Sénégal: Diakhao, dernière capitale du Sine - La cité de WassilaFaye

11 Septembre 2020

On ne peut écrire sur l'histoire du Sine sans parler de Diakhao. Cette localité, à une vingtaine de kilomètres de Fatick, fondéepar Wassila Faye, est la dernière capitale où le Bour Sine avait son palais, quelle que soit sa provenance.

Un calme règne sur la place publique de Diakhao. Avec la forte canicule du jour, en cette période d'hivernage, les populations sont cloîtrées dans les maisons. Devant certaines demeures, on aperçoit quelques jeunes àl'ombre des arbres. Cette grande place publique appelée «NguelWassila», du nom dufondateur de la localité, est bien aménagée. Des bancs sont installés un peu partout. L'endroit est bien coloré,donnant à ce grand espace, témoin de toute l'histoire de Diakhao,toute sa beauté. Sur cette place, trône un arbre géant. Selon Ablaye Sène, communicateur traditionnel, cet arbre s'appelle «ngaane» en Sérère ou «boul» en Wolof. «Chaque nouvelle mariée, qui entre à Diakhao, fait obligatoirement le tour de cet arbre», explique M. Sène.

Avant d'entrer à Diakhao, un tableaudonne un petit aperçu sur l'histoire de ce village devenu une petite agglomération rurale. «Diakhao, dernière capitale du royaume du Sine», est la mention bien visible. En face de «NguelWassila»,une vaste demeure avec beaucoup de bâtiments à l'intérieur attire l'attention. «C'est ici Mbine no maad» ou la maison royale de Diakhao. En franchissant la première porte de la demeure, on fait face aux vestiges témoignant d'une grande partie de l'histoire du Sine. Dans la maison royale, les morts et les vivants se partagent l'espace. Gauche, droite, en face, on aperçoit partout des mausolées. Cependant, les habitants de la maison royale n'autorisent plus de visite inopinée sans aviser au préalable. Une équipe de télévision venuede Dakar en a fait les frais juste avant notre arrivée.C'est la nouvelle règle, dit, d'un ton ferme, Khady Diouf, fille du dernier roi du Sine Mahécor Diouf. Au début, la matriarche de la maison, le nez et la bouche sous un masque bleu, était intransigeante avec l'équipe du Soleil. Finalement, elle accepte, mais à condition de ne pas prendre d'images sur certaines parties de la mythique demeure.

Pour la visite guidée, elle désigne le griot de la famille, Ablaye Sène. A l'entrée de la maison royale, il y a le mausolée de Wassila Faye, 8èmeroi du Sine, de 1285 à 1302. Wassila Faye, informe le chercheur Mamadou Faye, a été intronisé à Bicole, dans l'arrondissement de Niakhar. C'est par la suite qu'il a fondé le village de Diakhao pour en faire la capitale du Sine. Avant Diakhao, Mbissel, Ndiongolor, Sanghaï ont tous été des capitales. «Depuis le règne de Wassila Faye, la capitale du Sine n'a plus quitté Diakhao», dit-il.Selon les versions recueillies, Wassila Faye, après son intronisation,voyait en rêve l'ombre de Meissa Waly qui lui conseillait d'aller s'installer à Diakhao.Après plusieurs tentatives, il a finipar traverser la forêtet trouver le site de Diakhao (qui vient de Diaham, j'ai traversé en Sérère).

Tambour royal

Dans la cour royale, chaque mausolée renferme un pan de l'histoire de l'ancien royaume sérère du Sine.Le dernier roi, Mahécor Diouf, est enterré dans la maison royale, en face de la cour principale et du baobab sacré. Son mausolée est un petit bâtiment peint en vert.Durant la royauté, indique AblayeSène, le roi était enterré dans sa chambre et sous son lit. Du fait de sa noblesse, il était enterré en gardant la même position sur son lit de mort. «Chaque sépulture était la chambre dans laquelle le roi a rendu son dernier souffle», précise-t-il. A l'intérieur du mausolée du dernier roi du Sine, deux «junjung» (tambours royaux) sont accrochés aux murs. Cestamboursdevenuscélèbres ne retentissaient quesur le champ de bataille ou tous les vendredis quand le roi sortait pour sa promenade à la place publique (« nguelwassila »). «Tous les vendredis, le roi sortait le matin. Toutes les populations venaient pour le saluer. C'est en ce moment qu'on entendait tonner les "junjung" », informe le traditionnaliste, Ablaye Sène.

