Sénégal: Ndiarogne - Le village d'anciens réfractaires à l'islamisation venus du Saloum

14 Septembre 2020

Le village de Ndiarogne, situé dans la contrée du Mbanj Fadjal, commune de Nguéniène, symbolise le refus que le peuple sérère opposait à toute idée d'islamisation forcée. Ce village a été fondé par Samba Codou Niane, vers les années 1850, suite à la mort de son père dans une guerre opposant le Bour Saloum à Maaba Diakhou Bâ. Ce dernier, sorti victorieux, voulait leur imposer l'Islam. Ces sérères ont quitté Saloum pour venir s'installer entre Joal et Fadjal.

Les Sérères étaient un peuple profondément animiste. Ils font partie des dernières ethnies à accepter l'islamisation. Avec l'arrivée de l'Islam au Sénégal par la vallée du Tekrur, beaucoup de royaumes ont été forcés à la pratique de cette religion avec la guerre sainte menée, par exemple, par El Hadji Oumar Tall et Maaba Diakhou Bâ.

Ce dernier qui menait son djihad dans le centre du pays s'est, à plusieurs fois, confronté aux Sérères qui ne voulaient pas se convertir. Le village de Ndiarogne Wolof ,dans le Mbanj Fadjal, est l'un des symboles de la résistance armée du peuple sérère contre l'islamisation.

Même si 170 ans après sa fondation par Samba Codou Niane, vers les années 1850, le village est peuplé maintenant à 100% de sérères musulmans. Ndiarogne a été créé suite à un refus de se soumettre à l'Islam.

Le village est situé à côté du baobab sacré de Fadjal sur la route entre Joal et Mbissel. Ndiarogne se trouve dans la commune de Nguéniène, département de Mbour. arogne même si on l'attribue à Fadjal. Non loin de la route principale, c'est une piste sablonneuse qui mène à ce village cerné par une forêt de rôniers.

La demeure du chef du village, Ibrahima Ndiaye, se trouve à l'autre bout du village. Sa concession est entourée de palissades réalisées avec des tiges de mil. Averti de notre visite par sa femme, le chef du village sort de son bâtiment en dur.

Nous recevant avec la chaleur qu'on ne retrouve que dans ces villages, il nous invite à le suivre chez son oncle, Mamadou Niane, petit-fils du fondateur du village. Il admet que même en étant le chef du village, ce dernier a plus d'informations sur l'histoire de la localité et de son peuplement.

Du haut de ses 50 ans, Ibrahima Ndiaye se dit relativement jeune pour évoquer ces sujets sans aviser son oncle. Il nous fait traverser la place publique où les jeunes, regroupés sous une hutte, conversent, assis sur de vieux troncs de rôniers.

Le chef du village nous installe sous un grand acacia, devant la maison de son oncle qui constitue la première habitation du village. Les premiers habitants de Ndiarogne sont des Sérères venus du Saloum qui ne voulaient pas être convertis de force par Maaba Diakhou Bâ.

«Il y a eu une guerre entre Maaba Diakhou et le Bour Saloum. Cette bataille a été remportée par Maaba qui voulait obliger tous les habitants à se convertir à l'Islam. Nos ancêtres étaient des résistants Ceddos (guerriers animistes). Mon grand-père Samba Codou Niane a perdu son père, Ndiack Niane dans une bataille avec Maaba Diakhou Bâ.

Ses fils ne voulaient pas se convertir à l'Islam et se sont exilés vers le Sine et ont marché jusqu'à Joal», explique M. Ndiaye qui a noté l'histoire de son village dans un vieux cahier. Arrivés à Joal, «et ne voulant dépendre de personne au risque de devoir quelque chose à autrui dans le futur», Samba Codou Niane et sa famille ont séjourné au bord de la plage refusant d'être hébergés par qui que ce soit. Selon le chef du village, après avoir passé plusieurs nuits à la plage, ils ont repéré le site de Ndiarogne, situé entre Fadjal et Fadiouth.

Arrivé avec une dizaine de ses frères, Samba Codou Niane a regroupé toute sa descendance à Ndiarogne. Il a su aussi protéger sa famille tout en poursuivant son mode de vie de Ceddo Sérère qu'il ne pouvait plus mener dans le Saloum, du fait de l'islamisation.

«Notre village fait partie des plus anciens de la zone, mais nos ancêtres ont décidé de le protéger mystiquement. C'est pourquoi les nouveaux villages qui se sont installés au tour sont plus grands et plus ouverts à la modernité.

