Madagascar: Mini-mémoire CEDS - L'intégration des Karana décortiquée

Il fallait l'oser. Le groupe Bravo s'est attaqué à une montagne en choisissant comme thème de son mini-mémoire du Centre d'études stratégiques et diplomatiques (CEDS), en l'occurrence « L'intégration des Karana seraitelle optimale socialement, économiquement et politiquement » sous l'encadrement du Professeur Hugues Rajaonson.

Un sujet complexe et délicat comme l'ont souligné les membres du jury. Présents sur le territoire malgache depuis 1870, partis de Gujerat en Inde, les Karana répartis en quatre grandes communautés, n'ont jamais été considérés comme des zanatany à l'image d'autres communautés totalement fondues dans la société malgache. Le groupe Bravo a essayé de trouver les causes de ce rejet.

Investissement

Les Karana ont toujours été considérés comme des profiteurs, des corrupteurs, des égoïstes. Une minorité de Karana vit dans l'opulence alors que la majorité des Malgaches pataugent dans la pauvreté absolue. Un contraste qui est souvent à l'origine des manifestations de haine et de colère contre les Karana dans l'histoire à l'image des opérations anti-Karana à Antsirabe en 1987 et 1994 ainsi qu'à Antananarivo où une défaite de l'équipe de football à Mahamasina finissait toujours par un pillage du magasin Vetmad Analakely appartenant à Vasram, pourtant grand mécène du sport.

Beaucoup de Karana investissent dans le pays et contribuent à l'industrialisation depuis longtemps à l'image du groupe JB devenu Basan, de la famille Karmaly... Actuellement les Karana occupent différents secteurs stratégiques de l'économie avec des entreprises très puissantes comme le groupe Axian, SMTP ou Sipromad.

Qu'on le veuille ou non, ils créent de l'emploi et font tourner l'économie mais certains voient cette présence comme une domination voire une colonisation rendant difficile le rapprochement. Des Karana font beaucoup d'efforts pour servir les intérêts malgaches à l'instar du groupe Axian principal promoteur de l'exposition culturelle malgache au Quai Branly pendant plusieurs mois à Paris l'année dernière, de l'Association Karane qui effectue depuis plus de vingt ans des missions sanitaires dans différentes contrées du pays. Selon les propos recueillis par le groupe Bravo, plusieurs Karana ont affirmé qu'ils n'ont pas d'autres pays que Madagascar, où ils sont nés, où ils vivent et où ils mourront.

Les difficultés d'intégration ont d'autres causes comme le problème d'acquisition de nationalité. « La nationalité malgache est une nationalité de sang et non de sol. Il faut qu'un Karana ait une mère ou un père malgache pour pouvoir acquérir la nationalité malgache » souligne le professeur Raphaël Jakoba.

Invité de marque de cette présentation, Amiraly Hassim, le président du Syndicat des industries de Madagascar et PDG de Food and Beverage, est la preuve vivante de la possibilité de l'intégration. Karana de sang et Malgache de cœur, il a félicité le groupe Bravo d'avoir abordé un sujet laissé à l'abandon pendant 60 ans. « Osons parler des problèmes pour avancer. Il faut avoir l'intelligence de pouvoir les surmonter et regarder dans la même direction » a-t-il affirmé.

Ce jour, le groupe Charly boucle la série de mini-mémoire par le thème « Les défis de la réussite de l'intégration de Madagascar à la Zlecaf ».

Plus de: L'Express de Madagascar

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