Mali: Charte controversée de la transition - Tout ça pour ça !

Concertations au Mali
13 Septembre 2020

Près d'un mois après le renversement de Ibrahim Boubacar Keïta, la junte militaire a obtenu, le 12 septembre dernier, l'adoption d'une charte politique. Dans les détails, celle-ci fixe la période de la Transition à 18 mois, indique que le Chef de l'Etat par intérim peut être un civil ou un militaire et que ce dernier sera désigné par des électeurs choisis par la Justice.

A cela, il faut ajouter la création d'un poste de vice-président et la mise en place d'un organe législatif de 125 membres. Le Chef de la junte, le Colonel Assimi Goïta, a déclaré ceci après l'adoption de ladite charte : « Les résultats auxquels vous êtes parvenus m'autorisent à espérer l'avènement d'un Mali nouveau, démocratique, laïc, prospère, fondé sur le travail, la justice sociale et l'égalité ».

Alors que les putschistes expriment leur satisfaction quant aux résultats obtenus à l'issue des trois jours de concertation, l'on note un autre son de cloche de la part du M5/RFP.

En effet, les camarades de l'imam Mahmoud Dicko, n'ont pas manqué de voler dans les plumes des putschistes, allant jusqu'à accuser ces derniers d'avoir manipulé les résultats à l'effet de confisquer le pouvoir.

Les militaires ont perpétré le coup d'Etat pour simplement être calife à la place du Calife

Le moins que l'on puisse dire est qu'entre le M5 et les putschistes, les relations commencent sérieusement et dangereusement à se tendre. Et cela peut contribuer à compliquer davantage la situation des militaires. Déjà, au plan extérieur, ces derniers ont maille à partir avec la CEDEAO.

Si l'on ajoute à cet environnement sous régional fortement hostile à la junte, la colère du M5, la probabilité est grande que les putschistes fuient Bamako en plein jour sans demander leur reste.

Et quand on connaît la capacité de mobilisation de la troupe de l'Imam Dicko, on ne peut pas d'emblée écarter ce scénario. Cela dit, les résultats des concertations maliennes ont eu l'avantage, peut-on dire, de dévoiler l'agenda caché des putschistes.

Désormais, tout le monde sait que ces derniers n'ont pas perpétré leur coup d'Etat pour remettre le Mali sur les rails de la bonne gouvernance et de la démocratie. Ils l'ont perpétré pour simplement être calife à la place du Calife.

En tout cas, l'analyse des résultats des trois jours de concertation des forces vives maliennes permettent d'accréditer cette thèse. En effet, l'illustration la plus parlante dans ce sens, est la disposition de la Charte qui veut que le président par intérim de la transition soit désigné par des électeurs choisis par la junte.

L'une des grandes questions de l'après-IBK, on le sait, porte sur le profil de la personnalité qui doit conduire la transition. Avec cette disposition, le moins que l'on puisse dire, c'est que les putschistes maliens se sont donné les moyens légaux pour répondre à cette question.

Car, on voit mal ce fameux collège électoral, mis en place par la seule volonté des putschistes, aller contre les intérêts de ces derniers.

Et pour mieux enfariner les Maliens, les putschistes ont introduit, parmi les critères de choix du président, le critère selon lequel le Chef de l'Etat par intérim peut être un civil ou un militaire. A ce que l'on dit, ou du moins si l'on en croit le M5/RFP, la conjonction de coordination « ou » a été frauduleusement ajoutée au texte.

Il n'y a pas de bon coup d'Etat

Et si ce que dit le M5 est avéré, l'on peut d'ores et déjà écraser une larme pour le Mali. Car, ces hommes en Kaki sont disqualifiés pour construire le Mali nouveau.

Une autre preuve que la soldatesque n'est pas venue aux affaires pour les beaux yeux du M5 et pour positionner le Mali sur la voie de la démocratie, est la création du poste de vice-président. A l'analyse, ce poste a de fortes chances d'être la traduction du plan « B » de la junte.

En effet, si la CEDEAO reste droite dans ses bottes quant à son exigence de voir la transition pilotée par un civil, et la probabilité est grande qu'elle maintienne cette exigence, la junte peut, dès lors, jeter son dévolu sur la vice-présidence. Et dans un tel scénario, elle fera tout pour que le président soit un vulgaire pantin entre ses mains.

En réalité, avec l'adoption de la Charte politique de la transition, les putschistes viennent de tomber le masque.

Et c'est une bonne leçon pour tous ceux qui avaient vite fait de sauter au plafond dès l'annonce de la prise du pouvoir par la Grande muette. La vérité est qu'il n'y a pas de bon coup d'Etat. Et le M5 vient de l'apprendre à ses dépens.

En tout cas, ce mouvement a été bien naïf de croire qu'il peut traiter d'égal à égal avec les putschistes. Les résultats sortis des trois jours de concertations nationales ont été franchement du gâchis et l'on peut, à juste titre, s'exclamer: tout ça pour ça !

Pour le moment, c'est la CEDEAO et la CMA (Coordination des mouvements de l'Azawad) qui peuvent se frotter les mains.

La structure communautaire, pour avoir toujours affiché une position ferme à l'endroit de la junte et la CMA, pour avoir boycotté la concertation. Et demain, à Accra, on peut logiquement s'attendre à ce que la CEDEAO remonte les bretelles à la délégation de la junte.

Plus de: Le Pays

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