Ile Maurice: Mouvement citoyen - L'heure a sonné pour l'émergence d'un parti politique alternatif

17 Septembre 2020

Mettre dehors le parti au pouvoir, d'accord, mais pour le remplacer par qui? Ceux qui ont participé aux marches pacifiques ne veulent pas non plus des partis traditionnels de l'opposition. Il faut qu'une mouvance nouvelle se mette en place

C'est la question que se posent bien des citoyens après les différentes manifestations. Retirer le Mouvement socialiste militant (MSM) du pouvoir, mais pour le remplacer par qui ? Il suffit de lire les commentaires sur les réseaux sociaux ou d'écouter les participants aux marches successives pour se rendre compte qu'ils ne veulent pas nécessairement des partis dits traditionnels, même dans l'opposition. Comme le souligne l'historien Jocelyn Chan Low, à chaque révolution citoyenne, il y a toujours un parti ou un groupe de politiciens qui émerge. «Cela a été le cas en France par exemple, un mouvement qui a conduit Emmanuel Macron au pouvoir.»

Ashok Subron, le porteparole de Rezistans ek Alternativ, revendique que son groupe représente cette mouvance, rappelant que tout a commencé quand ce parti a initié le Kolektif Konversasion Solider. «Il y a ce jour symbolique, quand nous sommes allés voir le Premier ministre pour lui faire part de notre désaccord avec l'introduction du Covid Bill, mais il n'a pas été à l'écoute.» À partir de là, dit-il, ce regroupement a organisé la première manifestation, le 11 juillet, à Port-Louis.

«Dans la nuit du 6 août, quand il y a eu le déversement de fioul dans le lagon, David Sauvage, de Rezistans ek Alternativ, et quelques membres ont passé la nuit à Mahébourg pour confectionner les premières bouées. Ce groupe a défié les autorités et a travaillé dans une zone interdite. Par la suite, les pêcheurs et les plaisanciers de la localité sont venus nous donner un coup de main. C'est à partir de là que les Mauriciens se sont mobilisés. Nous n'allons pas profiter de la situation car c'est nous qui l'avons créée.» Ashok Subron ajoute que, par la suite, Bruneau Laurette, déjà actif après l'échouement et pendant le confinement, est venu avec l'idée d'une marche à Port-Louis le 29 août.

Le porte-parole de Rezistans ek Alternativ insiste sur le fait que l'objectif de son parti n'est pas uniquement de «fou-li-déor». Désormais, tous veulent créer une «nouvelle île Maurice», profitant du dynamisme engendré par le ras-le-bol des Mauriciens. «L'histoire de Maurice s'accélère. Notre projet politique depuis 2005 est la préparation d'une nouvelle Constitution basée sur le mauricianisme, prenant en considération l'écologie, l'équité, la méritocratie et aussi pour mettre fin à un système qui divise le pays en quatre cloisons. Nous ne sommes pas assoiffés d'aller au Parlement. Nous voulons un meilleur pays post-indépendance.»

Cette idée semble être partagée par Patrick Belcourt, candidat de Lalians Lespwar aux dernières élections. Il rappelle qu'il y a une vie politique extra-parlementaire. «Travailler pour les citoyens ou travailler pour le pays ne veut pas dire obligatoirement être à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, dans un moment aussi difficile, le Parlement est fermé», regrette-t-il.

Ce citoyen engagé maintient que désormais, il faut élargir le débat au lieu de se focaliser que sur les partis traditionnels. «La partisannerie développée par les partis divise la population. Or, notre population a besoin d'une politique qui nous réunit. Nous avons pu voir que c'est quand nous sommes tous réunis que nous pouvons combattre les exclusions et protéger nos ressources communes.»

Dev Sunassy, de 100% Citoyens, croit que l'émergence d'un nouveau regroupement ou d'un parti dépendra beaucoup du rôle des médias. «Quand nous lisons la presse, nous avons l'impression qu'il n'y a que quatre économistes dans le pays. C'est la même chose avec les partis politiques. Lors de la campagne électorale, l'express nous a accordé une large interview. Dans les autres journaux, la couverture était minime. Donc, le média a un rôle important pour élargir les débats.»

Cependant, peu importe de la mouvance qui se met en place, Jocelyn Chan Low estime qu'à l'approche des élections, il faudra qu'un leader charismatique se dresse comme le challenger de Pravind Jugnauth, pour que les électeurs aient la chance de voir d'autres personnes que les représentants de partis traditionnels au gouvernement. Mais, dit-il, il y a une possibilité que Pravind Jugnauth reste au pouvoir si ces mouvances grignotent l'électorat des partis de l'opposition parlementaire.

Plus de: L'Express

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