Congo-Kinshasa: En marge de la suspension du DG de l'AAC - Transcoms, dossier Loon ou recrutement des militants ?

10 Septembre 2020

Le Directeur général de l'Autorité de l'Aviation Civile (AAC), Jean Tshiumba Mpunga, se trouve suspendu de ses fonctions depuis le lundi 07 septembre 2020, sur pied d'un arrêté pris par le ministre des Transports et Voies de Communication, Didier Mazenga Mukanzu.

Chargé d'exécuter ledit arrêt, le Secrétaire général à ce ministère, Donat Bagula Mugangu, l'a invité à procéder, hier mercredi 09 septembre, à la remise et reprise avec le Directeur général adjoint, sous sa supervision personnelle.

Officiellement, il est reproché à l'incriminé d'avoir signé avec la firme LOON LLC, basée aux USA, depuis le 30 septembre 2019, à l'insu du gouvernement congolais, un accord de survol de l'espace aérien congolais par des ballons stratosphériques de la société précitée. Il lui est rappelé qu'au regard du caractère sécuritaire d'un tel accord, le DG de l'AAC n'était pas compétent pour le signer. Bref, il est tenu pour responsable du « crash », en date du 25 août 2020, dans la périphérie de la ville de Buta, dans la province du Bas-Uélé, d'un ballon stratosphérique appartenant à la société LOON LLC.

Les autres griefs à charge du DG Jean Tshiumba concernent l'autorité d'importation d'aéronefs accordée aux privés sans l'autorisation du Conseil d'Administration de l'AAC et du gouvernement, de même que la légèreté avec laquelle il a géré le dossier relatif au crash, d'un avion de la compagnie Busy Bee, survenu dernièrement à Goma, dans la province du Nord-Kivu.

Le ministre des Transcoms accusé de recruter des militants

Selon des informations en circulation dans les couloirs du bâtiment de la SCTP, sur le boulevard du 30 juin, où est installée la Direction générale de l'Autorité de l'Avition Civile, le DG suspendu, Jean Tshiumba Mpunga, soutient que sa suspension n'est pas liée à l'affaire du ballon stratosphérique tombé le 25 août du côté de Buta mais plutôt à son refus d'intégrer, dans son administration, des militants du parti du ministre des Transports et Voies des Communications. L'AAC étant un service hautement technique, explique-t-il, il s'est trouvé dans l'impossibilité de satisfaire à la demande de la tutelle.

Pour avoir donc refusé le gonflement inutile des effectifs avec l'embauche des personnes non qualifiées pour prester dans le secteur de l'aviation civile, argumente-t-il, il est victime de la loi du plus fort.

A boire et à manger

Il faut tout de suite relever qu'il y a à boire et à manger dans le dossier du Directeur général de l'AAC (Autorité de l'Aviation Civile). D'un côté, il a appartient au précité d'apporter la preuve de la communication, à sa tutelle, de l'existence du contrat signé avec la firme Loon/LLC autorisant cette dernière de faire balader ses ballons stratosphériques sur l'espace aérien congolais. Apparemment, le gouvernement n'est pas au courant d'un tel accord puisque lors du Conseil des ministres du vendredi 28 août, l'option d'une enquête approfondie avait été levée à ce sujet. On rappelle également qu'au lendemain du « crash », le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur avait mis en garde le gouverneur du Bas-Uélé contre la demande du DG de l'AAC lui adressée en vue d'autoriser des responsables de la société Jeffery Travel d'accéder au site où était tombé le fameux OVNI (Objet volant non identifié) qu'on avait cru être, au départ un satellite. Vue sous cet angle, l'affaire est fort compromettante pour Jean Tshiumba, qui peut être accusé d'atteinte à la sécurité de l'Etat.

Il y a aussi, d'un autre côté, ce problème non moins préoccupant d'injonctions anarchiques, par des membres du gouvernement, dans les administrations des ministères sous leur tutelle. Cette boulimie des hommes politiques congolais à vouloir à tout prix récompenser le militantisme de leurs « bases » en les déversant dans les administrations, entreprises et services publics est à la base de la pléthore d'effectifs au sein de l'administration publique.

De Mobutu à Joseph Kabila, en passant par Laurent-Désiré Kabila, le sport préféré des animateurs des institutions de la République, qui trouvent insuffisants les quotas leur alloués au niveau de leurs cabinets politiques.

Le conflit entre le ministre des Transports et Voies de Communications et le Directeur Général de l'Autorité de l'Aviation Civile devrait interpeller le gouvernement, qui devrait réfléchir à une opération urgente de nettoyage des écuries.

Plus de: Le Phare

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.