Sénégal: Surf - La féminisation en marche

16 Septembre 2020

Le Sénégal n'est pas encore une référence mondiale en matière de surf, mais ce sport de glisse prend petit à petit ses marques. Très pratiqué par les hommes, chez les femmes par contre, ce n'est pas le grand rush.

La féminisation se fait au petit trot et de plus en plus de femmes intègrent la sphère professionnelle du surf avec comme ambition de donner ses lettres de noblesse à cette discipline qui suscite un intérêt croissant.

La mer n'appartient à personne, mais ne prend pas la vague qui veut. Au Sénégal, le surf connaît une véritable embellie et l'avènement de la Fédération sénégalaise de surf (Fss), portée sur les fonts baptismaux en 2017, y est pour quelque chose. Cette discipline a beau faire des vagues, la parité est très loin d'être parfaite.

Chasse gardée de la gente masculine, ce sport de glisse a souvent laissé peu de place aux femmes qui y étaient minoritaires.

De très loin même. Mais aujourd'hui, elle n'est plus l'exclusivité des hommes. Les mentalités ont évolué et de plus en plus de femmes ont intégré la sphère professionnelle du surf. Elles se battent ainsi au quotidien pour avoir leur place dans cette discipline.

Un effectif pas très fourni

À en croire le Secrétaire général de la Fédération sénégalaise de surf (Fss), Soulèye Mbengue, le surf féminin n'a pas encore la même notoriété que celui des hommes.

« On ne peut pas dire qu'il y a un grand engouement chez les femmes, mais il faut reconnaître que de plus en plus de filles s'intéressent au surf et prennent une licence pour pouvoir participer aux compétitions nationales », avoue-t-il.

D'habitude, fait-il savoir, la vente des licences se faisait en début d'année, « malheureusement cette année on a pu faire qu'une seule Coupe du Sénégal et 8 femmes ont pu y participer ». Pour l'instant, certifie le Secrétaire général de la Fss, l'effectif n'est pas aussi fourni.

Seules 12 femmes sont licenciées. Une faiblesse que la Fédération compte bien corriger avec son plan de féminisation de la discipline.

« La politique mise en place pour attirer les femmes est d'essayer de les mettre en valeur le plus possible en leur facilitant les licences, mais aussi en faisant en sorte qu'il y ait toujours une équipe féminine lors des championnats du monde de surf », indique-t-il.

D'ailleurs, fait remarquer Soulèye Mbengue, lors des deux dernières éditions des championnats du monde de surf (Isa World Surfing Games), le Sénégal a toujours eu une représentation féminine. « En 2018, c'était avec Évelyne Attal et Margot Chevance et en 2019 avec Imane Signaté », rappelle-t-il.

IMANE SIGNATÉ, CHAMPIONNE DU SÉNÉGAL EN 2016 : «Il faut faire du surf féminin quelque chose de complètement ordinaire au Sénégal»

Licenciée depuis 2015 et championne du Sénégal en 2016, Imane Signaté reconnaît qu'il y a de plus en plus de femmes surfeuses au Sénégal. « En 2012, quand je commençais à pratiquer le surf, il y avait très peu de filles dans l'eau.

Maintenant, quand je reviens à Dakar pendant les vacances, je vois pas mal de jeunes filles qui commencent le surf et surtout de plus en plus de Sénégalaises ». Signe, selon elle, que les choses ont évolué. Pour Imane Signaté, « la féminisation du surf au Sénégal se développe lentement mais sûrement », même si elle reconnaît que « ce n'est pas encore ancré dans la culture sénégalaise ».

Aujourd'hui, il ne fait aucun doute, selon elle, que le Sénégal est doté de vagues magnifiques et de talentueux surfeurs et surfeuses. Et pour qu'il y ait encore plus de femmes qui se mettent au surf, elle estime qu'il faut des moyens car le surf coûte cher.

