Maroc: L'Homme face aux pandémies (4/4)

15 Septembre 2020
analyse

En 1883, dès l'apparition de la cinquième pandémie en Egypte, et dans le souci de la juguler pour qu'elle n'atteigne pas l'Europe, les gouvernements français et allemand y ont envoyé chacun une mission d'étude.

C'est l'équipe allemande dirigée par Koch et Gaffky qui a identifié le bacille d'infection, même si les résultats n'ont pas abouti à une conclusion définitive, car la pandémie touchait à sa fin.

Pour finir son étude, Koch se rendit à Calcutta en Inde d'où il a annoncé l'aboutissement de son étude, par sa découverte du germe en forme de virgule qu'il a appelé Komma Bacillus, mais le nom restant est le Vibrion Cholérae (V. C.). Le contenu scientifique de sa découverte a été donné sous forme de conférence à Berlin en 1984, et rédigé dans une revue allemande spécialisée en 1887. Un tel aboutissement a ouvert la voie aux traitements et aux thérapies. En 1885, le Catalan J. F. I Clua était le premier à avoir synthétisé le premier vaccin anticholérique. A

l'Institut Pasteur, Haffkine a produit dans le cadre de ses recherches anti-cholériques, un autre vaccin qui atténue la virulence du bacille. Ces travaux avaient besoin de temps pour faire leur chemin auprès des chercheurs et au sein des instances scientifiques et médicales officielles. En 1894, l'allemand F. J. Pfeiffer a découvert la substance toxique du V. C., après avoir détruit sa membrane, et a introduit le concept de l'endotoxine. Les travaux ont connu un certain ralentissement car la cinquième pandémie a pris fin en 1896 Les recherches ont repris dès l'apparition de la sixième pandémie au début du 20ème siècle, et c'est entre 1907 et 1920 que L. Rogers a développé en Inde l'hydratation par injection intraveineuse de sérum hypertonique faisant passer la létalité de 70 à 30%.

Au cours des années 1950, les Prs Hindous S. Nath De de Calctta et N. K. Dutta de Bombay, ont fait simultanément la démonstration que le V. C. produit une puissante exotoxine, contrairement à ce qui était établi. Grâce à leur modèle expérimental, les deux chercheurs ont réussi à soumettre le V. C. au postulat de Koch et Kaffky. Après les travaux de purification et de cristallisation de la toxine en question par R. Finkeisteinen 1969, elle a pris le nom de choléragène. Cette conception a été constamment renouvelée, pour permettre le développement de la thérapie par hydratation orale (sels de réhydratation orale : SRO), qui reste un protocole courant jusqu'à nos jours. A propos de cette thérapie préconisée comme traitement, voici ce que dit l'OMS : Le choléra est une maladie facile à traiter.

On peut guérir la majorité des sujets atteints en leur administrant rapidement les sels de réhydratation orale (SRO). Le sachet standard SRO OMS/ UNICEF est à dissoudre dans 1 litre d'eau potable. Jusqu'à 6 litres de SRO peuvent être nécessaires pour traiter une déshydratation modérée chez un patient adulte le premier jour. Les patients gravement déshydratés présentent un choc et l'administration rapide de liquide par voie intraveineuse s'impose. Un adulte de 70 kg aura besoin d'au moins 7 litres de liquide par perfusion, en plus des SRO, pendant son traitement.

Ces patients reçoivent également des antibiotiques adaptés pour raccourcir la durée de la diarrhée, diminuer les quantités de liquide de réhydratation nécessaire et écourter la durée de l'excrétion des bacilles cholériques dans les sels. Pour les vaccins, il existe trois vaccins anticholériques oraux préqualifiés par l'OMS : Ducoral, Shancol et Euvichol. Pour les trois vaccins, deux doses sont nécessaires pour conférer une protection complète. La grippe asiatique (1956-1958) : Elle a fait l'objet d'une pandémie de grippe, de type A (H2N2) qui a frappé le monde en partant de la Chine, en faisant, d'après l'OMS, 2 millions de morts. Juste après son apparition dans les provinces de Guizhou et Yunan, les laboratoires de virologie se sont mis à l'œuvre à Melbourne, à Londres, à Washington et à Paris. Le nouveau virus a été vite identifié, car la pandémie a été étudiée et suivie en temps réel avec des moyens suffisants et performants plus que jamais.

