Tunisie: Rencontre avec Aymen Mabrouk - Un acteur d'ici et d'ailleurs

1 Septembre 2020

Sa dernière aventure en date est un rôle qui sera certainement marquant dans le très attendu «Harka» de Lassaâd Weslati et un départ est imminent pour une nouvelle aventure pour une superproduction arabe. Depuis une quinzaine d'années, Aymen Mabrouk s'est frayé un chemin entre l'Europe et le monde arabe, il voyage d'une aventure à une autre à la recherche d'une émotion que seule une carrière de comédien peut lui procurer.

Depuis une quinzaine d'années, Aymen Mabrouk vole loin du nid, d'abord Beyrouth, ensuite la Suisse pour atterrir en Italie. De son Tozeur natal, il a gardé la chaleur du sud et l'esprit entrepreneur.

Son aventure via la Méditerranée était guidée par ses ambitions artistiques, ses rêves d'acteur et beaucoup de belles rencontres et coïncidences qui l'on porté sur plein de rivages entre les continents.

Sa dernière aventure en date est un rôle qui sera certainement marquant dans le très attendu «Harka» de Lassaâd Weslati et un autre départ est imminent pour une nouvelle aventure pour une superproduction arabe.

«Ma passion pour le théâtre et le jeu a commencé tout jeune, et c'est dans le théâtre scolaire que ma vocation s'est définie. Mon départ, en premier lieu, était motivé par les études d'arts dramatiques, j'étais major de promotion à l'Isad (Institut supérieur d'art dramatique) et j'ai décidé de partir perfectionner ma formation et à la rencontre d'autres expériences», dit-il.

Mais au-delà des études, un parcours, qui semblait être ordinaire d'un acteur immigré, s'est construit à coup de chance et de hasard. «Recevoir une proposition du théâtre grec de Syracuse était une occasion inespérée, les organisateurs cherchaient un jeune acteur arabe pour faire les ouvertures dans la grande tradition des représentations du répertoire classique. Cette expérience m'a permis de jouer 42 représentations et d'être vu durant une saison, par 160 mille spectateurs. Mais pas seulement. La visite d'un agent artistique qui s'est intéressé à mon profil m'a mis dans le circuit et de là a commencé une carrière organisée, réfléchie et professionnelle», nous raconte-il.

D'abord, un feuilleton pour la RAI, puis d'autres, ensuite de nouvelles perspectives avec d'autres chaînes télés et encore des téléfilms et des séries, et du cinéma mais surtout un passage marquant par le «Piccolo teatro de Milano», une institution de référence fondée par Paolo Grassi et Giorgio Strehler.

«Il est vrai qu'au fil des années, la télé et le cinéma se sont imposés à moi comme une évidence, j'intéressais les metteurs en scène par ma gueule, certes, mais aussi, nous, comédiens arabes n'étions pas très nombreux. La recherche des directeurs de casting de profils comme le mien n'était pas facile en Italie. Au début, mon accent soulignait ma nationalité, et c'était aussi recherché... mais plus tard et avec les années mon accent est devenu plus affiné. Du coup, j'arrivais à me placer dans une palette plus large pour jouer des rôles de sicilien, sud-américain, iranien, indien, maghrébin... », poursuit-il amusé.

Mais il n'y a pas que le physique qui fait l'acteur ? «Au-delà du physique j'ai réalisé à quel point notre formation académique et pratique à l'Isad était importante dans ce que je suis aujourd'hui, une formation assurée par des formateurs d'une grande valeur qui m'a permis d'avancer à pas sûrs dans une carrière internationale et c'est grâce au théâtre que je suis aujourd'hui un acteur pour l'écran». Sa reconnaissance envers ses maîtres et la prise de conscience de l'importance de sa formation étaient sa manière de réfléchir son métier et de savoir saisir les opportunités qui se présentent à lui.

Aymen Mabrouk est tout à fait conscient que le passage de la scène à l'écran relève d'une différence d'approche. Les outils sont les mêmes mais la conscience de ces outils fait la distinction... puiser de soi, doser l'émotion, mettre en pratique les acquis et miser sur ses atouts tout en explorant ses limites. «Mon métier me permet d'être moi-même en jouant des rôles différents», avoue-t-il.

Toute carrière de comédien est forcément parsemée d'embûches. La facilité de proposer à un acteur arabe ou maghrébin le rôle de l'Arabe de service, et en l'occurrence celui du terroriste et de l'intégriste, est un dérapage facile qui risque d'enterrer le talent et les rêves dans les oubliettes de la stigmatisation et de la manipulation politique. De ces dérives, Aymen Mabrouk en est conscient et c'est pour cette raison qu'en Europe il a toujours refusé ce genre de rôle.

Pourtant, en 2016, le marché arabe lui a ouvert ses portes via le rôle d'un Emir de Daech dans Gharabib Soud. «Le rôle de l'intégriste je ne l'ai fait que dans Gharabib Soud, une production arabe de Adel Adib et Houssine Chawkat, le projet était clair, sa vision précise et sans équivoque et son message m'interpellait... le rôle aussi était bien écrit, nuancé et riche».

Malgré ses perspectives nombreuses, Aymen Mabrouk ne s'absente point de la fiction nationale : Dawama, Chouerreb, Layam, Chebabek El Janna... «Je m'embarque dans chaque projet qui m'interpelle au niveau de l'image et de la trame, je suis mon feeling c'est à lui que j'accorde la mission de trancher».

Outre sa carrière d'acteur, Aymen Mabrouk est à l'origine de l'initiative du Festival international du film de Tozeur (Toiff) avec d'autres compétences et amis originaires de sa ville. Ce festival est déjà à sa deuxième édition et place la barre assez haut pour attirer le regard vers notre Sud. Déjà, les deux premières éditions ont drainé du beau monde et des films de qualité. Une manière de garder un lien avec la ville natale et de mettre une pierre dans l'édifice d'une vie culturelle et artistique rayonnante à Tozeur.

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