On ne subissait aucune influence d'autorités étrangères. Même pour les projets d'infrastructures, les ancêtres proposaient qu'on les réalise à Fadjal, ce, rien que pour protéger la famille», confie le chef du village, Ibrahima Ndiaye.

Son oncle, actuel patriarche du village, Mamadou Niane, égrenant son chapelet acquiesce de la tête. Ce dernier confirme que c'est pour cela que jusqu'à une époque récente, le village n'était habité que par la descendance de Samba Codou Niane.

Même les mariages externes à la communauté n'étaient pas permis. Selon les habitants qui vivent d'agriculture et d'élevage, c'est cette protection qui fait que le village de Ndiarogne exploite l'essentiel des terres de la zone.

Adhésion volontaire à l'Islam

Même si le fondateur du village fuyait l'islamisation, son fils Saliou Niane a décidé volontairement de se convertir à la religion musulmane avant sa mort. « Le premier chef du village, Saliou Niane, avait un ami qui faisait du commerce à Ngoyé Seko et a fini par s'installer là-bas. Il a été converti à l'Islam par un marabout de Thiamène de Tattaguine».

Compte tenu des relations particulières qui liaient Saliou Niane à son ami, le fondateur du village a compris qu'il pouvait se convertir aussi car son ami était un homme juste qui ne s'engagerait pas dans cette voie s'il n'y voyait pas d'humanisme.

«Il a demandé qu'on amène à Ndiarogne le marabout pour se convertir à l'Islam. En tant que responsable du village, il a invité tous ses frères et les membres de sa famille qui étaient sous sa responsabilité à se convertir à l'Islam.

C'est ainsi que le village a accepté l'Islam à 100%», rappelle, avec une certaine fierté, le chef du village Ibrahima Niane. Il y voit un signe divin. Selon Ibrahima Ndiaye, le débit rapide, leur ancêtre Ndiack Niane est mort refusant de se convertir à l'Islam, son fils Samba Codou Niane s'est exilé au Sine pour ne pas se faire imposer cette religion, mais Dieu a voulu que Saliou Niane se soit converti volontairement. «Nos parents ceddos refusaient qu'on leur impose quoi que ce soit quitte à donner leur vie. Mais par la méthode douce, l'Islam a été accepté par eux et dans tout le Sine, le Saloum et le Baol», constate-t-il.

Malheureusement entre temps, Maaba Diakhou Bâ ne verra pas l'expansion de l'Islam dans le Sine parce qu'il a été tué par Bour Sine Coumba Ndofféne Famack Diouf, lors de la bataille de Somb en 1867. Du fait de cette islamisation, Ndiarogne, habités essentiellement de sérères, a commencé à adopter les mêmes pratiques que les musulmans. Avec ce nouveau mode de vie, l'appellation du village a évolué pour devenir Ndiarogne Wolof.

Plusieurs hameaux issus de Ndiarogne

Un autre village, situé à quelques jets de pierre de là, porte le nom de Ndiarogne Sérère. Le premier chef du village de Ndiarogne Wolof, Saliou Niane, avait participé à la première guerre mondiale de 1914-1918 avec son ami Samba Thioro Diop, habitant de Diofior. À leur retour, son ami de Diofior, émerveillé par la richesse de la forêt de la zone, a décidé de quitter Diofior pour venir s'installer à Ndiarogne, fondant ainsi Ndiarogne Sérère. «Il y avait plein de rôniers, de baobabs, d'arbres fruitiers dans la zone. La nourriture était abondante dans la zone, car avec les fruits du rônier, on pouvait avoir du jus et d'autres dérivés. Il y avait des rôniers partout. C'est pourquoi Samba Thioro Diop a décidé de venir s'installer au côté de notre grand père fondant ainsi Ndiarogne Sérère Keur Samba Thioro», explique le chef du village. Selon la version connue, c'est le nombre important de rôniers qu'il y avait autour qui a été à l'origine de l'appellation du dudit village. Il y avait sur place un marché de ce produit et les gens avaient l'habitude de dire « Ndiaye Rone » ou lieu de vente de rôniers d'où l'appellation de « Ndiarogne ».

Par la suite, plusieurs autres sérères éleveurs ou agriculteurs sont venus de l'intérieur des terres du Sine pour s'installer autour du village et de Mbanj Fadjal. C'est ce qui explique le fait qu'il y ait maintenant plusieurs hameaux du nom de Ndiarogne (Ndiarogne Keur Samba Thioro, Ndiarogne Keur Mbaade, Ndiarogne Keur Niokhor, Ndiarogne Keur Malick). L'ensemble de ces Ndiarogne forme le village de Ndiarogne Sérère.

