Afrique du Nord: Il y a 50 ans, le front pro-Sahara contre le colonisateur espagnol

Des femmes brandissent le drapeau de la République arabe sahraouie démocratique
14 Septembre 2020

Le 14 septembre 1970, le Maroc, l'Algérie et la Mauritanie se réunissent pour accélérer la décolonisation du Sahara, alors colonisé par l'Espagne.

Il y a cinquante ans aujourd'hui, le 14 septembre 1970, les chefs d'Etat marocain, algérien et mauritanien se réunissaient à Nouadhibou, en Mauritanie. Au cœur de ce sommet : la formation d'un front commun pour accélérer la décolonisation du Sahara espagnol, situés aux confins des trois pays. Quelques éléments de contexte historique.

En 1970, l'actuel Sahara occidental est encore une colonie espagnole - il le restera jusqu'en 1975.

Au sortir des années 1960, après les vagues d'indépendances en Afrique, et dans un contexte de Guerre froide, les fronts anticoloniaux se forment.

En 1969, Mouammar Kadhafi arrive au pouvoir en Libye et il prône un panarabisme révolutionnaire qui trouve de larges échos au sein des populations.

Tensions sous-régionales

Le Maroc et la Mauritanie, voisins du nord et du sud du territoire sahraoui, entretiennent des relations tendues. Les deux Etats mettent chacun en avant leur proximité historique et démographique avec les habitants de ce territoire. "Nous avons la même musique, la même culture que les Sahraouis, les Amazighs, les Touaregs", nous explique un ancien diplomate de la région qui ajoute : "Je crois qu'Ould Daddah [le président mauritanien de l'époque] avait vraiment pour préoccupation l'aspect humain".

Par ailleurs, le territoire sahraoui regorge de ressources naturelles (dont des mines de phosphates).

L'Algérie, indépendante depuis 1962, a un conflit latent avec le Maroc sur la zone frontalière autour de Tindouf. La même source diplomatique explique que le président algérien Boumediene se méfiait du roi Hassan II du Maroc qu'il soupçonnait de passer des accords secrets avec l'Espagne, alors qu'Alger accueillait de nombreux militants indépendantistes à cette époque, dont des Canariens.

En Mauritanie, on admire la lutte menée par l'Algérie pour son indépendance de la France.

Les chancelleries occidentales se méfient du FLN algérien et de la Libye de Kadhafi, soupçonnés de propager une idéologie révolutionnaire.

Une tempête de sable et un bateau

Finalement, le Maroc et la Mauritanie parviennent à aplanir leur différend et les trois voisins essaient de s'allier contre le colonisateur espagnol.

Et c'est ainsi que des séries de négociations ont lieu courant 1970, qui culminent avec le sommet de Nouadhibou, sur un bateau, en pleine tempête de sable, le 14 septembre 1970.

Un accord pour les Sahraouis, sans les Sahraouis

Ce jour-là, aucun représentant sahraoui n'est convié à la table des négociations.

Le Front Polisario qui lutte encore aujourd'hui pour l'indépendance du Sahara occidental n'est créé qu'en 1973 mais Oubi Bouchraya Bachir, représentant actuel du Front Polisario auprès des institutions européennes, estime que les intérêts des Sahraouis étaient vraiment au cœur des négociations de 1970 :

"Seule l'Algérie est restée conséquente avec l'esprit de ce communiqué final. Et le Maroc est isolé après le retrait de la Mauritanie, sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et l'établissement de relations d'amitié et de fraternité avec le Front Polisario et la République sahraouie."

Après le retrait de l'Espagne, les luttes continuent

En 1975, l'Espagne renonce à sa colonie du Sahara, sans toutefois organiser le référendum d'autodétermination promis aux Nations unies.

Le Maroc et la Mauritanie tentent d'annexer le Sahara occidental, mais le Front Polisario s'y oppose, soutenu par l'Algérie et la Libye.

La Mauritanie change de tactique et reconnaît le Sahara occidental en 1979 et le Front Polisario comme son seul représentant. En mars 2020, le président mauritanien Ghazouani confirme cette ligne immuable, selon lui, de la politique étrangère de son pays.

Dès 1979 et le retrait de la Mauritanie, le Maroc annexe la partie sud du territoire qu'il considère comme ses « Provinces du Sud ».

Depuis la création du mouvement, le Front Polisario lutte pour le droit à l'autodétermination des Sahraouis.

Le dossier est toujours source de tensions entre l'Algérie et le Maroc.

Le conflit du Sahara occidental n'a toujours pas été réglé en dépit de Casques bleus stationnés sur place depuis 1991.

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