Soudan: Pouvoir et mouvements armés célèbrent le retour à la paix

En attendant la signature définitive de l'accord de paix entre le gouvernement et plusieurs groupes rebelles le 2 octobre prochain, les acteurs politiques et le peuple ne cachent pas leur satisfaction concernant l'aboutissement des discussions inter-soudanaises. La joie de tous est on ne peut plus immense parce que le document officiel qui sera paraphé va mettre fin à près de deux décennies de conflit ayant fait des centaines de milliers de morts, en particulier au Darfour (ouest).

Les parties impliquées dans le rapprochement des deux camps adverses sont déterminées à parachever le processus. C'est pour cela que le gouvernement de transition, arrivé au pouvoir après la chute du président Omar el-Béchir en avril 2019, a fait de la paix avec les mouvements rebelles une priorité de son mandat. A cet effet, Khartoum et le Front révolutionnaire de libération, une alliance de cinq groupes armés et quatre mouvements politiques issus du Darfour, des Etats méridionaux du Kordofan-Sud et du Nil Bleu, se félicitent maintenant du succès des négociations engagées depuis plus d'une année. Ces discussions ont donné lieu récemment à la signature d'un accord préliminaire à Juba, au Soudan du Sud.

Une lueur d'espoir est aussi à noter après la récente signature d'un accord de « cessation des hostilités » avec le Mouvement populaire de libération du Soudan d'Abdelaziz al-Hilu, l'un des deux derniers groupes rebelles - avec le Mouvement de Libération du Soudan d'Abdelwahid Nour - ayant refusé à ce stade de se joindre à l'accord de Juba. Plusieurs autres textes similaires ont échoué par le passé, notamment en 2006 et en 2010.

S'agissant de l'accord qui doit consacrer le retour à la paix sur l'ensemble du territoire national, il prévoit le démantèlement des mouvements armés et leur intégration dans les forces régulières soudanaises. Le document aborde des questions aussi variées que la sécurité, la propriété foncière, la justice transitionnelle, les réparations et compensations, le développement du secteur nomade et pastoral, le partage des richesses et du pouvoir, ainsi que le retour des réfugiés et des déplacés. En ce qui concerne les mouvements armés, le texte stipule qu'ils devront à terme être démantelés et que leurs combattants devront rejoindre l'armée régulière, qui sera réorganisée pour être représentative de toutes les composantes du peuple soudanais.

Le progrès économique au centre des priorités

Avec l'évolution de la situation actuelle, Minni Minawi, qui dirige une faction du Mouvement de libération du Soudan basé au Darfour, estime que les Soudanais doivent maintenant songer au développement du pays. « Nos priorités sont désormais le progrès économique et des affaires humanitaires liées aux déplacés », souligne-t-il.

De son côté, le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, se réjouit de ce que l'accord de paix de Juba qui « crée un nouvel Etat soudanais et remédie aux injustices du passé » va à coup sûr favoriser le développement du pays. « La paix reste le rêve des Soudanais. Ce qui a été accompli dans la première phase est une grande réalisation historique. Cela nous place dans la bonne direction et renforce notre détermination à poursuivre le chemin vers la paix », poursuit-il.

La directrice d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Est et du Sud-Est, Deprose Muchena, pense que le document dont la phase finale va intervenir dans quelques jours « représente un rayon d'espoir pour des millions de Soudanais du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu où leurs droits humains ont été systématiquement violés par le gouvernement de l'ancien président Omar el-Bechir ». « Ils ont enduré d'horribles violences de la part de toutes les parties impliquées dans le confit », ajoute-elle, en invitant le gouvernement soudanais à mener des enquêtes impartiales sur « les allégations de violations des droits de l'Homme » commises par des membres des forces armées, des milices alliées ou des groupes armés.

Sachant que tous les programmes du gouvernement de transition sont basés sur la paix sans laquelle aucun ne pourra être réalisé, acteurs politiques et population rêvent de l'impact que peut susciter l'application de l'accord sur la vie socioéconomique de la nation. Ce qui s'avère important puisqu'en 2011, la sécession du Soudan du Sud a durement affecté l'économie soudanaise, la privant des trois quarts de ses réserves de pétrole et de l'essentiel des revenus de l'or noir. Le Soudan a également été affecté par vingt ans d'embargo américain en raison de violations des droits humains. Ce blocus a été levé en 2017 mais le Soudan reste sur la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme.

Le FMI estime que les besoins financiers du pays s'élèvent à 13 milliards de dollars (environ 11 milliards d'euros) pour une période de cinq ans, afin de financer les réformes structurelles, dont 3 milliards (2,5 milliards d'euros) la première année. En juillet, la communauté internationale a promis une aide de 1,8 milliard de dollars au Soudan dont l'inflation a atteint 143% en glissement annuel alors que sa monnaie ne cesse de se déprécier face au dollar.

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