Madagascar: Homme de lettres - J'ai même rencontré un poète heureux

Véritable monument de la littérature malgache, le poète-écrivain Rado avait été de tous les combats chaque fois que les valeurs qu'il plaçait au-dessus de toute autre considération, étaient bafouées.

C ompagnon de lutte du pasteur Richard Andriamanjato, il a ainsi milité contre l'apartheid et pour les luttes de libération nationale, par- delà les frontières :

« Novonoina i Cabral, nefa mainka koa masiaka Tsy hitsahatra hikiaka Na dia hisy ra mandriaka, Raha tsy afaka i Afrika! » Poète de l'amour, Rado l'a aussi été tout au long de sa vie, y compris et surtout pendant la paisible retraite qu'il vivait avec son épouse dans sa belle maison entourée d'un « tamboho gasy » en terre battue. Tout y respirait la paix et la sérénité, quand bien même sa vie n'ait pas été exempte de terribles épreuves vécues dans la foi : « Tsy azo afenina intsony ireto kentrona minia Mba hametraka sonia eny antendron-tavanao Noho ny dimampolo taona. Nefa mahagaga aky Ary tsapako indray, fa vao mainka tiako ianao.»

Il y a de cela bien longtemps, nous avions rendez vous chez lui par un bel après-midi de février pour une causerie qui ne prit fin qu'au crépuscule, et qui fut pour moi l'occasion de connaître l'homme qui vivait discrètement à l'ombre de ses œuvres.

Membre à la fois de l'Académie, de l'Union des poètes et écrivains, ainsi que de l'association des Mpikabary, Rado n'a jamais voulu avoir d'autre outil de création que la langue malgache. C'est ainsi que l'élaboration d'une Anthologie en français a été laissée aux soins d'un cercle restreint d'universitaires et de grands noms du monde des Lettres.

« Jininikan'ny ra, mitomany Fa ny teny napetrak'Ineny No ratrainy Ho voa amin'ny ainy Ka soloiny, Iaroiny, Baboiny Hanompo ny teny vahiny Lay ahiko irery fahiny... Ory aho ry ilay tenindrazako! »

Sensible aux inégalités sociales, Rado a aussi été le porte-parole des exclus et des sans voix :

« Te-hivavaka aho omaly, ka avy mba nisodisody Sady niditra am-piangonana Kanjo vetivety foana, tsy tamana, lasa nody Ka nivoaka ny tokonana. Topazan'ny rehetra maso mantsy izato akanjo rovitro Tsy mba vonton-dranomanitra Ary dia niataka izy noho izato volon-koditro Mba nitady an'Andriamanitra. (... ) Diso dingana ny foko, fa ao antranoko ao ihany Lay Andriamanitry ny ory. »

La poésie de Rado est dans son élément naturel dans la langue et la pensée malgache, où tout se situe par rapport au cœur (fo). Etesvous enthousiasmé par un projet ? Vous êtes « mafana fo ». Désespéré peut-être ? « Mamoy fo ». Ou satisfait ? « Afa-po ». À ma question-piège sur la façon malgache de lire les chiffres de droite à gauche en commençant par les unités, ce qui les rend incompatibles avec une transcription simultanée sur machine, Rado se référait à la pensée malgache qui commence toujours par les plus petits : « ny akoho amam-borona » (les poules et les oies), « ny zaza amam-behivavy » (les enfants et les femmes, contrairement au français), « ny tany aman-danitra » (la terre et le ciel, quand le français parle plutôt du ciel et de la terre), et on pourrait multiplie les exemples...

Et Rado de détendre notre conversation en parodiant le discours incompris et stérile d'un ingénieur agronome devant une assemblée de jeunes ruraux : « Ni-inviter anareo iray génération amiko aho, mba hiaraka mi-examiner ity projet de développement nanaovako études approfondies ity. Mi-concerner ny région-tsika izy ty, ka tokony hi-sensibiliser-na ny rehetra. » Silence gêné de la salle qui n'a rien compris, et dépit du technicien qui a prêché dans le désert... Et si un jour, de zébrures en dérives, le Malgache finit par ne plus reconnaître ni sa langue, ni lui-même ?

En quelle année était-ce donc, quand Rado est parti pour le paradis des poètes, il n'y avait pas de place pour la tristesse à ses obsèques, et les cantiques qu'il a composés résonnaient très fort sur les murs en pierres de taille :

« Tsy ho takatry ny saiko Zay rehetra alahatrao Ny angatahako ry Raiko Aoka aho hatoky Anao. »

Quant à moi, pendant tout l'office, je revoyais notre après-midi de février dans une cour plantée d'arbres fruitiers. Un après-midi de vie, un instant d'éternité. Les géants ne meurent jamais.

Plus de: L'Express de Madagascar

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