Plus on avance à l'intérieurde cette vaste demeure, plus on découvre d'autres mausolées. Lasépulture la plus frappante de par sa beauté architecturale est celle du Bour Sine CoumbaNdoffène Diouf Fa Ndeb(junior). Ce mausoléea été inauguré le 7 juin2008 par l'ancien Khalife général des mourides, Mouhamadou Lamine Bara Mbacké,en présence du ministre de la Culture, Mame Birame Diouf. Le roi du SineCoumbaNdoffène Diouf Fa Ndebestdevenu célèbre pour avoir témoigné en faveur du fondateur de la communauté mouride, Cheikh Ahmadou Bamba. Depuis cette date, la famille royale de Diakhao a tissé des liens très forts avec Touba. D'autres mausolées de roisont aussi dans la maison royale. Il s'agit,entre autres, de ceux de LatsouckFaniamDiouf, de Diogo Gnilane Diouf et d'AmaDiouf Gnilane Diouf. Les«guelwars», cette aristocratie qui a régné dans le Sine pendant plusieurs siècles,ont toujours occupé cette maison. Depuis le premier roi Meissa Waly Dione Mané, pour diriger le Sine, il fallait être issu de la lignée des «guelwars». La dévolution du pouvoir dans la société sérèrese faisant suivant lematriarcat, on devenait «guelwar» par sa mère.

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Le Diaraf dans le système de gouvernance du Sine

El Hadj Ndoupe Ngom perpétue le legs de DiaméNgomFadial

Il y avait tout un gouvernement derrière le roi pour le bon fonctionnement du royaume. El Hadj NdoupeNgom, Grand Jaraaf du Sine,âgé de 94 ans,continue de perpétuer le legs de son aïeul, DiaméNgomFadial, premier Grand Jaraaf du Sine.

La route qui longe la devanture de la maison royale de Diakhao mène directement à Maronème. Ce petit village est situé à environ deux kilomètres de l'ancienne capitale du Sine. A la sortie de Diakhao, on aperçoit, à perte de vue, les champs de mil et d'arachide, les deux spéculations les plus cultivées dans les régions du centre du pays. Dans ce village, les bâtiments en dur viennent perturber le charme rustique des cases en paille. C'est ici que réside le Grand Jaraaf du Sine, El Hadj Ndoupe Ngom. Il suffit juste de prononcer le nom du vieux pour qu'on vous désigne sa maison. Une très grande demeure de plusieurs concessions qu'on ne retrouve que dans les villages. Au centre, l'arbre à palabre. Tous les jeunes de la maison se retrouvent sous l'acacia pour les causeries. Le Grand Jaraaf, lui, est dans sa chambre. Pour nous recevoir, il est conduit sous l'arbre à palabre par son épouse. Sous le poids de l'âge, il marche à l'aide d'une canne. Lentement, El Hadj Ndoupe Ngom se dirige vers la natte étalée à l'ombre de l'arbre. Bien assis, adossé sur le tronc de l'acacia, le Grand Jaraaf du Sine commence à retracer l'histoire du Jaraaf et sa fonction dans le système de gouvernance du Sine. Du haut de ses 94 ans, El Hadji Ndoupe Ngom est l'un des derniers patriarches ayantconnu la royauté au Sine. Il se rappelle son âge parce que son père lui disait qu'il est né en 1926, deux ans après l'intronisation du dernier roi du Sine, Mahécor Diouf, en 1924. Malgré son âge avancé, il garde une mémoire intacte. Cependant, il a perdu la vue, ce qu'il juge «normal».

Grand Jaraaf du Sine, El Hadj Ndoupe Ngom a intronisé, il y a quelques mois, le nouveau Bour Sine, Niokhobaye Diouf. Depuis Mahécor Diouf, décédé en 1969, le Sine n'avait plus intronisé de roi. De manière symbolique, cette fonction a été restaurée et El Hadji Ndoupe Ngom a procédé à l'intronisation, comme l'avait fait son aïeul, DiaméNgomFadial, premier Grand Jaraaf du Sine. Selon les responsables de l'intronisation, cela a été fait pour préserver la culture sérèreet mieux participer au développement de la région naturelle du Sine.

