Ile Maurice: Chômage - Le spectre de 100 000 sans-emploi d'ici fin 2020

17 Septembre 2020

Partagez cet article

La tendance se confirme. Et les chiffres donnent froid dans le dos. D'ici fin 2020, la barre de plus de

100 000 chômeurs pourrait être atteinte, soit une augmentation de plus de 60 000 personnes, ce qui représente presque 17,5 % de la population active, si l'on se base sur le nombre de sans-emploi (45 800 en mai d'après Statistics Mauritius). Ce ne sont pas les propos d'un syndicaliste alarmiste face à la crise économique. Mais ceux qu'a réitérés mardi 15 septembre le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, lors d'un atelier de travail...

Dès mai, il tirait la sonnette d'alarme dans le sillage des effets post-confinement, précisant toutefois que cette situation socialement explosive interviendrait si rien n'était fait. En tenant compte du temps passé depuis mai et des demandes devant le Redundancy Board (RB), on peut estimer le nombre de chômeurs à ce jour proche des 50 000. Or, sans pour autant être des prophètes de malheur, spécialistes, opérateurs et syndicalistes pensent que le pire n'est pas derrière nous. Il est à venir.

À l'instar du Chief Executive Officer (CEO) du groupe Beachcomber. Gilbert Espitalier-Noël estime que la situation est grave et sérieuse. «En économie, les effets de l'arrêt de certains secteurs, comme celui du tourisme, prennent un peu de temps avant de percoler dans le reste de l'économie. Je crains donc que les jours les plus difficiles soient devant nous, pas derrière», confiait-il récemment dans la presse. Soulignant par ailleurs que «les retombées de la crise touchent des milliers de Mauriciens réduits au chômage forcé à travers le pays». Et que «cet impact aujourd'hui important va augmenter gravement si les mesures nécessaires ne sont pas prises... »

L'économiste Eric Ng abonde dans le même sens. Il soutient que même si le pays ne se retrouve pas avec 60 000 nouveaux chômeurs d'ici décembre prochain suivant l'impact économique de la pandémie sur les entreprises, il est plus que probable que les risques massifs du licenciement seront réels l'année prochaine. «Aujourd'hui, les entreprises sont sous perfusion grâce aux mesures de soutien financier comme le Wage Assistance Scheme et le Covid-19 Support Programme de la Banque de Maurice. Une fois que ces aides seront retirées, on assistera à une vague de fermetures ou, à défaut, à un dégraissage du personnel dans de nombreuses entreprises.» Il maintient dans la foulée que de nouvelles charges, comme la majoration à 25 % de la Solidarity Tax doublée du nouveau mécanisme de remplacement du National Pension Fund (NPF), soit la Contribution sociale généralisée, vont alourdir le fardeau fiscal des opérateurs économiques.

L'inquiétude est aussi palpable chez le syndicaliste Reeaz Chuttoo. «L'avenir est précaire pour 60 000 travailleurs dont les emplois sont directement menacés. Il faut que le gouvernement intervienne pour leur trouver des emplois alternatifs outre le fait de bénéficier d'une assistance financière.» Il note que les employés dans deux secteurs, particulièrement le tourisme et le textile, sont particulièrement visés. Il cite le cas d'une entreprise de textile employant 75 % des travailleurs étrangers, où la solution facile serait de les renvoyer chez eux. «Sur une question de principe, il ne faut pas opter pour cette décision car ces travailleurs ont fait des sacrifices pour venir, sacrifiant leurs familles. Il faut les redéployer dans d'autres usines.»

Il s'étonne que le secteur de la construction, qui devrait être le poumon de la relance avec une enveloppe annoncée de plusieurs dizaines de milliards de roupies dans le dernier exercice budgétaire, n'ait pas encore recruté. Entre-temps, au niveau du RB, les dossiers pour des demandes de licenciement économique continuent à pleuvoir. Elles émanent de tous les secteurs qui, face aux effets de la pandémie couplés aux deux mois d'arrêt d'activité, ont décidé d'avoir recours à cette instance pour soumettre un plan de dégraissage du personnel. Toutefois, le RB se montre très vigilant et part en guerre contre les abus des employeurs qui, même bénéficiaires du Wage Assistance Scheme (voir plus loin), ont soumis des demandes sous le prétexte du Covid-19. Selon nos informations, 170 cas y ont été référés à ce jour.

Combien d'employés sont concernés ? Difficile d'y répondre, car plusieurs firmes ont uniquement fait connaître leur intention de dégraisser, sans préciser le nombre de travailleurs. Toutefois, ce qui est sûr, c'est que ces cas concernent au moins 2 300 personnes... Ainsi, la direction du RB a décidé que seuls les dossiers qui ont été rejetés par la Mauritius Revenue Authority (MRA), donc les entreprises n'ayant pas obtenu de facilités sous le Wage Assistance Scheme financé par le gouvernement, seront traités pour les licenciements. Un amendement rendu nécessaire pour éliminer les abus de la part d'un bon nombre d'entreprises qui se montrent d'ailleurs réfractaires à l'idée de présenter leur bilan financier lorsqu'il s'agit de licencier des salariés pour des raisons financières.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.