Sénégal: Série « Stéréotypes sur le genre »/ Regard des hommes sur les femmes - « Nous ne sommes pas des banques »

9 Septembre 2020

Pour la première partie de cette série de deux épisodes que Le Soleil consacre aux stéréotypes et à l'imaginaire que chaque genre porte sur l'autre, nous vous proposons une enquête sur le « Regard des hommes sur les femmes », suivie de l'éclairage de la sociologue Sely Bâ.

Ils ont leur opinion sur les femmes ou du moins sur ce qu'elles sont devenues au fil des années. Parce que pour la plupart des hommes interrogés, la gent féminine a généralement évolué pour ne pas dire régressé. Cela au regard de la tradition patriarcale encore vive dans la mémoire psycho-affective masculine.

« L'homme est un portefeuille à utiliser sans modération par la femme ». Difficile de faire revenir Amadou, jeune entrepreneur qui souffle l'aisance, de ses certitudes. Il peut disserter pendant de longues heures sur le sujet, mais sa conclusion est ferme : « Il n'y a que l'argent qui intéresse les femmes ».

Il n'a pas besoin d'aller chercher loin des exemples car sa propre expérience a fini de forger son opinion. « Vous pensez qu'aujourd'hui les femmes se contentent d'amour et d'eau fraîche ?

Savent-elles seulement ce que signifie l'amour ? Demandez autour de vous, la réponse sera toujours la même : « aujourd'hui l'amour ne résiste pas à la dèche » », clame-t-il. Amadou raconte mille et une histoires dans lesquelles la femme est toujours un « mur de sollicitations ».

Et s'il tempère un peu ses propos en lâchant à mi-voix que « toutes les femmes ne sont pas comme ça », il reste droit dans ses bottes : « La génération actuelle ne carbure qu'à l'argent, comme si nous étions des banques pour elles ».

Amadou semble être confirmé par le vieux Diassy, un banquier à la retraite qui raconte une anecdote qui fait froid dans le dos : « Un jour, j'ai reçu la visite d'une dame qui voulait en savoir plus sur le compte bancaire de son mari.

Je lui fis comprendre que le secret professionnel s'opposait à la divulgation de telles informations. Le lendemain, une autre dame vint me demander la même chose sur le même compte. En fait, c'était le coépouse de la première.

Renseignements pris, le mari était gravement malade et toutes les deux pensaient qu'il n'allait pas s'en sortir et voulaient prendre les devants pour le pactole de l'héritage ». Le mari a, finalement, vaincu la maladie et retrouvé ses moyens. « Des situations comme celle-là te font douter en tant qu'homme », confie M. Diassy.

Décidément, quand les hommes parlent des femmes, les anecdotes fourmillent et la machine à remonter le temps fonctionne à plein régime. Alioune, professeur de philosophie à la retraite, raconte une histoire glaçante.

Une dame, lasse de demander le divorce à son mari qu'elle traitait partout d'« incapable » (il ne pouvait plus satisfaire ses nombreuses sollicitations financières), eut l'idée de lui jeter un mauvais sort. Frappé de « xala » (impuissance sexuelle), le mari fut traîné au tribunal.

La dame obtint gain de cause parce que l'impuissance est un motif valable de divorce. Et puis, au fil des confidences, ressort une funeste tontine organisée par des femmes à Dakar pour le « diakhal ». Celle qui perd son mari rafle la mise.

Réformer le mariage

Ousmane Thiombane est serrurier et éleveur de moutons en même temps établi sur l'avenue Bourguiba. Assis sur un banc public adossé à une voiture en panne, il se tourne les pouces tout en veillant sur son petit cheptel tel un vieux berger. Une pose photo en noir et blanc et son discours sera comme prononcé il y a un siècle.

Pour cet homme de plus de quarante piges, le constat de l'émancipation et de la réclamation de nouveaux droits de la femme relève d'un manque de culture. Selon lui, la femme sénégalaise intègre de moins en moins la nature verticale de ses relations avec l'homme.

Il pense qu'elles sont devenues rebelles et contredisent les recommandations divines et coutumières. « C'est cela tout le nœud du problème parce qu'elles ignorent toutes les recommandations qui ont fait que nos grands-parents soient encore des références sur plusieurs aspects », a-t-il argumenté.