Ndiarogne est dans l'agglomération du Mbanj Fadjal qui regroupe huit villages dont Fadjal, Ndiarogne, Bagana Sérère, Bagana Wolof, Léona, Vélingara, Ndiarogne Sérère. Les huit chefs de villages sont regroupés dans la communauté du Mbanj Fadjal où l'essentiel des préoccupations sont prises en compte. Ce village, situé dans l'arrondissement de Séssène, compte actuellement 123 concessions et plus de 1000 habitants. Il vit de l'agriculture : la culture du mil et de l'arachide et de l'élevage.

En pleine lune de miel, il plante neuf coups de couteau à son épouse

Alors qu'il menait une vie paisible dans son Brésil natal, F. D. Menezes, un charpentier de 31 ans, s'est retrouvé à Dakar par la faute de l'amour. Son cœur a chaviré le jour où J. Kanam, une Libanaise de 37 ans, sténographiste-traductrice de son état qui vivait à Bahia, l'a invité en juin 1978 au restaurant. Cette dernière lui a fait des avances et a précipité leur mariage et en septembre, les deux tourtereaux unissent leurs destinées.

Un mois plus tard, ils se retrouvent à Dakar où vivait la famille de la jeune femme. Le mariage ne sera pas long, puisque le 8 novembre, J. Kanam est retrouvée morte. Elle avait reçu 9 coups de couteau, dont 2 avec violence dans la partie du cœur. Son mari était le coupable désigné, selon l'avocat de la partie civile, Me Charles Gilbert Danon. Pour l'avocat, il ne fait aucun doute que J. Kanam aimait à la folie son homme ; c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle lui a demandé de venir à Dakar où il gagnerait, dans l'entreprise de son grand frère, plus que les 35.000 francs qu'il percevait au Brésil. Le jour des faits, explique-t-il, F. D. Menezes voulait quitter le Sénégal et avait demandé de l'argent à sa femme. Cette dernière ayant refusé, il l'a tout bonnement tuée. Après son forfait, il a pris un bain et s'est changé avant de partir pour l'aéroport. Quand il s'est rendu compte qu'il avait perdu son passeport, il a fait demi-tour et est revenu à l'appartement. Malheureusement pour lui, la mère de son épouse avait plus tôt que d'habitude quitté le magasin pour aller chercher de l'eau fraîche dans l'appartement de sa fille dont elle détenait le double des clés. Elle fut sous le choc en découvrant le corps sans vie de sa fille.

Pour l'avocat général Cheikh Sarr, F. D. Menezes n'est rien de plus qu'un assassin qui « a troublé l'ordre ». Il est convaincu qu'il « a donné la mort avec l'intention de la donner ». Il a requis une peine modulée entre 5 et 10 ans. Pour Me Jean Silva, avocat de la défense, « son client a été torturé moralement par son épouse qui l'a dominé », sans compter que la promesse de lui trouver du travail tardait à se concrétiser. D'ailleurs, précise-t-il, l'expert psychiatrique « décrit l'accusé comme un être frustré, renfermé et peu communicatif ». Pour Me Silva, « il est démontré que son client était en butte à des difficultés qui le déséquilibraient et sa femme, au lieu de l'aider, était dure avec lui, sortait souvent, le laissant seul ». Pire, celle-ci n'hésitait pas à le comparer à son amour de jeunesse, son ancien professeur de portugais à l'Université de Dakar qu'elle aimait follement et qui avait manifesté le désir de l'épouser ; ce qui le mettait dans tous ses états. Selon Me Silva, la femme n'a pas hésité à dire à F. D. Menezes qu'elle l'a épousé pour prendre la nationalité brésilienne. Ce qui ne souffre d'aucun doute puisque, explique l'avocat, « J. Kanam n'avait qu'un visa de six mois qui avait expiré et ne devait être renouvelé qu'au Sénégal ». Selon Me Silva, la victime voulait acquérir la nationalité et pour l'obtenir, elle devait résider deux ans au Brésil, ce, après le renouvellement du visa...

Ses développements n'ont pas convaincu le président Ibrahima Nancy Ndiaye et ses deux conseillers, Issa Sall et Meissa Diouf. Ils ont reconnu F. D. Menezes coupable et l'ont condamné à 7 ans de travaux forcés.

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