Afrique: Gabrielle Aboudi Onguene, le football comme une évidence

Elle porte le brassard de l'une des sélections de football féminin les plus féroces sur le continent. Gabrielle Aboudi Onguene, dans le trio final de la Joueuse Africaine de l'année, en 2015, 2016 et 2017, brille par sa constance et son envie. A 31 ans, la capitaine des Lionnes indomptables du Cameroun a toujours faim de victoires.

De ses débuts dans les rues de Douala, à son accession au capitanat de la sélection camerounaise senior, la flèche de la savane - surnommée affectueusement "Luis Figo" - n'a cessé d'éblouir par son talent et sa vélocité.

CAFOnline.com revient sur le parcours de l'attaquante internationale qui ravit les cœurs des fans du ballon rond.

Issue d'une famille de neuf enfants, Aboudi Onguene grandit à Fret Aéroport Village, quartier populaire de la capitale économique camerounaise, Douala.

Comme la plupart des jeunes footballeuses camerounaises confrontées au manque d'espaces de jeu et de centres de formation leur étant dédiés, Aboudi Onguene commence à jouer avec la gent masculine dès son plus jeune âge. Chaque soir, elle retrouve les garçons de son quartier pour s'adonner à son sport favori, le football.

C'est dans ces rues qu'elle est repérée par Gondicam, club de Douala où elle va passer six mois.

A l'époque, le Cameroun organise chaque année un tournoi regroupant les meilleurs clubs de chacune des 10 régions du pays. Le Canon Sportif Filles de Yaoundé tombe sous son charme et à l'issue du tournoi, amorce son recrutement. Dans la foulée, les portes de la sélection nationale s'ouvrent à elle.

Médaillée d'Or des Jeux Africains 2011 à Maputo au Mozambique et auteure de l'unique but camerounais aux Jeux Olympiques Londres 2012, la carrière d'Aboudi Onguene est en plein essor et l'envie de tenter sa chance sur le vieux continent se fait pressante.

Les médailles de Bronze au Championnat d'Afrique de football féminin 2012 en Guinée-Equatoriale et d'Argent en 2014 en Namibie consolident l'image du football féminin au Cameroun.

Après cinq saisons passées au Canon sportif durant lesquelles elles effectuent des tests à l'étranger, le club Louves Minproff (géant du football féminin camerounais) l'enrôle pour une saison, et c'est d'ailleurs sous les couleurs de ce dernier qu'elle prend part à la coupe du monde féminine de la FIFA, Canada 2015.

Compétition au cours de laquelle le Cameroun fera sensation en atteignant les huitièmes de finale avec deux réalisations signées de l'attaquante.

Après le Mondial 2015, Aboudi Onguene dépose ses valises en Russie, auprès du WFC Rossiyanka; club de première division dissous en 2017.

« Mon adaptation n'a pas été difficile. C'était une équipe très ouverte aux étrangères, qui avait abrité Nchout Ajara, Ejangue Siliki et d'autres joueuses nigérianes. »

En 2016, elle dispute la Ligue des Champions européenne avec le club russe mais l'aventure s'arrête en huitièmes de finale.

« J'avais juste joué le match aller en Allemagne contre le Bayern et nous avions perdu 4-0. Juste après ce match, j'ai pris mon vol pour le Cameroun pour disputer la CAN 2016 qui avait lieu en novembre. »

Une nouvelle occasion de goûter à la saveur européenne s'offre à elle, cette fois avec le CSKA Moscou. Grande artisane de la qualification des russes pour la compétition interclubs féminine de l'UEFA, elle espère mener les troupes vers un meilleur résultat cette saison 2020-2021.

Le Chili, pour la dernière chance... de qualification!

Après une nouvelle médaille de bronze à la CAN Total Ghana 2018 et une deuxième participation consécutive aux huitièmes de finale de la Coupe du Monde de la FIFA, en 2019 en France, les Lionnes Indomptables du Cameroun vise une qualification pour les JO de Tokyo.

Le Cameroun dompté par la Zambie lors des éliminatoires africaines, tient une dernière chance d'obtenir le ticket qualificatif pour le grand évènement mondial pluridisciplinaire. Ce sera face au Chili en février prochain et malgré l'annulation de la CAN en raison de la pandémie, Aboudi Onguene précise que les objectifs n'ont pas changé.

« Nous voulons participer pour la deuxième fois aux JO et je crois que mes coéquipières et moi avons encore cette envie. »

Du côté de sa famille, si son père et ses frères ont rapidement compris son adoration pour le football tout en l'encourageant à exceller dans le domaine, sa mère a eu plus de mal à être convaincue comme elle le raconte ici.

« La première fois que ma mère me voit jouer en live et découvre ce que je fais, c'est à la Coupe d'Afrique des Nations 2016 au Cameroun. Mes frères m'ont dit qu'elle avait regardé à la TV environ 20 minutes du deuxième match du mondial 2015 contre le Japon », dit-elle d'un air joyeux.

Une présence qui semble avoir galvanisé la flèche camerounaise qui a terminé meilleure joueuse de la CAN 2016 à domicile, malgré le pincement de n'avoir pas remporté le titre face à l'éternel rival, le Nigéria.

Le public camerounais est sans doute l'un des plus exigeants quand il s'agit de football féminin. La ferveur qui anime les fans est aussi vite que chez les hommes; un enthousiasme qui plaît à la jeune femme.

« Lorsqu'ils sont au stade, nous sommes boostées et nous voulons leur faire plaisir. Lorsque nous avons des matches importants, ils sont toujours là pour nous. Ça fait chaud au cœur de savoir que les gens laissent leurs occupations pour venir au stade nous supporter. »

A 31 ans, la capitaine des Lionnes reste encore l'un des plus grands atouts du football camerounais. Au sujet de la pérennité de la sélection nationale senior au top niveau, Onguene affiche optimisme et sérénité, citant Alexandra Takounda, Charlène Meyong, Mireille Tchiengang et Colette Ndzana entre autres, comme relève assurée.

Lionne de cœur

Terre promise, son association basée à Yaoundé, vient en aide aux plus démunis. Pour accompagner la promotion du football féminin au Cameroun, l'association a organisé en 2019 une première édition des Awards du football féminin baptisés "OG7 Awards".

« Lorsque vous jouez un championnat et qu'il y a des récompenses à la fin, cela lui confère encore plus de valeur et un niveau de jeu plus élevé », dit-elle.

En cette période délicate de l'humanité marquée par la pandémie de Covid-19, son équipe travaille actuellement afin de trouver une formule idéale pour la prochaine cérémonie de récompenses.

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