Guinée: Dissensions au sein du FNDC - C'est Condé qui se frotte les mains

Le coordinateur national du FNDC, Abdourahmane Sano, lit la déclaration portant sur l'exclusion des partis qui ont choisi de participer à l'élection présidentielle.
9 Septembre 2020

A moins de deux mois de l'élection présidentielle en Guinée, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) connaît de graves divergences en son sein. En effet, après la volonté clairement affichée de Cellou Dalein Diallo de prendre part à la prochaine présidentielle, ce dernier a été évincé du FNDC qu'il a contribué à porter sur les fonts baptismaux.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en termes de bilan, c'est échec et mat pour le FNDC, d'autant qu'il n'a pas pu empêcher l'organisation de ces deux votes qui ont ouvert, pour ainsi dire, le boulevard au président Condé pour un pouvoir à vie.

Depuis, les lignes n'ont pas bougé dans ce conglomérat d'opposants qui se considèrent comme les cabots et cerbères défenseurs du peuple de Guinée, et deux d'entre eux en ont pris leurs distances pour ne pas dire le large dès le lendemain de l'adoption de la nouvelle Constitution.

Aujourd'hui, c'est la suspicion et la fébrilité chez ceux qui sont toujours dans le FNDC. Cellou Dalein Diallo briguera, pour la troisième et peut-être pour la dernière fois, la magistrature suprême.

Le natif de Labé qui a traversé le temps sans perdre son talent oratoire est, en effet, convaincu que pour neutraliser un candidat aussi redoutable qu'Alpha Condé, il ne suffit pas de faire pleurer dans les chaumières, mais plutôt faire bloc autour d'un idéal commun, celui de la Guinée débarrassée de l'esbroufe et de la mal gouvernance.

Alors, que reste-t-il du FNDC après la démission de Elie Kamano, de Ali Badra Koné, en juin dernier et l'éviction actée de Cellou Dalein Diallo?

Une coquille vide comme qui dirait, avec des opposants sans relief et sans militants qui finiront par ranger leurs trompettes et leurs pancartes, au grand bonheur de la coalition RPG-Arc-en-ciel au pouvoir.

La CEDEAO et l'UA doivent déjà mettre leurs différents mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits en état d'alerte

Alpha Condé, qui n'a jamais fait mystère de son rêve de rempiler à la tête de la Guinée pour les cinq, voire les dix prochaines années, va se frotter les mains, car il aura réussi à lézarder le bloc jusqu'ici compact de l'opposition et à sauver, pour ainsi dire, sa peau, en évitant le sort, oh combien triste, de son voisin malien récemment sorti de l'histoire de son pays par la lucarne.

Comme en Côte d'Ivoire, on reverra sans doute dans l'arène, des candidats à la peau ratatinée par l'âge, et comme en Côte d'Ivoire, le risque est grand de voir des militants fanatisés sortir les machettes pour régler les contentieux électoraux, sur fond de rivalité ethnique.

Heureusement pour Alpha Condé, que l'armée guinéenne qui était l'une des plus putschistes de la sous-région, serait aujourd'hui dirigée par des officiers affairistes et fêtards davantage obnubilés par la préservation de leurs acquis que par la conquête et la gestion du pouvoir d'Etat.

Pour autant, et même s'il y a peu de risque de « syndrome malien » en Guinée, la CEDEAO et l'Union africaine (UA) doivent déjà mettre leurs différents mécanismes de prévention, de gestion et de règlement des conflits en état d'alerte, car les désaccords au sein du FNDC à propos de l'élection à venir, peuvent malheureusement être un prélude aux désaccords entre les fils du pays au lendemain de celle-ci, avec des facteurs hautement aggravants comme la banalisation de la violence et de la vie humaine et le communautarisme qui continuent de tirer inexorablement la Guinée-Conakry vers le bas.

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