces communes. D'ailleurs, les manifestations notées dans cette zone lors de la dernière pluie ne sont rien d'autre qu'une réclamation de la réouverture de ces voies d'eau pour aller vers leur exutoire naturel, à savoir la mer. C'est la même situation à laquelle nous assistons dans la zone de Bambilor depuis la réhabilitation de la route des Niayes. Les cinq ouvrages ont bouché les voies d'écoulement. Au nord des rails, les exutoires sont les lacs du nord : Wouye, Warouwaye et Thiourour.

Il y a un effort pour donner à ces voies d'eau leur vocation originelle. C'est dans ce cadre que depuis 2005, 5.000 ménages ont été relogés dans le cadre des Plans Jaxaay et Tawfekh. Les maisons qui se trouvent dans des zones inondables ont été rasées pour y construire des bassins. L'Etat a construit rien qu'à Keur-Massar 8.000 m de réseau et 9 bassins de rétention. L'Etat, à travers l'Onas, est en train de construire des ouvrages pour régler des problèmes d'inondations à Kaolack, notamment à Khakhoun et Thioffack. Il est prévu la construction de deux bassins qui seront reliés directement par une canalisation de très grande dimension qui drainera les eaux, y compris celles de la bande d'Aouzou, vers le fleuve Sine-Saloum. En résumé, l'Etat est en train de déployer des efforts pour résoudre le problème.

Plus de: Le Soleil

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