C'est aussi valable pour les hommes. « Il faudrait des sessions d'initiation gratuite pour que les filles se sentent à l'aise et c'est un bon moyen d'avoir un premier contact avec l'océan.

Mais de ce que je vois, c'est déjà bien parti et je parie que d'ici quelques années, le surf féminin au Sénégal sera quelque chose de complètement ordinaire », note l'ancienne sociétaire de Tribal surf school.

« En juin 2019, je suis rentrée à Dakar pour les vacances et j'ai participé à une compétition de surf que j'ai remportée.

Par la suite, j'ai été sélectionnée pour les Isa Wsg au Japon. Après les vacances, j'ai commencé un stage dans une agence de voyage en Australie et en septembre, j'ai rejoint la Fédération au Japon pour les championnats du monde ». Une très belle expérience, selon Imane Signaté.

« La Fss avait tout organisé. J'ai eu l'occasion de côtoyer l'élite du surf mondial et c'était très différent des compétitions à Dakar.

Le niveau est très élevé et je n'avais pas eu l'occasion de m'entraîner autant que je l'aurai voulu durant mes 2 mois en Australie. Donc il y avait quand même un grand décalage entre mon niveau et le niveau de certaines compétitrices», fait-elle remarquer.

Son rêve, c'est d'aller surfer en Alaska un jour. Imane a aussi hâte de participer à plus de compétitions comme les mondiaux au Japon.

Elle demeure convaincue que dans un avenir très proche, « le Sénégal va devenir une destination de surf incontournable » et que les surfeurs, féminins surtout, « vont être de plus en plus présents à l'international avec l'aide de la fédération (sur les compétitions) et faire connaître le surf sénégalais ».

Faire tomber les barrières

Aujourd'hui, la démocratisation du surf fait son bonhomme de chemin. Les filles manifestent le désir de pratiquer ce sport qu'elles ne connaissaient pas il y a quelques années.

« Nous avons actuellement une nouvelle école de surf « Black Girl Surf » qui est en cours de régularisation à la fédération », fait savoir Soulèye Mbengue. Cette école, indique le secrétaire de la Fss, « compte en son sein beaucoup de jeune filles qui pratiquent le surf et pourraient nous valoir d'énormes satisfactions ».

Cet institut de surf pour les filles dirigé par Khadjou Samb a été fondé grâce au soutien de Rhonda Harper, initiatrice de « Black girls surf » (Bgs).

Des jeunes filles et femmes voulant participer à des compétitions de surf professionnel y sont formées et encouragées à développer la force physique et mentale nécessaire pour surfer.

« Mon ambition, c'est de donner la chance aux jeunes filles qui souhaitent pratiquer cette discipline pour représenter dignement le Sénégal dans les grandes compétitions », confie Khadjou Samb.

Juge certifiée Isa, préparatrice physique et surfeur, Rhonda Harper, qui a fondé Bgs après avoir constaté que les femmes noires étaient sous-représentées parmi les surfeurs professionnels, est confiante quant à l'avenir du surf féminin au Sénégal.

« C'est réconfortant de constater que de plus en plus de femmes pratiquent le surf au Sénégal. C'est passionnant à regarder, un voyage émotionnel pour quelqu'un comme moi qui vient des États-Unis », explique Rhonda Harper, qui veut faire tomber les barrières.

Elle s'est réjouie du nombre croissant de jeunes filles qui rejoignent le Bgs. « Je suis au Sénégal depuis quelques mois et ça a grandi.

L'avenir du surf féminin est radieux. Même les ligues de surf professionnelles auxquelles je suis associée sont très enthousiastes de voir ce qui se passe au Sénégal », assure-t-elle.

À l'instar de l'Australie, du Brésil, d'Hawaï, de Tahiti ou encore de l'Indonésie, le Sénégal veut devenir une référence en matière de sport de glisse et le rêve de porter le surf féminin au niveau des hommes. Mais ce n'est pas demain la veille car le chemin à parcourir est encore long pour rattraper les hommes.

Plus de: Le Soleil

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