Cote d'Ivoire: Appel des pro-Gbagbo à manifester - Faut-il craindre le pire ?

Les partisans de Laurent Gbagbo venus nombreux au Siège de la CEI.
16 Septembre 2020
analyse

La plateforme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS), a lancé hier, un appel à la mobilisation pour, dit-elle, faire barrage à la « forfaiture, à la dictature de Outtara ». Un appel qui intervient après le rejet de la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle du 31 octobre prochain.

Avant cette sortie d'EDS, ce sont les pro-Guillaume Soro qui avaient donné le ton en s'adressant ainsi au président du Conseil constitutionnel : « Monsieur Koné avait indiqué que les décisions de justice ont fait plus de mal à la Côte d'Ivoire que les balles des armes. Alors aujourd'hui, il vient de rendre une décision qui va faire mal à la Côte d'Ivoire. Il vient de rendre une décision qui va brûler la Côte d'Ivoire. J'espère qu'il en est conscient et j'espère aussi qu'il va assumer sa responsabilité devant l'Histoire». Faut-il prendre ces propos comme de simples réactions de dépit ou, au contraire, faut-il les considérer comme des oracles de mauvais augure ?

Les tensions sont déjà palpables depuis l'annonce du 3e mandat du président ADO

Même si ADO, avant même que le Conseil constitutionnel ne livre son verdict, s'est voulu rassurant sur les menaces à la paix sociale dans le pays, l'on ne peut pas considérer ces menaces des recalés comme une simple tempête dans un verre d'eau. Et pour cause. D'abord, ceux qui professent ces menaces, sont tout sauf des enfants de chœur. On connaît bien Guillaume Soro non seulement comme activiste des mouvements estudiantins mais surtout comme l'ex-chef de la rébellion ivoirienne.

Pire, quand bien même il avait quitté le treillis des maquis pour renouer avec le costume du démocrate, son nom n'a cessé d'être cité dans des affaires de caches d'armes. En rupture de ban avec ADO, il est porté par l'énergie de la haine et est donc potentiellement dangereux pour la paix au pays de Félix Houphouët Boigny.

Quant à Laurent Gbagbo, l'enfant terrible de Mama, on le sait rompu aux discours nationalistes et donc potentiellement incendiaires dans un pays où la fibre ethnique se transforme assez vite en mèche d'allumage aux conflits politiques.

Il n'en est pas moins aussi un redoutable chef de guerre qui a tenu un temps tête à la rébellion et traîne derrière lui une sulfureuse réputation d'accointances avec les escadrons de la mort qui ont dicté leur loi au pays pendant la crise pré et post-électorale de 2011. On peut donc craindre que l'action conjuguée de ces deux « bêtes de scène » n'ouvre à nouveau les portes de l'enfer pour la Côte d'Ivoire.

L'autre raison de craindre pour le pays, est que les tensions sont déjà palpables depuis l'annonce du 3e mandat du président ADO. Les manifestations y relatives se sont soldées déjà par de nombreuses violences et près d'une vingtaine de morts.

Même si l'on peut penser qu'il s'agit d'éphémères manifestations de mécontentement, elles peuvent, dans un contexte d'absence de consensus politique et d'absence de véritable réconciliation nationale, faire le lit d'une plus grande fronde socio-politique.

Il ne reste plus à Soro et à Gbagbo qu'à se trouver et mettre en œuvre un plan B

Enfin, les craintes peuvent venir du passé du pays où les élections ont très souvent donné lieu à de violentes crises comme ce fut le cas en 2000, en 2003-2004 et en 2010-2011. Cela dit, le scénario d'une nouvelle apocalypse en Côte d'Ivoire n'est peut-être que de la politique-fiction.

Car, Guillaume Soro et Laurent Gbagbo ne sont plus les foudres de guerre qu'ils étaient. Par crainte d'être l'un des pensionnaires de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA), Guillaume Soro erre comme un SDF (Sans domicile fixe) dans le monde et s'accroche comme un naufragé aux impuissantes décisions des Cours de justice des institutions régionales et interafricaines.

Laurent Gbagbo est, lui, toujours maintenu dans les filets de la Cour pénale internationale (CPI). L'un comme l'autre donc, si l'on ne peut nier le fait qu'ils disposent encore de partisans qui peuvent faire le sale boulot à leur place, sont lourdement handicapés par les rets de la Justice qui les maintient loin de leurs troupes.

Du reste, l'on peut bien se demander si les recalés du Conseil constitutionnel ont intérêt, à nouveau, à recourir à la technique de la terre brûlée en Côte d'Ivoire. Certes, l'envie d'assouvir la vengeance contre le « pestiféré » d'ADO peut être si forte qu'il faudrait des trésors d'énergie pour y résister, mais ce serait se faire harakiri que de déterrer à nouveau la hache de guerre en Côte d'ivoire.

D'abord, le contexte sécuritaire sous régional pourrait mettre la situation hors de tout contrôle, y compris même de ceux qui auraient allumé l'incendie. Ensuite, l'on imagine difficilement l'ex-métropole coloniale, la France, dont les intérêts sont colossaux en Côte d'Ivoire, laisser le pays aller à nouveau à vau-l'eau.

Enfin, il faut le dire, il serait difficile aujourd'hui de capitaliser politiquement une nouvelle guerre auprès de populations qui ont déjà souffert le martyre pendant l'épisode du conflit armé qu'elles ont connu. En tout état de cause, il ne reste plus à Soro et à Gbagbo qu'à se trouver et mettre en œuvre un plan B. Ce plan pourrait être de s'aligner derrière Henri Konan Bédié (HBK) pour terrasser l'adversaire commun. Cela n'est pas de l'utopie, quand on sait que rarement dans la Côte d'Ivoire post-Houphouët-Boigny, un candidat a pu remporter au 1er tour, haut-les-mains, une élection présidentielle.

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