Au bout de 6 mois, le virus s'étendit à Singapour et Hong Kong, ensuite aux Etats-Unis et en Europe. Il a frappé des populations sans immunité, en causant pneumonie et œdèmes pulmonaires, avec comme personnes à risque, les cardiaques et les femmes enceintes. Les recherches effectuées sur les morts ont révélé que les virus qui ont attaqué les poumons ne présentent aucune différence par rapport à ceux isolés dans la gorge des cas bénins.

Il a été démontré qu'il s'agit du virus grippal A(H2N2), combinant 5 segments de la souche H1N1 (virus de la grippe espagnole), avec 3 segments d'un autre virus de grippe aviaire. C'est donc une grippe d'origine chinoise, due à un virus provenant de canards sauvages, qui s'est mixé à un autre virus de souche humaine. Ce nouveau virus A (H2N2) a supplanté celui de type A (H1N1), et a continué à circuler pendant 11 ans, avant d'être à son tour supplanté par un autre nommé (H3N2), responsable d'une épidémie entre 1968 et 1969, mais moins sévère : c'est la grippe de Hong Kong. Depuis cette date, des vaccins de plus en plus performants ont été mis au point, pour rendre plus efficaces les traitements anti-grippaux.

La souche A(H2N2) étant toujours active dans les porcs et les oiseaux, et donc une transmission à l'homme reste toujours du domaine du possible, car la nature de la menace est la même que celle qui a fait réapparaître la souche A(H1N1) en 2009. L'alarme est lancée depuis 2011, en faveur d'un programme de vaccination afin d'empêcher la réémergence de la grippe A(H2N2) chez les humains. Le sida (1981-jusqu'à nos jours) : C'est l'abréviation du syndrome d'immunodéficience acquise, qui est un état caractérisé par une faible immunité due principalement au virus de l'immunodéficience humaine, ou VIH.

C'est une maladie qui a pour voie de communication certains liquides sécrétés par le corps humain à l'instar du sang, du lait maternel et des autres liquides d'organes génitaux. Elle est considérée comme une pandémie qui a fait des dizaines de millions de morts, depuis sa déclaration en 1981 jusqu'à 2019. Les seuls traitements existants sont ceux qui retardent la phase du Sida, ralentissant sa morbidité et sa mortalité, mais aucun vaccin ou traitement n'ont encore vu le jour.

Dans ce même sens, la communauté internationale a pris conscience d'une situation devenue grave, d'une épidémie devenue pandémie en l'espace de quelque temps seulement. C'est ainsi que le 26 octobre 1987, l'Assemblée générale des Nations unies a entériné une résolution demandant aux Etats et à toutes les organisations onusiennes de coopérer. Depuis cette résolution, la lutte anti-VIH est devenue un champ prioritaire, pour l'ONU à travers un bon nombre de gouvernements. La communauté scientifique internationale s'est également impliquée dans ce chantier, en vue de mettre au point un vaccin ou un médicament, faisant du VIH le virus le plus étudié à ce jour à côté du nouveau Covid-19.

Dès 1986, le remède antirétroviral a été l'AZT (l'Azidothymindine) jusqu'au milieu des années 1990, où de nouveaux traitements sont arrivés sur le marché, avec plus d'efficacité contre la réplication du VIH. Ces nouveaux traitements sont une association de plusieurs médicaments, dont la fonction principale est de permettre son ralentissement sur plusieurs plans. Ces nouveaux traitements sont épaulés par le développement des tests de dépistage servant à estimer la charge virale, ce qui a contribué massivement à les rendre plus efficaces.

