Congo-Kinshasa: Quoi ? 70 groupes armés pour le Sud-Kivu seul ?

analyse

Impossible, d'emblée, de repousser l'envie forte de chercher à savoir combien y a-t-il des groupes armés au Nord-Kivu et en Ituri. Encore que les 70 du Sud-Kivu sont plus, certains participants ayant boudé la deuxième retraite de Mareshe, nom du Grand Séminaire situé en territoire de Kabare où la rencontre a eu lieu.

S'il y a eu une deuxième rencontre, c'est qu'il y en a eu une première.

Du reportage intitulé « Retraite de Murhesa (Sud-Kivu): les groupes armés posent de nouveau des conditions et des exigences avant toute démarche de DDR » réalisé pour le compte du média en ligne « laprunelleRDC » par le confrère Jean-Luc M. et publié le 15 septembre 2020, il ressort que la réunion-retraite « de Murhesa 2 fait suite, selon les organisateurs à celle de Murhesa 1, tenue en décembre 2019, après que le Chef de l'Etat, en tournée au Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, en octobre 2019, ait donné un ultimatum à tous les groupes armés locaux et étrangers de déposer les armes et de s'inscrire dans un programme de DDR-communautaire, faute de quoi, ils seraient frappés par les FARDC sans pitié ! ».

Seulement voilà, ce reportage aligne des révélations pour les moins troublantes et gênantes qui ne peuvent que réjouir les anti-Conférence de Goma.

Primo, de la tenue de Mareshe 2, le gouverneur de la province du Sud-Kivu « n'était ni informé de l'arrivée de ces hôtes de marque, ni du motif de leur déplacement ! », relève le confrère qui affirme, secundo, que « Toute l'initiative est venue de deux Organisations Internationales (Search for Common Ground-SFCG et Initiative pour un Leadership Cohesif-ILC, dirigée par l'Algérien Michel Kassa, et une ONG locale du Sud-Kivu ".

Conséquence : « Un certain Samy a même déclaré : ' Nous, Groupes armés du Sud-Kivu nous n'accepterons aucun programme DDR si le Gouvernement Congolais n'accepte pas nos demandes et exigences' (sic)... ".

Et le confrère de s'interpeller non sans raison sur cette évidence : «... que viennent faire les ONG étrangères dans ces questions sécuritaires du pays ? ».

La vérité est que héritier de la même situation à laquelle ses quatre successeurs ont dû faire face sous leurs mandats respectifs, en l'occurrence Joseph Kabila, Laurent-Désiré Kabila, Mobutu Sese Seko et Joseph Kasa-Vubu, l'actuel Président de la République a exhorté les groupes armés congolais à rejoindre le Programme appelé DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion). D'où Murusha 1.

Et voilà que pour Murusha 2, ce sont des ONG - agissant certainement sous le couvert des Nations Unies - qui se substituent au Gouvernement central et au Gouvernement provincial pour engager unilatéralement les groupes armés congolais dans un processus DDR pourtant d'une extrême sensibilité.

C'est une faute grave car, au regard de leur réaction au cours de Mareshe 2, les groupes armés veulent engager l'Autorité établie dans un bras de fer la veille même du mini-sommet de Goma prévu le 20 septembre prochain.

Mais, il y a aussi l'interpellation soulevée dans l'entame de l'éditorial : si le Sud-Kivu, à lui seul, s'aligne avec plus de 70 groupes armés, combien en disposent respectivement le Nord Kivu et l'Ituri ?

On peut supposer, pour faire modeste, que sur l'axe Bukavu-Goma-Bunia, ils doivent être une bonne centaine à opérer avec pour ennemi commun les Fardc. L'armée NATIONALE ! Notre armée nationale.

Ici, surgit l'interrogation : quels sont leur (s) vrai (s) objectif (s) ou pour reprendre un terme à la mode, quel est leur (s) vrai (s) agenda (s) ?

Il n'y a pas, à notre humble avis, cadre aussi indiqué qu'une conférence comme celle de Goma impactant la question sécuritaire dans et à l'Est du pays, c'est-à-dire à l'Intérieur du territoire congolais tout comme le voisinage immédiat ougandais, rwandais et burundais.

Trêve d'illusion : contrairement à ce qu'on en pense et même on croit, à cause essentiellement de la transfrontalarité des populations locales, tout ce qui se produit du côté de la RD Congo influe forcément du côté des voisins, et vice-versa.

Plus de 12 ans après la conférence de Goma sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans le Nord Kivu et le Sud Kivu organisée en janvier 2008, et avec le processus de Kampala déclenché depuis une dizaine d'années, ce n'est pas normal, mais pas du tout qu'il puisse se trouver dans ce pays des esprits qui se moquent de toute initiative visant le rétablissement de la paix dans la sous-région des Grands Lacs !

On les voit prétendent détenir la solution-miracle, mais on ne les voit pas offrir leurs services à l'Autorité établie. Ils préfèrent, comme souligné dans une livraison récente, se comporter plutôt en " tourneurs en dérision " de toute initiative émise ou envisagée par un compatriote qui ne vient qu'avec sa bonne volonté, surtout lorsque, dans le cas de Félix Tshisekedi, il n'est lié ni de loin, ni de près au drame kivutien !

Peut-être que c'est le moment d'entendre d'autres voix. Celles, notamment, des ex-belligérants signataires de l'Accord de Lusaka de 1999, de l'Accord global et inclusif de 2002, et des Accords de Goma de 2008 demeurés trop silencieux ! Ils sont pourtant là.

En conclusion, le mini-sommet de Goma doit innover en ce qu'il est appelé à ouvrir une nouvelle ère des négociations de confiance entre protagonistes après que les négociations de méfiance aient suffisamment étalé leurs limites, mieux, n'ayons pas peur du mot, de leur inefficacité.

Faut-il encore que le leadership congolais de l'Est joue franc jeu, c'est-à-dire cartes sur table.

Si les ONG étrangères - comme celle de algérien Michel Kassa (honni soit mal qui y pense en y reliant la patronne de la Monusco) - se mettent à organiser le DDR à l'insu du gouverneur de la province du Sud-Kivu, c'est pour une raison simple : les leaders du Kivu en général et ceux Sud-Kivu en particulier ne s'investissent pas assez dans la résolution de la crise sécuritaire.

Leur tendance à responsabiliser Kinshasa a tout d'une fuite en avant pendant qu'ils peuvent agir ou interagir en national et en international pour une solution définitive.

S'il vous plaît : ne suivez pas, une fois de plus, mon regard. Nous restons sur le sujet en promettant que ça pourrait déranger.

Le Kivu a assez pleuré et payé, le Congo est en état de sécheresse des larmes.

Dans ma tradition, on ne peut pas espérer jouir de la bénédiction lorsqu'on fait trop pleurer les vieillards, les veuves et les orphelins !

Plus de: La Prospérité

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