Congo-Brazzaville: Sport national - Des performances de l'après 2015 toujours attendues

Le visage qu'affiche actuellement le sport congolais contraste avec celui que les observateurs lui souhaitaient il y a cinq ans pendant l'ouverture des 11e Jeux africains.

Cela fait cinq ans que l'évènement continental faisait son retour à Brazzaville, cinquante ans après sa création. Les 11e Jeux africains ont été lancés le 4 septembre 2015 dans un stade de Kintélé flambant neuf par le président de la République, Denis Sassou N'Guesso. A la clôture de cette compétition le 19 septembre, le Congo avait réalisé sa meilleure moisson depuis la création des jeux en terminant 6e avec trente-deux médailles dont huit en or, quatre d'argent et vingt de bronze. Cependant, le bilan que l'on peut retenir de l'après Brazzaville 2015 est moins éloquent.

En organisant ces jeux, le Congo avait visiblement posé les bases de la performance. Le pays peut avant tout se satisfaire d'avoir réussi à bien vendre son image grâce à la qualité des infrastructures sportives dont il dispose désormais. Brazzaville est devenue une destination crédible susceptible d'accueillir des grands rendez-vous sportifs. Le gouvernement a, en effet, construit au Complexe sportif de la Concorde à Kintélé le stade de l'Unité de plus de 60 000 places, le Palais des sports de la fraternité (10 000 places) et le Complexe nautique de la paix (2000 places). Quatre gymnases construits respectivement à Talangaï, Ouenzé, Makélékélé et au stade Alphonse-Massamba-Débat soulagent visiblement les athlètes dont le sport se pratique dans les salles.

Mais le prix à payer pour ce lourd investissement consiste à utiliser régulièrement ces installations et entretenir cet énorme patrimoine. Les observateurs s'appuyaient d'ailleurs sur la qualité de ces infrastructures pour augurer un avenir meilleur du sport congolais. « Les infrastructures appellent à la performance », soulignaient-ils . Cinq ans après, les performances tant souhaitées sont toujours attendues. Les Diables rouges football ont manqué deux phases finales de la Coupe d'Afrique des nations (2017 et 2019). L'équipe nationale du handball dames longtemps injectée du podium de la compétition continentale depuis douze ans peine à retrouver sa place et à assurer une qualification à la phase finale de la Coupe du monde. Le judo est plongé dans une crise qui l'empêche de se relever... La courbe du Congo a considérablement baissé lors des derniers Jeux africains du Maroc. Les Congolais ont occupé la 34e place avec une médaille d'argent et deux de bronze.

Les raisons de l'échec

La préparation est l'une des causes de ses multiples échecs. Avec ces infrastructures, les athlètes congolais n'ont nullement besoin de négocier des mises au vert ailleurs. Hélas, l'utilisation de ces enceintes posent problème. Privés longtemps des bassins de compétition, les nageurs congolais espéraient profiter du Complexe nautique pour promouvoir leurs disciplines. Malheureusement ces portes sont restées fermées alors que les Jeux africains ont été une école pour eux qui avaient brillé par des contre-performances. Comment rectifier le tir, s'ils ne s'entraînent pas dans les conditions idoines ? L'on se souvient que le Congo, qui n'avait pas d'équipe de handball aux premiers Jeux africains de 1965, a pu développer son handball en copiant les pays qui se sont produits à Brazzaville. Quelques années après, il a formé ses propres championnes.

Le Palais des sports est lui aussi peu utilisé. Car après les Jeux africains, il n'a ouvert ses portes que lors du lancement de la Coupe d'Afrique des nations 2018, la 2e édition du Challenge Edith-Lucie-Bongo-Ondimba. Il devrait en principe décongestionner les gymnases en cas d'une forte sollicitation des fédérations. Le plus grand stade de football est devenu un simple monument. Et pourtant, à défaut des Diables rouges, il pouvait bien être utile pour abriter d'autres matches comme ceux du championnat national dans le but d'assurer son entretien.

« Ces infrastructures que le président de la République a bien voulu mettre à la disposition de la jeunesse congolaise sinon africaine ont besoin d'être utilisées et entretenues. Le gouvernement doit faire des efforts pour qu'effectivement ces infrastructures soient mises à la disposition de la jeunesse congolaise et que le sport se pratique à volontiers... Nous sommes sur la ligne de pouvoir trouver des partenaires et faire en sorte que ces infrastructures soient utilisées à bon escient », a estimé le ministre des Sports et de l'Education physique.

Les fédérations réclament toujours le matériel bloqué

L'acquisition du matériel est aussi à prendre en ligne de compte. Pendant les Jeux africains, toutes les fédérations engagées aux Jeux africains avaient acquis du matériel de compétition. A la fin de la compétition, nombreuses fédérations ont réclamé le matériel stocké dans certains gymnases notamment celles qui se sont produites au gymnase Etienne-Monga. « Pendant les Jeux africains, nous avons reçu du matériel qui est stocké au lycée de la Révolution, parce que nos compétitions (badminton, tennis de table) se déroulaient au gymnase Etienne-Monga. Depuis la fin de ces jeux, ce matériel y est toujours stocké», a expliqué le président de la ligue de badminton de Brazzaville.

Les installations seules ne suffisent pas pour élever le niveau du sport national. Il faut s'appuyer aussi sur la formation pour relever le défi de la performance. « Si nous ne formons pas les athlètes toutes les disciplines confondues, nous n'aurons pas des résultats. Nous sommes condamnés à le faire sinon les infrastructures mises à notre disposition ne serviront à rien », a commenté Hugues Ngouélondélé.

Raymond Ibata s'interrogeait, lui aussi, sur la place que les fédérations ont réservée aux athlètes. Selon lui bon nombre des fédérations ont relégué la mission de former les athlètes au second plan pour s'occuper de la gestion partisane. Certaines disciplines par exemple n'ont été visibles que pendant les Jeux africains. Sur ces cinq ans, elles n'ont organisé aucune compétition. Le président du Comité national olympique et sportif congolais, qui d'ailleurs a insisté sur la détection, a également pointé du doigt le manque de financement dans la préparation des athlètes qui freine la progression du sport national.

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