Cote d'Ivoire: Investiture de Bédié et de Soro sur fond de manifs conte le 3e mandat d'Ado - Faut-il craindre le pire pour le pays ?

Mamadou Koné, ancien ministre, président du Conseil constitutionnel.
14 Septembre 2020

La candidature de Alassane Ouattara à un troisième mandat continue de troubler le sommeil des Ivoiriens et bien au-delà. Pas plus tard qu'hier, des manifestations ont eu lieu dans l'un des quartiers populaires d'Abidjan, Yopougon.

Des barricades ont été dressées par des jeunes pour empêcher les automobilistes et les cyclistes de circuler librement. C'est dire si la Côte d'Ivoire s'enfonce davantage dans la crise.

Toujours est-il que cette manifestation bat en brèche les propos du président ivoirien, Alassane Ouattara, qui, au cours de sa récente tournée à l'intérieur du pays, a rassuré les Ivoiriens que les choses se passeront bien.

On est d'autant plus inquiet pour la stabilité et la paix en Côte d'Ivoire que les partisans de Guillaume Soro ont, lors de l'investiture symbolique de ce dernier, signifié qu'il n'y aura pas d'élection si leur mentor venait à être écarté de la course à la présidentielle.

Or, on le sait, l'ancien président de l'Assemblée nationale a été radié de la liste électorale puisque condamné à vingt ans de prison pour détournement de deniers publics.

Faut-il craindre le pire pour la Côte d'Ivoire ? Même si le camp Soro semble faire dans la surenchère, il y a que le risque d'une déflagration sur les bords de la lagune Ebrié est grand.

En tout cas, la présidentielle d'octobre s'annonce explosive en Côte d'Ivoire. On est d'autant plus fondé à le penser que les candidats en lice dont Henri Konan Bédié (HKB) qui a été investi en grande pompe le 12 septembre dernier, à Yamoussoukro comme candidat du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) à l'élection présidentielle du 31 octobre prochain, ne fait pas mystère de sa volonté de déloger le locataire du palais de Cocody.

En tout cas, sous réserve de l'avis du Conseil Constitutionnel devant lequel un recours a été déposé par le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) contre cette candidature du Sphinx de Daoukro, l'on peut dire que contrairement à la dernière présidentielle, le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) aura en face, un pachyderme de sa trempe.

C'est donc loin d'être « maïs », pour paraphraser le grand absent et habitué des joutes électorales ivoiriennes, Laurent Gbagbo, toujours dans les mailles du filet de la Cour pénale internationale (CPI) et en indélicatesse avec la loi électorale du pays.

La guerre des « vieux pachydermes » aura donc lieu et promet d'être des plus épiques, surtout si toute l'opposition ivoirienne répond, par un écho favorable, à l'appel de HKB à soutenir sa candidature. Et l'on ne peut que s'en féliciter car, c'est la démocratie ivoirienne qui gagne.

Mais il y a des regrets à nourrir face à cette configuration de la présidentielle ivoirienne de 2020. Le premier de ces regrets est que le renouvellement de la classe politique tant attendu, n'aura finalement pas lieu.

Ceux qui rêvaient d'un duel entre Guillaume Soro et Charles Blé Goudé à cette élection de 2020 doivent se résigner à attendre, couchés sur leurs lits, et continuer de vivre le cauchemar des luttes fratricides entre les héritiers de Félix Houphouët-Boigny, qui ont pris en otage le pays de l'éléphant depuis la disparition du père de la Nation.

L'autre regret que l'on peut avoir, c'est le climat de tension palpable qui entoure cette élection et qui fait remonter dans les souvenirs, les affres des crises électorales de 2000, de 2003-2004 et de 2010-2011.

L'élection de 2020 constitue un véritable challenge

L'atmosphère est si électrique que l'Association démocratique des français de l'étranger (ADFE) aussi connue sous le vocable de « Français du monde », qui regroupe depuis 40 ans des Français établis hors de France, a cru bon de donner l'alerte lors de sa dernière assemblée générale tenue à Abidjan. 20 à 25 000 Français résident en Côte d'ivoire.

Et beaucoup expriment des inquiétudes quant aux risques de troubles socio-politiques, à l'orée de cette élection. Enfin, l'on peut regretter la caporalisation, à vue d'œil, des médias d'Etat par le pouvoir et qui fait douter de l'égalité et de l'équité d'accès des candidats aux moyens de communication.

En tout état de cause, il faut craindre, au regard des nuages qui s'amoncèlent dans le ciel ivoirien, que l'herbe, c'est-à-dire les populations ivoiriennes, ne pâtissent de ce duel annoncé entre les deux « pachydermes » de la forêt ivoirienne, qui, malgré leur âge avancé, ont gardé intactes leurs défenses.

Il y a donc nécessité que des dispositions soient prises pour ramener toute la sérénité que requiert une élection véritablement démocratique et cela devrait aller au-delà des simples déclarations rassurantes du président ADO. C'est en cela que cette élection de 2020 constitue un véritable challenge pour tous ceux qui interviennent dans le processus électoral.

Le premier défi est celui de la responsabilité et particulièrement, celle du Conseil constitutionnel qui doit faire preuve d'impartialité pour éviter de se constituer en pyromane dans cette forêt ivoirienne où les anciens tisons peuvent vite s'allumer.

Le second défi est celui d'une campagne électorale apaisée et cela devrait passer par la signature d'un code de bonne conduite par les candidats, qui servirait de « gentlemen agreement » pour civiliser les joutes électorales et éviter de jouer au mauvais perdant au sortir de l'élection. Mais tout cela passe par le défi de la transparence de l'élection.

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