Pour la découverte du VIH, la première apparition du virus a eu lieu en juin 1981, quand le CDC (en anglais : Center of Diseaces Control ; en français : Centre de Contrôle et de Prévoyance des Maladies) américain a annoncé la présence du virus dans les milieux homosexuels (nommé au début syndrome gay). Après quelque temps, la pathologie avait dépassé le cadre gay pour affecter les milieux toxicomanes par injection. C'est à ce stade de progression que le problème de l'identification du virus responsable de cette pathologie s'est imposé.

En commençant d'abord par les Etats-Unis, l'équipe ayant pris en charge les premières recherches fut dirigée par le Pr R. Gallo, du National Cancer Institute. Le secrétaire d'Etat à la Santé, a annoncé la découverte du nouveau virus dénommé HTLV-1. En France, ce n'est qu'après l'apparition des premiers cas symptomatiques, que la recherche a commencé à s'y mettre.

En effet, l'équipe de l'Unité d'Oncologie Virale de l'Institut Pasteur s'est mise à travailler sous la direction de Luc Montagnier et F. Barré-Sinoussi. En février 1983, après avoir isolé et identifié le virus, une vérification par examen au microscope électronique a permis une première visualisation du virus. Ce résultat est publié dans la Revue Sciences du mois de mai de la même année. Ce virus a été appelé LAV, mais considéré sans lien avec le sida. En mai 1984, l'équipe de R. Gallo a publié un nouveau résultat dans la même revue, révélant l'isolement et l'identification d'un autre virus dénommé HTLV-3, considéré comme responsable du sida.

Or, il s'est avéré que ce résultat provient de l'échantillon français envoyé dans le cadre d'échange d'information et de coopération. Pour des considérations d'urgence sanitaire, le temps était aux échanges de réflexions, de propositions et même de matériels biologiques, le tout était ravivé par un même dénominateur, qui est l'honnêteté scientifique. Mais cette honnêteté scientifique a fait défaut, car la partie française s'était étonnée de voir que ses échantillons ont été utilisés par l'équipe américaine comme s'ils étaient les leurs.

D'ailleurs la même chose s'est produite avec l'équipe de J. A. Levy de San Francisco. Des trois dénominations, est sortie une seule qui a été acceptée par tout le monde, c'est le sigle VIH en 1986. Une bataille juridique a été engagée par la partie française contre la partie américaine, qui a abouti à une solution d'entente décidée au plus haut niveau, lors d'une rencontre entre le président américain Ronald Reagan et le Premier ministre français Jacques Chirac, le 30 mars 1987. La reconnaissance de la paternité de la découverte du VIH est revenue à la partie française, grâce à la confirmation en 2008, par le Comité du Prix Nobel, qui a attribué ce prestigieux Prix de médecine à L. Montagnier et F. B-Sinoussi. Quant à sa transmission, le VIH est présent dans toutes les secrétions liquides de son porteur. En quantités faibles dans les larmes, la salive et les urines, ce qui signifie que le risque de sa transmission par ces liquides est quasiment absent.

Par contre, le virus se trouve en quantités importantes dans le sang, le lait maternel et les autres sécrétions par les organes génitaux, tous susceptibles de communiquer l'infection. La contamination peut donc avoir lieu par trois voies : rapports intimes non protégés, toxicomanie par injection, tatouage avec mauvaise hygiène du matériel et transfusions. Pour les nouvelles avancées, elles sont au nombre de deux. Une française de 2017, qui évoque l'identification d'un marqueur de cellules comme réservoirs du VIH, mais leur élimination n'est pas encore possible et c'est ce qui bloque le processus de guérison. L'autre avancée est américaine, mais la perspective de son application sur l'homme n'est pas encore à l'ordre du jour.

L'Homme face aux pandémies (3/4)

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