Descendant de DiaméNgomFadial, El Hadj NdoupeNgom est le gardien du temple. Il n'a plus les pouvoirs de Diamé Ngom qui était propriétaire de toutes les terres et des eauxallant de Joal jusqu'à Ndokh, dans la commune de Ngayokhème (Fatick). Il soutient que c'est Diamé Ngom, sage des Lamanes, qui avait donné la royauté du Sine à Meissa Waly Dione Mané. Ce dernier, en guise de reconnaissance, avait fait de lui le Grand Jaraaf et lui a donné le bonnet permettant d'installer le roi. «Le bonnet est gardé ici soigneusement dans ma chambre», renseigne le patriarche. Depuis Meissa Waly Dione Mané, tout roi du Sine doit être intronisé par le Grand Jaraaf.

Président de l'Assemblée

Selon El Hadj NdoupeNgom, le Grand Jaraafdans le royaume du Sine joue le rôle «d'adjoint». Il était aussi le président de l'Assemblée qui ouvrait les débats à chaque rencontre avec le roi. «C'est le Grand Jaraafqui avait la prérogative de designer qui peut être roi du Sine», informe Bassirou Ngom, fils du Grand Jaraaf.

De l'avis d'El Hadj Ndoupe Ngom, le Sine d'hier n'a rien à envier auxgouvernementspost-indépendance en matière de gouvernance et de démocratie. «Nous avions dans notre royaume un gouvernement très bien organisé. Il y avait le Grand Jaraaf, le Petit Jaraaf, le Farba, le Bissik. Ces quatre assuraient le bon fonctionnement du Sine», rappelle El Hadj Ndoupe Ngom. Les familles Sène, Niane et Ndiaye ont assuré le rôle de Petit Jaraaf. D'ailleurs, le Grand Jaraaf ayant intronisé le roi du Sine, Mahécor Diouf s'appelait MbagneNdiougourSène.

Comme le roi, le Grand Jaraaf avait aussi un pouvoir. Il était indétrônable. C'est à sa mort que le titre de Grand Jaraaf revenait à un autre, explique le communicateur traditionnel, griot de la famille royale, Ablaye Sène.

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«Paar Diakhao»

Le griot royal, détenteur d'un pouvoir mystique

AblayeSènedevait êtresymboliquementintronisé«Paar»Diakhao. Toutefois, il a décliné l'offre quand la proposition lui a été faite lors de l'intronisation du nouveau roi du Sine, Niokhobaye Diouf, il y a quelques mois. «Non seulement je ne suis pas prêt, mais j'ai un grand frère du nom de NiokhorSène. Je pense que si le titre symbolique de "PaarDiakhao"devait être attribué,il lui revenait de droit»,déclare Ablaye Sène. Le «Paar» faisait partiedes hommes du roi. Il appartenait à la familledes griots. Le dernier «Paar»Diakhao du temps de la royauté est WoulaSène. Le «Paar», qui joue un rôle important dans le système de gouvernance du royaume du Sine, était intronisé par le Grand Jaraaf. Il est le grand griot (maître de ses semblables dans le royaume), le détenteur des secrets, expliqueAblayeSène, par ailleurs fils du dernier «Paar»Diakhao. A l'approche de la saison des pluies, souligne M. Sène, c'est le «Paar» qui indiquait au roi tous les sacrifices à faire pour un bon hivernage avec des récoltes abondantes. Pendant l'intronisation du «Paar», renchérit, AblayeSène, le roi offrait un bœuf à immoler.

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Ndouloub

Ce tam-tam qui annonçait la disparition du roi

Le «ndouloub» fait partie du patrimoine du royaume du Sine.Alors que les «junjung » sont exposés dans le mausolée du Bour SineMahécor Diouf, le «ndouloub», selon le communicateur traditionnelAblayeSène,restesecrètement gardé. Cet instrument qu'aucun roi ne doit voir était détenu par le «Paar»Diakhao. Le souverain ne devait jamais entendre le son provenant de ce tam-tam. «Le «ndouloub» annonçait toujours la mort du roi. C'est à ce moment seulement qu'il est joué», explique AblayeSène. «A chaque fois que le «Paar» jouait ce tam-tam, tous ceux qui l'entendaient savaient que le roi est décédé», renchérit Ablaye Sène, fils du dernier «Paar»de Diakhao. Celui-ci renseigne que le «ndouloub» était toujours caché par le «Paar». Même certaines personnes qui sont nées dans la famille du «Paar» n'ont jamais vu ce tam-tamrenfermant un secret. Il était fait de peau de vache, de matériaux dont des morceaux d'habits portés par le dernier roi décédé, renseigne M. Sène. Toutefois, ce dernier refuse de ne pas révéler tout le secret de sa composition.

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