Pour étayer son point de vue, l'homme évoque « une certaine tendance extravertie et matérialiste » qui fait que la femme sénégalaise est devenue encline à tenir le haut du pavé. La mine renfrognée, les bras croisés sur le ventre, Ousmane estime que cela est une forme de défiance qui écorche le statut patriarcal de l'homme.

Il ajoute que cette nouvelle posture de la femme les amène naturellement à se départir de la tutelle masculine. « C'est la raison pour laquelle certaines femmes pensent être l'égale de l'homme parce que justement la particularité de notre société est de saper l'autorité de l'homme sur la femme.

On est en train de nous parler de nouveaux droits. Je veux bien. Mais quand cela donne démesurément des ailes à certains, il se pose un réel problème d'équilibre social », soutient-il. Évidemment pour lui, cette situation est regrettable et surtout « irréversible » vu la montée en puissance de l'intellect de la sénégalaise.

Pour beaucoup d'hommes, les plus jeunes surtout, il faut « réformer l'institution qu'est le mariage ». « Pourquoi l'homme devrait-il continuer à se saigner à blanc pour supporter tout le fardeau du ménage ? », s'insurge Souleymane, étudiant en Mba de marketing digital dans une école de formation privée de la place.

« À l'ère de la parité, voire de l'égalité, il est aberrant de laisser la charge de la maison à l'homme seul. Nous avons les mêmes intérêts dans le mariage, il est donc temps de faire évoluer les mentalités », poursuit-il.

Badara, courtier dans l'immobilier, ne comprend pas que sa femme qui a un meilleur salaire ne participe pas aux frais de la maison.

« Elle ne fait que thésauriser et acheter de l'or », regrette-t-il. Mamadou, marié depuis deux ans, est plus caustique : « Lors de notre mariage, j'ai proposé à ma femme le régime de la communauté des biens, mais elle a catégoriquement refusé. Je ne comprends donc pas qu'elle veuille avoir un droit de regard sur ce que je fais de mon argent ».

Phobie de l'intellectuelle

Non loin de l'échoppe d'Ousmane, c'est encore l'heure du petit déjeuner pour un groupe de jeunes hommes. Il est bientôt 13 heures. À l'intérieur d'une gargote à Castor, les filles sont suspendues à ces lèvres masculines qui parlent d'elles sur un fond sonore de musique religieuse rythmée par des tambours.

Ces jeunes garçons parlent de manière dure de la catégorie de filles qui ont fait des études poussées. « Elles aiment trop faire l'intéressante », raille Youssou Ndiaye. Youyou, comme l'appellent ses amis de la pension, soutient que les femmes intellectuelles ne comprennent plus la nature des relations entre l'homme et la femme.

« Elles sont dans une logique concurrentielle », affirme-t-il. Assis sur un banc de pierre après avoir insisté sur sa commande d'omelettes, il développe son point de vue. « Le véritable problème est que la femme, de nos jours, veut se faire une place que le bon Dieu ne lui a pas attribuée.

Évidemment, il y aura des impairs avec les hommes dans ces circonstances parce que nous sommes appelés à diriger les foyers. Mais la difficulté avec les femmes intellectuelle est qu'elles veulent systématiquement transférer leur autorité professionnelle à la maison. C'est juste pas possible », raisonne-t-il.

Comme pour enfoncer le clou, Youssou estime que les hommes sont très compréhensifs avec les « femmes d'aujourd'hui ». Il évoque des cas où le mari se tue pour mettre son épouse dans d'excellentes conditions.

« J'en connais plusieurs qui font de gros efforts pour soulager leur épouse. Mais il faut toujours que la femme trouve à dire et à redire. Elles sont insatiables et manifestent du mépris quelles que soient les facilités que nous leur offrons.

Toute cela parce qu'elles sont des intellectuelles. En vérité, elles se pensent à la fois intelligentes et plus matures que les hommes », dit-il. Ces propos semblent mettre d'accord tous les garçons présents dans la gargote.

Écumoire en main, le tenancier veille à donner du croquant à ses frites. « Elles doivent revoir leur comportement à l'égard de l'homme qui, d'office, est le tuteur et le protecteur de la femme. Il s'agit du respect de la prescription divine ».

 

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