Ile Maurice: «High Level Council» - Quels sont ces 70 % du rapport Lam Shang Leen introduits ?

16 Septembre 2020

«Comme mentionné par le Premier ministre, nous avons institué 70 % des recommandations de la Commission Lam Shang Leen. On est en train d'y travailler davantage», déclare le Dr Zouberr Joomaye, qui a récemment rejoint le comité de haut niveau sur la drogue et le VIH.

Celui-ci s'était réuni hier, mardi 15 septembre, au Bureau du Premier ministre, à Port-Louis. Pravind Jugnauth a également confirmé que plusieurs mesures de la commission d'enquête sur la drogue étaient en pratique tandis que d'autres nécessitent encore du travail. «Franchement, certaines ne pourront être appliquées pour plusieurs raisons. Nous allons tout étudier. Plusieurs recommandations seront appliquées à court terme et d'autres à long terme.»

Lesquelles ? La question est d'autant préoccupante face aux saisies, entrées, trafics et consommations récents de drogue dans le pays en dépit du confinement. De plus, ce 16 septembre, un an s'est écoulé depuis le lancement de la stratégie nationale sur la drogue. Quel en est le bilan ? «On a revu le programme de dispensation de la méthadone, notamment en termes d'amélioration. On bouge des postes de police vers les centres de soin. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. On essaie de retirer ces points de dispensation des autorités policières. Désormais, nous avons 44 centres pour cela», affirme Zouberr Joomaye.

De son côté, Nicolas Ritter, fondateur de PILS, affirme que des avancements ont été effectués sur le plan d'action. «Des comités se réunissent. D'après le résumé évoqué lors de la réunion hier, il y a des avancées majeures. Lesquelles, je ne peux pas dire exactement car on n'est pas entré dans les détails.»

La mise en place d'un Drug Offenders Administrative Panel est à l'étude. L'objectif est de voir les alternatives à la peine d'emprisonnement pour les consommateurs de drogue. Parallèlement, des actions sont prévues pour réduire les risques de contamination aux maladies comme l'hépatite B, C et le VIH chez les toxicomanes qui s'injectent de la drogue par voie intraveineuse. De nouvelles avenues en traitements de substitution sont aussi examinées. «Mais nous avions demandé qu'une telle mesure basée sur le modèle du Portugal soit instituée. Ceci figure d'ailleurs dans le rapport Lam Shang Leen. Car en criminalisant la consommation, on peut gâcher la vie des gens. Ils sont privés de certificats de caractère et de travail. On attire l'attention dessus depuis longtemps», fait-il ressortir.

De son côté, Percy Yip Tong, président fondateur du Collectif Urgence Toxida, s'aligne en faveur des perspectives de traitements au lieu des sanctions pour les toxicomanes. D'autres travailleurs sociaux abondent dans ce sens. «Je ne sais si une bonne partie des recommandations de la commission Lam Shang Leen ont été appliquées. Si oui, je ne peux les identifier. Néanmoins, celles les plus importantes sont toujours en suspens», avance l'un d'eux, spécialisé dans la prévention depuis plusieurs années. Il cite notamment une «vraie réflexion dépassionnée sur le cannabis et la politique de soins». Ce serait un signal fort pour l'engagement du combat contre la drogue. Hélas, le débat n'a toujours pas eu lieu.

Manque de chiffres

Percy Yip Tong estime que 40 % du rapport a été mis en place, 50 % si l'on tient compte des recommandations pour Rodrigues, et 20 % initiées. Il fait état d'autres préoccupations, notamment le manque de chiffres. «Jamais il n'y a eu autant de drogues qui entrent à Maurice, et ce malgré le confinement», déplore-t-il. Un fait confirmé par Pravind Jugnauth hier qui évoquait le contrôle des colis postaux et des conteneurs au niveau des stupéfiants. Autre manquement : les chiffres sur les overdoses en hausse récemment et les admissions à l'hôpital Brown-Séquard pour drogues. Car face à la croissance de la toxicomanie, il n'y a plus de place pour traiter ceux atteints de troubles mentaux, ajoute-t-il.

Un autre sujet fait débat : l'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). Si l'État avance que le volume de drogues saisies et d'arrestations demeure un record par cette unité, la commission Lam Shang Leen avait recommandé la dissolution de cette unité. Mais «ce n'est pas d'actualité», rétorque-t-on du côté des autorités. Un argument également énoncé par le Premier ministre.

De quoi prendre à contre-pied l'ex-juge Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs ? Sur cette question, les travailleurs sociaux affirment qu'une refonte est nécessaire. «Bien sûr, il y a des ripoux comme dans beaucoup de secteurs. Mais on doit revoir le fonctionnement», suggère l'un d'eux. Nos autres intervenants affirment que les rentrées de drogue ou le stock existant qui pullulaient sur le marché récemment indiquent un problème dans le système de contrôle. «Il faut agir en conséquence», affirment-ils.

Centres de désintoxication saturés : les services sujets à amélioration

Depuis le déconfinement, les centres de traitements sont engorgés. En effet, puisqu'un bon nombre de patients continuaient à se droguer durant le confinement, à la reprise des activités, les demandes ont afflué pour les programmes de désintoxication. Selon les travailleurs sociaux, les listes d'attente se sont également allongées. Que vont faire les autorités face à cette ampleur ? Nicolas Ritter soutient avoir attiré l'attention du Premier ministre et du comité sur cette question. «Il faut absolument diversifier nos méthodes d'accompagnement des personnes sujettes à une consommation problématique, que ce soit avec de nouvelles molécules ou stratégies. Au cas contraire, on ne va pas y arriver», confie-t-il. Pour sa part, Zouberr Joomaye déclare qu'un travail est entrepris «pour apporter plus de traitements de substitution et diminuer la demande de drogues dures, de prescription, des synthétiques» Il ajoute que l'amélioration tant en termes de qualité de service que de quantité de patients est aussi à l'étude.

Plus de: L'Express

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